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l'auteur
sur la technique d'éclairage
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Vincent ZieglerVincent, comment vous est venu ce goût pour la lumière ?Aïe ! la question qui touche mes contradictions les plus profondes et qui m'oblige à choisir entre le silence et l'aveu... je pourrais m'en sortir avec deux ou trois lieux communs sur la magie de la lumière, la transfiguration qu'elle crée, mais tout cela n'aborderait pas les causes profondes. Je vais essayer l'équilibre acrobatique de la pudeur et de la sincérité... Du côté de l'homme, je suis un misanthrope forcené – l'affaire
est entendue. Que me reste-t-il du côté du divin ? Là c'est plus
ambigu, voire carrément paradoxal : je n'en attends rien de rien, et
pourtant j'aimerais croire, voir un signe. La lumière, c'est ce
signe-là. Le signe qui me permet de ranger mon cynisme au placard et
de croire que la beauté pourrait peut-être bien exister. Qu'est-ce qui fait qu'on progresse dans le domaine de l'éclairage ? Avez-vous des recommandations ? Pour ma part, c’est une fascination pour la peinture et de longues heures à contempler des toiles de maîtres, à se délecter de leurs plus subtiles nuances. De longues contemplations associées à une pratique solide et concrète de la lumière par la photographie publicitaire, par des exigences professionnelles complexes sur la forme et le fond. Le cinéma bien sûr, avec un penchant particulier pour la photographie du cinéma asiatique.
Des recommandations ? Les écoles, qu’elles soient techniques ou artistiques, ne forment pas de spécialistes. Aussi, je recommande chaudement les stages Broncolor. Ces stages d’une intensité remarquable épargnent des années de bricolage et de tâtonnement. Au milieu de tout ce qui existe et qui se fait de mieux en matière d’éclairage, ils permettent de voir par l’exercice puis de choisir son matériel en fonction d’une volonté déterminée. Voilà pour l’aspect pratique. Le chemin suivant est plus long et personnel : quelqu’un l’a écrit, l’éclairage et la lumière sont deux choses différentes qu’il ne faut pas confondre.
Comment se passe une séance de pose ? Le modèle doit-il être patient ? Les séances durent environ quatre heures, soulagées par deux ou trois pauses-café. L’esthétique repose sur la délicatesse du dégradé de la lumière vers l’ombre profonde. L’interprétation est si personnelle et la technique si précise que je ne peux rien faire sans une totale adhésion du ‘modèle’ qui doit être particulièrement patient et motivé ; les réglages se font réellement au centimètre près mais l’image peut bien être plastiquement ‘parfaite’ que je la considère comme un échec si la personne ne s’y retrouve pas – c’est une personne, pas une nature morte… Je crois que la difficulté est là : faire quelque chose de très contemplatif mais savoir s’arrêter avant de tomber dans le simulacre. Le travail ne sera pas entrepris sans une rencontre préalable. Il faut expliquer, écouter – on dit qu’un portrait est le reflet de l’âme : cela ne peut se concrétiser que par l’écoute –, réfléchir à ce que la personne vous a confié, préméditer des images, se revoir et proposer des croquis.
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Le portrait du cavalier m’a soumis à une grande tension nerveuse : imaginez la jument prise de panique au milieu d’une artillerie de plusieurs dizaines de milliers d’euros ! Il fallait régulièrement la sortir du manège pour la détendre, prendre mille et une précautions afin qu’elle ne renverse pas le matériel, ne pas la stresser et obéir à un rituel précis dans la préparation du matériel, installer des repères au sol pour se repositionner dans les réglages... La jument était épuisée, le cavalier était épuisé, le photographe était épuisé ! C’est un très bon souvenir, mais je crois bien que j’y réfléchirais à deux fois avant de renouveler une telle aventure… Arrivez-vous encore à faire du paysage après un tel contrôle de la lumière ? Oui, mais je dois bien avouer que j’ai eu du mal. Quand on est obsédé par la peinture, on découvre rapidement les terrains où la photographie est indigente dans l’interprétation. On est alors au pied du mur, face à face avec soi-même : tout plaquer, prendre les pinceaux ou bien relever le défi. D’un tempérament plutôt porté sur le défi, j’ai pris conscience que je tombais dans une certaine facilité à refuser de construire avec des éléments incontrôlables. Je n’oublie pas la lumière, mais je me concentre aujourd’hui sur la pureté du graphisme dans des paysages aux atmosphères d’entre-deux mondes.
Avec quels appareils travaillez vous ? Je ne suis plus professionnel. Des difficultés financières sans rapport avec mon abandon de la profession m’ont amené à ne plus pratiquer la chambre grand format. Là aussi, j’ai dû me remuer pour ne pas me retrancher derrière le prétexte du matériel ; comprenant que la pratique du grand format est bien plus une façon de penser qu’une simple question de matériel, j’ai fini par acheter un reflex numérique de 8 Mpix. Je l’utilise comme une chambre, avec la même lenteur, le même soin dans la composition, la même volonté de porter le spectateur vers la contemplation. Si le support d’enregistrement offre la souplesse de l’effacement, s’imposer comme discipline stricte de ne jamais déclencher si on a la certitude que l’image est mauvaise – de la même manière qu’on le ferait avec une chambre 8x10” dont les enjeux financiers sont importants. J’ai souvent recours à la gestion du contraste par la prise de deux clichés, celui que j’expose pour les lumières et celui que j’expose pour les ombres, pour aboutir à un assemblage dans Photoshop. Par ailleurs, j’ai un logiciel de correction des distorsions optiques qui, associé à Photoshop, me permet de réaliser des images parfaitement orthoscopiques. J’accorde autant d’importance au post-traitement qu’à la prise de vue.
Par la force des choses, mes outils et mes méthodes de travail ont changé. Ma culture du grand format, elle, est intacte. J’ai même très envie de parler d’une « culture du chevalet ». Mais j’aimerais beaucoup, avant de devenir très poussiéreux, faire une nouvelle série de portraits, en 8x10” cette fois et différente dans l’esprit ; la délicatesse d’un bokeh subtilement dosé y est inimitable…
dernière modification de cet article : 2005
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