Lenteur et photographie :
une tentative d’exploration
Partie II - Expérimentation : construire une image lente
L’idée est simple : essayer de construire une image
de manière systématique à partir des éléments de lenteurs identifiés
dans notre première partie.
En somme, il s’agit de combiner dans la même
image des expressions directes de la lenteur et d'utiliser une construction
maniérée et tous les artifices susceptibles de forcer le regard à
ralentir.
L'idée est d'assembler des
"bouts
d'images" pour former une image lente.
Construction
On part d’un sujet en contemplation ou
dans l’ennui, un peu cérémonieux (chemise noire) et avec beaucoup de
vide autour de lui :

(Contemplation, vide)
Ajoutons un élément directement lié à notre
thématique. L’horloge introduit explicitement la notion de temps. Et le
regard est presque obligé de faire l’aller-retour entre le personnage et
l’horloge, donc un parcours de lecture obligé.

(Contemplation, vide, temps, parcours)
Ajoutons maintenant une table et un deuxième
personnage. La table renforce le côté cérémonieux et crée une passerelle
entre les deux personnages. La situation est devenue en fait plus
difficile à comprendre. Le parcours du regard est également plus
complexe, avec une sorte de jeu en triangle.

(contemplation, vide, temps, parcours, énigme,
cérémonial)
Ajoutons quelques objets
sur la table, tous plus moins liés à une métaphore de la lenteur, la
lenteur de la connaissance, la lenteur du vieillissement des livres et
de la ruine. Le petit animal est à la fois énigmatique et –
éventuellement – évocation directe de lenteur : animal rapide arrêté,
animal en train de brouter, etc. (même s’il ne s’agit que d’un jouet).
Enfin on a fermé le fond par une toile pour essayer d’arriver à une
photographie.

(contemplation, vide, temps, parcours, énigme,
cérémonial, maniérisme, vieillissement).
On peut aussi juger que le rideau, fermant
l'arrière-plan, ôte à l'image beaucoup de son effet de vide. On pourrait
donc garder le rideau mais ouvrir la contemplation du personnage de
gauche sur le vide de la nuit (d'une pierre deux coups !)

(contemplation, vide, nuit, temps, parcours, énigme,
cérémonial, maniérisme, vieillissement).
Premier bilan
Il ne s’agit que d’un
montage, mais on aurait pu faire la même photographie « pour de vrai ».
Pour autant, les avis sont partagés. On se rend compte qu’en accumulant
les éléments de lenteur, on risque d’arriver à une image
incompréhensible. Peut-être notre sujet était-il mal choisi ? Néanmoins,
il est intéressant de poursuivre encore un instant pour se demander :
jusqu’où peut-on aller ?
Nous avons ajouté un troisième personnage à droite qui porte un objet (précieux)
et complexifie encore un peu la scène. Le visage du deuxième
personnage prend peut-être plus de poids et de sens.

Plus lent ? Moins lent ?
Autant d’éléments nouveaux, donc autant de parcours
supplémentaires possibles dans l’image (temps de lecture
allongé)
Globalement pourtant, on peut dire qu’on est à la limite de
la rupture. Difficile d'imaginer qu'on puisse encore ajouter plus de symboles de lenteur.
L'image est
lente à lire, mais pourrait devenir illisible - on ne comprend
plus.
Un élément
supplémentaire et la tâche pourrait vraiment devenir insurmontable
pour l'observateur. D’ailleurs, certains de nos lecteurs ont
probablement déjà
lâché prise !
Pour d'autres, l’image
peut paraître plus intéressante que la précédente, plus lente.
Conclusion : tout
cela est très fragile, on peut difficilement conclure
autrement qu’au cas par cas. Et dans tous les cas, l’effet va dépendre
du spectateur – est-il prêt à nous suivre ou non ?
Lire aussi :
Lenteur et photographie :
une tentative d’exploration
Partie I - Analyse : les
conditions d'une image lente
Partie III - Discussion : 2 images
lentes ?
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