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 l'auteur

 

Frédéric CORNU



Né en 1959.
Vit et travaille à Lille
www.frederic-cornu.com
frederic.cornu@wanadoo.fr

Le livre Balnéaires
en souscription ici.


 

 

 

Frédéric CORNU : Balnéaires

 

Frédéric, de quand date ce travail ?

Balnéaires est un long fleuve tranquille. Les toutes premières photographies ont été réalisées l’été 1990, et la forme frontale mise en place dès l’été 1991. Quelques étés à déambuler sur la plage de Bray-Dunes, et un premier volet de 20 photographies se retrouvent sur quelques cimaises entre 1993 et 1996. Mais un sentiment d’inachevé perdure, et 10 ans plus tard, je rechausse les sandales et me revoilà reparti en quête de mes baigneuses et de mes baigneurs. 10 ans ont passé, mais les maillots sont toujours les mêmes, ce travail est intemporel et le restera… Quoi de neuf depuis les congés payés de 1936…Le point final de ma plus grande aventure photographique avec ses dernières prises de vues aura lieu l’été 2010.

 

Qui sont ces personnes ?
Comment les avez-vous choisies ?

Je ne connaissais aucune des personnes que j’ai photographiées. Le schéma était toujours le même. Tout d’abord la lecture de la météo et de la table des marées, car lorsque mon activité professionnelle me permettait un jour de liberté, il fallait que le soleil brille, ce qui, sur les plages du Nord n’est pas une évidence, et que la mer soit basse pour me garantir le maximum de plage et donc la densité humaine la plus faible, ceci afin d’utiliser la plage et la mer en toile de fond.

Ces critères réunis, me voilà faisant des allers-retours sur cette plage de plus de 1 km de longueur, scrutant les personnes qui vont ou reviennent du bain, cherchant celui ou celle qui aura une posture, un physique correspondant à mes attentes. J’aurai par exemple attendu le dernier été pour pouvoir photographier une jeune femme enceinte...

 

 

Mais pour revenir à la question initiale, je cherchais Madame ou Monsieur tout le monde, l’ouvrier qui porte encore à travers la voussure des épaules les sacs de ciment de l’année, la femme qui montre les stigmates des multiples maternités, cette femme âgée ayant du être très belle étant jeune et dont le corps commence à trahir les années de dur labeur.

Cela m’a amené à refuser de photographier le groupe de jeunes filles, belles comme les canons actuels de la mode, et qui ne comprenaient pas mon refus alors que je venais de photographier un monsieur qui pourrait être leurs pères, et qui physiquement n’avait rien d’Alain Delon…

L’objectif de chaque séance, 3 portraits pour quelques quatre heures de marche, en moyenne un refus pour deux demandes, voilà Balnéaires en chiffres …

 

 

Avez-vous des liens avec le lieu où ces personnages ont été photographiés ?

Je suis né à Boulogne sur mer, et dans mon enfance j’allais à la plage avec ma mère, ma mère qui peut-être ressemblait à ces femmes que j’ai souvent photographiées.

Quant au choix de la plage, ce n’est pas un hasard, mais le résultat de plusieurs tentatives sur les plages du littoral de Hardelot à Bray-Dunes.

Dans le Nord, chaque plage a sa propre population, les habitants du bassin minier vont à Berck, les professions libérales et la bourgeoisie lilloise choisissent Hardelot, le monde ouvrier de la métropole se retrouve à Bray-Dunes, la plage la plus au nord de France mais aussi la plus populaire.

En parallèle de ce travail, le reste de l’année je travaillais sur les habitants des courées de la région lilloise, et je me sentais bien au sein de cette population, qui sait rester simple et ne se prend pas la tête lorsque je les aborde pour les photographier.

Alors c’est tout naturellement que Bray-Dunes s’est imposé comme la seule plage ou j’allais travailler, devenant ma plage, celle que j’ai arpenté pendant près de 20 ans.

 

 

Pourriez-vous envisager d'être vous-mêmes posant à la place de vos modèles et inclus dans cette série ?

Bien sur !

Mais il me semble bien y être déjà, car je pense qu’un tel travail, sur une durée aussi importante, est forcément autobiographique, et qu’à travers les images que me renvoyaient mes modèles, je me regardais avancer dans la vie, je me regardais passer du jeune homme trentenaire que j’étais aux premiers clichés au quinquagénaire portant lui aussi aujourd’hui les premières traces d’une vie écoulée. Une thérapie ? : Balnéaires ou le miroir…

 

 

Vous sentez-vous un pur photographe du Style Documentaire ?

Effectivement je suis proche du Style Documentaire, ma réflexion photographique est constamment alimenté par les travaux des photographes majeurs de ce style photographique, et l’ouvrage d’Olivier Lugon Le style documentaire, dont vous avez rédigé une note de lecture sur galerie-photo.com très intéressante, m’a beaucoup apporté.

Toutefois, je pense qu’il y a toujours un risque d’enfermement à s’identifier trop précisément à un style donné. Je suis plutôt partisan de la forme photographique adapté au projet photographique, et non l’inverse… Lorsque je photographie 220 footballeurs vétérans, je ne travaille pas de la même manière que pour Balnéaires. Trouver la bonne écriture photographique, voilà je pense le style que je revendique, même si ce n’est pas toujours facile …

 

 

Quels sont les photographes dont vous vous sentez l'héritier ?

L’héritier, je ne sais pas, mais bien entendu nombreux sont les photographes m’ayant influencé.

Parmi eux, je citerai bien évidemment Richard Avedon à travers son volet Visages de l’Ouest, Diane Arbus par son approche photographique et son implication dans les milieux sociaux qu’elle côtoyait.

August Sander fait bien entendu partie de ces photographes dont l’œuvre marque profondément, sans oublier Bern et Hilla Becher pour la conceptualisation de leurs sujets photographiques, ces derniers m’ayant beaucoup appris et aidé dans la mise en forme de mes travaux.

A ces artistes qui ont influencé toute la photographie contemporaine, je n’oublierai pas d’associer quelques contemporains dont j’apprécie tout particulièrement le travail sur le fond et dans la durée, Vanessa Winship, Fazal Sheikk ou encore certains travaux de Richard Renaldi.

 



Votre travail prend parfois des sujets proches de ceux de Charles Fréger ou de Rineke Dijkstra. Quelles différences voyez-vous particulièrement entre vous et ces auteurs ?

Je m’attendais à cette question, elle est récurrente lorsque je montre mes travaux !

J’ai un point commun avec Rineke Dijkstra à travers ce travail Balnéaires, et un autre avec Charles Fréger à travers ma dernière série Uniformes.

Pourtant, connaissant bien l’œuvre de ces deux artistes, il me semble que mon approche est assez éloignée des leurs.

Rineke Dijkstra sur ses bords de mer parle de l’adolescence, sujet sur lequel elle retravaille régulièrement, tandis que moi je parle des traces laissées sur le corps par le poids des ans. Alors j’aime retourner la question et imaginer comment Rineke Dijkstra répondrait à la même question concernant Balnéaires, en sachant que lorsque ses premiers clichés réalisés en 1992 ont commencés à être diffusés, j’avais déjà exposé le premier volet de mon travail …

Concernant Charles Fréger, je suis un fervent admirateur de son travail, et tout comme lui je m’intéresse à des groupes sociaux bien identifiés, et il me semble donc tout à fait logique que nos terrains de recherche soient amenés à se croiser.

Le projet photographique que j’essaie humblement de construire, travaux après travaux, consiste à réaliser le portrait robot d’une strate de la société, d’un groupe humain clairement identifié. A cette fin, ce portrait doit répondre à une forme photographique précise et systématique, ici la frontalité, la posture, le cadrage, identiques sur chaque portrait.

Chez Rineke Dijkstra, la forme est moins constante, chacun de ses adolescents a une position personnelle devant l’objectif. Les personnes que je photographie, elles, n’ont aucune liberté sur la pose que je dirige totalement.

 

 

Pensez-vous avoir une obsession particulière pour le corps ?

Une obsession pour le corps, non je ne crois pas.

Bien entendu, comme tout le monde, je m’interroge sur le vieillissement, le futur, mais sans plus.

Par contre, si obsession il y a, c’est plus pour l’être humain, sa place dans la société actuelle, son positionnement par rapport aux autres, son appartenance à un groupe… Qu’ils soient moines Cisterciens, footballeurs corporatistes, cheminots maliens, habitants d’une courée ou d’un quartier SNCF, sportifs ou clients d’un discount, ou encore acteurs de reconstitutions militaires, les membres de chaque série se résument à un portrait type, un portrait générique de cette strate de l’humanité. Lorsque je photographie 60 baigneurs, je ne fais que le constat de comment nous sommes tous après les aléas de la vie, et cela à tout âge, mes baigneurs ayant entre 16 et 80 ans… Qui ne se reconnaitrait pas dans un de ces portraits ?

 



Avec quel matériel a été menée cette série ?

Le matériel utilisé se devait de présenter plusieurs critères :
- ne pas s’interposer avec le sujet,
- être léger car les séances étaient longues,
- et de très bonne qualité pour permettre des tirages grands formats (80X80cm).

Dans un premier temps j’ai utilisé un rolleiflex T avec son 75mm Tessar, une pure merveille d’optique, et pour la seconde partie un hasselblad avec son 80mm, ayant revendu le rollei pour accéder à l’univers Hasselblad.

 

 

 

 

dernière modification de cet article : 2014

 

 

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