
l'auteur
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François Coquerel
né en 1980
Après des études d’histoire contemporaine
et une exploration de la photographie
de manière autonome
il effectue ses premières commandes en 2006

Basé à Paris
il travaille désormais avec différents magazines français
(Le magazine littéraire, le monde de l’éducation,
Science et Vie Junior, Historia etc.)
ainsi qu’avec la BBC
pour des campagnes promotionnelles
François Coquerel collabore par ailleurs
en tant que photographe
avec le duo des artistes
du « Cabinet de Fumisterie Appliquée ».
francois.coquerel@club-internet.fr
www.flickr.com/photos/francoiscoquerel
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François Coquerel

© François Coquerel
François, ce qui frappe tout de suite dans vos photographies, c’est une
impression de dépouillement, de sobriété et d’ascétisme. C’est exprès ?
En général, le sujet est au centre de mes photographies, il en est
l’élément moteur et intrigant. D’où le besoin de recourir à une certaine
sobriété en excluant les éléments de distraction. Je me concentre sur son
regard et les éléments perturbateurs tendent souvent à s’effacer.
Cet ascétisme peut provoquer un sentiment d’ennui. Pour autant, je ne
souhaite en aucun cas me complaire dans ce sentiment. Si je continue à
photographier une banalité de surface, je cherche paradoxalement, notamment
par l’affichage en série, à témoigner d’une forme d’étrangeté que les choses
me renvoient. La nécessité photographique réside en partie ici: conserver un
regard neuf sur ce qui nous entoure, faire surgir l’intrigue dans le
quotidien. Je crois que la photographie m’aide, en tant qu’individu, à
maintenir les yeux grands ouverts et à me protéger de l’essoufflement.

© François Coquerel
On a aussi l’impression que le dépouillement et la géométrie du cadre
viennent en quelque sorte s’opposer à l’irruption des chairs dans les
portraits. La nudité des chairs est souvent fragile et nombreux sont les
portraits où on a l’impression que le modèle est défait, ou sur le point de
l’être. C’est votre regard sur le monde ?
Lorsque je photographie quelqu’un, je suis peut-être animé par une
tentative utopique de le découvrir, mais aussi par le constat de sa
dérobade. C’est un mouvement double, qui ne laisse pas de place à la
certitude. Je photographie dans un état d’acceptation et d’impuissance face
aux choses. Je ne cherche pas à saisir un trait de personnalité quel qu’il
soit, mais plutôt à signaler l’espace entre moi et un sujet qui restera
inaccessible. Lorsque je photographie un individu perdu dans une forêt, je
prends davantage de recul. Je m’amuse alors de cette étrangeté. D’où ce côté
hébété, parfois un peu défait comme vous dites, de ces individus. Le chair
est présente, mais j’essaie d’éviter qu’elle ne fige le personnage dans une
certitude, une conscience trop visible de sa force et de son caractère
persuasif. Le doute m’intéresse d’avantage.

© François Coquerel
Vos sujets ont plutôt l'air d'être des urbains de bon niveau social.
Les photographes ont d’habitude une tradition à aller chercher dans la
misère. La dénonciation, ce n’est pas votre truc ?
Il n’y a donc pas d’aspect sociologique dans mes photographies. Il me
serait difficile de réduire quelqu’un à son origine sociale ou son
environnement. Son regard m’intéresse d’avantage car c’est ce qui fait le
caractère unique et incompréhensible de cet individu. Mon éthique propre
consiste à ne pas enfermer les gens dans une condition réductrice. Mais les
gens que je photographie proviennent de toutes sortes de milieux.
Encore une fois, mes photographies ne sont pas associées à des
certitudes. Aussi puis-je parfaitement les détourner, les transformer en
matériaux pour créer des séries avec des intitulés humoristiques. C’est le
cas de « Sunday club murderers », en référence au titre d’un livre d’Agatha
Christie, « Tuesday club murders », livre que je n’ai pas lu… J’ai nommé
cette série « Le club des tueurs du dimanche » comme on parle d’« artistes
du dimanche », d’amateurs en somme. Mes « tueurs amateurs » sont
effectivement peu crédibles : une femme fatale en robe à pois, un homme
accoutré comme un acteur de films pornographiques des années 70, une femme
hirsute… les rôles distribués sont assez attendus, et c’est en cela qu’ils
sont invraisemblables.
Le détournement participe certainement d’une volonté de reconstituer un
univers parallèle, et ainsi conserver la maîtrise symbolique des événements.
Comme le dit (en gros) François Truffaut à Jean-Pierre Léaud dans « La nuit
américaine » : Nos vies sont bancales, il n’y a que dans le cinéma que l’on
peut s’accomplir, vivre de manière cohérente. Ma pratique tend certainement
à cela, engendrer un lieu de projections mentales, sur lequel je peux
maintenir une certaine prise.

© François Coquerel
D’où vous vient ce goût acéré pour le graphisme ?
Par nécessité je pense. Mes photographies imposent une certaine rigueur
graphique. A moins que je ne cherche cette rigueur graphique pour faire
balancier avec ce que l’on peut vivre dans la vie. A savoir des situations
qui n’ont rien de graphique, mais plutôt tortueuse et compliquées.
il y a bien sur des influences ensuite, photographiques ou
cinématographiques.

© François Coquerel
Parlez nous de votre matériel !
J’utilise assez peu de matériel en fait. J’ai utilisé un vieil Hasselblad
500c pendant 2 ans, avant de m’acheter dernièrement un modèle neuf (503CW)
avec une optique de 80 mm. J’ai par ailleurs acquis une chambre Linhof il y
a peu. Cela fait peu, mais les contraintes sont de toute manière
intéressante d’un point de vue créatif. Le travail avec la lumière naturelle
est important pour moi par exemple, il réduit les possibilités mais oblige à
s’adapter à l’environnement. Cette démarche me plait. J’utilise sinon de la
Kodak portra.
Mais j’ai toujours du mal à parler de technique. Mon approche est assez
instinctive, et j’apprends au fur et à mesure des situations que je
rencontre ou des impératifs esthétiques que j’éprouve.

© François Coquerel
dernière modification de cet article
: 2007
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