[abonnement gratuit]

l'auteur

  

Henri Peyre
Né en 1959
photographe
Beaux-Arts de Paris en peinture
webmaster de galerie-photo
ancien professeur de photographie
à l'Ecole des Beaux-Arts
de Nîmes

www.photographie-peinture.com
organise des stages photo
www.stage-photo.info


 


Un grand merci à
 Eric Chenal
pour la découverte
de cet appareil
et des points précis
de cet article !


 

 

Un Appareil photographique
portable pour le paysage
le Sigma fpL

par Henri PEYRE

Introduction

La pratique photographique artistique professionnelle conduit assez sûrement vers l'utilisation des chambres photographiques.

Toutefois, si ces dernières permettent un contrôle parfait des images, soigneusement enregistrées en prenant son temps, elles ne sont pas suffisamment transportables pour être un compagnon de tout instant du photographe, et en particulier du photographe de paysage, grand marcheur devant l'éternel.
Par ailleurs tous les photographes savent qu'il est nécessaire d'avoir toujours avec soi un appareil pour enregistrer au quotidien des images qu'on ne trouve pas souvent quand on vient les convoquer sur site : on sort sa chambre et le soleil se cache. On installe son pied et déjà la pluie tombe. Une caravane est maintenant installée devant un vieux pont qui était pourtant si offert la veille.
Bref c'est souvent qu'on regrette de n'avoir pas son meilleur appareil avec soi, et, si on a un petit appareil portable, qu'on est désolé d'avoir enregistré l'image du siècle en résolution médiocre.

Plutôt que de toujours subir, on a peut-être la possibilité d'emporter avec soi des appareils suffisamment légers pour être emmenés partout, et d'une bonne qualité suffisante pour faire des tirages qui peuvent faire occasionnellement illusion au mur entre des tirages de photographies faites à la chambre.

J'ai depuis des années un appareil qui répond bien à ce cahier des charges. C'est un Sigma Dp2. J'ai déjà parlé de cet appareil, découvert tardivement, sur galerie-photo, grâce à Marc Genevrier (1).

Je rencontre pas mal de photographes différents et, récemment, l'un d'entre eux m'a fait découvrir un appareil qui me semble assez voisin dans l'esprit, et qui pourrait bien remplacer enfin ce vieux compagnon qui m'accompagne depuis déjà tant d'années. C'est lui aussi un appareil de Sigma, le Sigma fpL(2), qui offre un capteur de haute résolution, dans un boîtier minuscule.
Cet appareil, souvent présenté avant tout comme un appareil de cinéma semble bien plutôt un appareil très intéressant pour le photographe passionné de haute résolution (10).
J'en fait ici une présentation à chaud, sans m'attarder par trop sur ses caractéristiques techniques. J'essaie de donner surtout les raisons principales pour lesquelles ce boîtier peut plaire à quelqu'un comme moi, qui a tant aimé l'esprit du Sigma dp2.

 

Présentation du Sigma fpL


Le boîtier du Sigma fpL

Un appareil qui se présente comme un dos 24x36. C'est une conception bien plaisante quand on vient de l'univers de la chambre grand format.

Cela tombe bien, j'ai un objectif qui a 30 ans et ne demande qu'à servir...

On voit sur cette image, de part et d'autre du boîtier du Sigma fpL :
- une bague d'adaptation de chez Leica convertissant la monture Leica L en monture Leica M (2)
- mon vieil (mais toujours excellent) objectif Leica Summilux 1:1,4/50mm (9)

La dimension du Sigma fpL est comparable au Sigma dp2 une fois l'objectif monté, faisant de l'appareil un hyper portable dans ses dimensions


Ici le dessus de l'appareil avec
- Les prises Micro et USB (on peut travailler batterie à plat mais appareil branché... je concède, ce n'est guère utile en paysage)
- Le bouton de choix Cinema ou photographie (still). L'appareil permet des prises de vue dans des formats cinéma professionnels. Il faudra toutefois brancher un bon micro professionnel externe. Ce genre de prise de vue fait chauffer l'appareil, raison de la présence de cet espèce de radiateur sous l'écran en-dessous.
- Le bouton de départ cinéma.

A noter, on est ici quasiment à la taille réelle...

Remarquez le "radiateur" sous l'écran, qui permet au capteur d'éviter de trop chauffer dans les prises de vue en mode cinéma.

En-dessous, on trouve à gauche le compartiment pour la batterie et la carte.

 

L'appareil, avec son pare-soleil Leica plus tout à fait neuf, est prêt à photographier. On perd de la discrétion en photographie urbaine, et je réserverai personnellement l'accessoire à la photographie de paysage, en campagne.

La conversion des raws des deux appareils de chez Sigma se fait avec le derawtiseur maison qui offre des images splendides : on voit ci-dessous en action le logiciel Sigma Photo Pro 5 (ici sur une image du dp2). Sigma Photo Pro 6, tout à fait comparable dans la présentation, est utilisé pour le Sigma fpL.
Le logiciel est gratuit dans les deux versions.

Le derawtiseur offre une si belle image, en particulier avec des verts de qualité bien différenciés, que la déception est quasi inévitable quand on passe par la suite le résultat dans Photoshop.

Revers de la médaille, la lenteur de Sigma Photopro est légendaire. Personnellement cela ne m'irrite pas. J'essaie de faire peu de photos mais des belles... mais le photographe de terrain pourrait en devenir fou. J'avoue me servir de Camera Raw sans plaisir quand il faut aller vite. Mais Photopro me cause une véritable joie à l'utilisation.

 

Un appareil de très haute résolution :


A gauche une image du Sigma fpL avec le Summilux 50mm ; à droite une image du Sigma dp2, les deux dans un format allongé (le Sigma dp2 est mono-format). La focale du dp2 donne un équivalent proche du 40mm en 24x36, peut-être un peu plus adapté à la prise de vue de paysage que le 50mm qu'on trouvera plus tranchant et sévère au cadrage sur le terrain dans une prise de vue de cette sorte. Mais ce dernier appareil conviendra bien aux amoureux d'un format moins allongé, comme le 4x3 employé ci-dessous, avec le fpL qui offre un grand nombre de ratios d'images. On réglera simplement le Sigma fpL dans ce format pour la prise de vue. S'il y a un peu d'architecture dans le cadrage, l'appareil prend de toute façon par derrière la vue en 6x9 ; on peut changer son choix de format lors du traitement du raw ; on dispose ainsi, le cas échéant, d'un reliquat de matière photographique pour redresser les verticales de l'image en format paysage, opération qu'on fait avec une chambre ou avec un objectif Canon TS-E dès la prise de vue. Bonus : le redressement logiciel a posteriori exempte l'image des artefacts colorés fréquents sur les bords d'une image faite au Canon TS-E de 45mm. On ne pleurera pas non plus de ne pas partir sur le terrain avec un lourd objectif à décentrement (même s'il est possible de porter un objectif de monture Canon EF sur un objectif de monture L avec une bague d'adaptation).

A gauche cette fois une vue faite au Dp2 et apportée dans Photoshop ; à droite la vue au ratio 4x3 faite au Sigma fpL.

Une quantité de pixels très proche de celle que fournissent les chambres photographiques : de très grands agrandissements sont possibles.

Ci-dessous la taille des tirages possible au dp2, donnée ici par Photoshop :

Et, ci-après, la taille des impressions possibles au Sigma fpL :

taille image sigma fpL

Avec les 61mp de l'appareil et une image résultante de 71 x 53 cm en 300ppp (dans le format long), on peut considérer qu'on peut récolter presque autant de matière photographique qu'avec une chambre argentique 4x5". On jouit naturellement aussi d'une dynamique plus importante que la dynamique de 5 diafs d'une diapositive couleur... ici très au minimum 7 diafs pour les réglages d'ISO les plus courants (à 100 ISO on est près des 10 diafs).
Par contre on ne dispose pas des mouvements !

Revers de la médaille : comme pour les chambres, avec l'augmentation en format, la netteté devient plus problématique, la profondeur de champ diminuant. 

On voit sur la vue ci-dessous comment tout est parfaitement net et résolu avec le Sigma dp2 à gauche tandis qu'à droite, avec le Sigma fpL, il y a une différence de netteté sensible entre la branche de premier plan et l'arrière-plan. A diaphragme comparable, la superficie du capteur étant plus grande, la profondeur de champ est inférieur sur le Sigma fpL. On voit un fragment d'image où le phénomène est manifeste.

Sur le tirage final, il faut bien entendu rappeler que le fragment de droite, celui de l'image obtenue au Sigma fpL, sera plus grand que le fragment du dp2 montré à gauche (on notera par ailleurs les verts mieux discriminés du dp2 sur ce détail).


Hélas, avec cet appareil à dos fixe et mon objectif de chez Leica, je ne peux pas compter sur un Scheimpflug pour améliorer la profondeur de champ(3). Le problème (par rapport au Dp2) est bien entendu d'autant plus visible que l'agrandissement sera important. En 40cm de large (potentiel du dp2), l'observateur ne ferait pas la différence entre les deux fragments.
Mais nuançons : nous parlons ici de problème quand cette diminution de profondeur de champ peut aussi devenir un plaisir et un moyen artistique : on peut ainsi opposer plus fortement les nets et les flous à un diaphragme donné.

Nous présentons ci-dessous un agrandissement au pixel de l'image faite au Sigma fpL, ici coupée au format 4x3, avec notre 50mm utilisé en paysage :

detail sur photo Sigma fpL


La "matière" de l'image au pixel nous a semblé assez agréable. On voit bien au pixel près le flou de l'herbe par rapport à la netteté du premier plan.
Pour cette image à F11 nous avions calé l'infini de la mise au point vers F9 sur l'échelle de profondeur de champ de la bague de l'objectif, prévoyant une profondeur de champ assez diminuée par rapport à celle donnée par Leica du temps des pellicules 24x36. Nous étions encore trop optimiste. Contrepartie bien agréable, on voit à quel point l'objectif nourrit bien ce capteur moderne, en trahissant sa folle exigence en terme de résolution : le grain d'une pellicule diapositive même à 25 ISO aurait déjà bien empêché qu'on fasse la moindre différence entre la netteté des feuilles et celle de la pelouse !

Enfin un mot sur le rendu des couleurs avec de Sigma fpL. Relativement proche du rendu des couleurs du DP2 Merrill admirablement servi par son capteur Phoveon, il reste malgré tout moins agréable pour le paysagiste, le rendu des verts étant en retrait et moins différencié. On aura une bonne idée de l'écart en se servant de la mire de DP Review pour comparer le rendu des couleurs des différents appareils.(11

Pas de viseur, ni de griffe pour le viseur : il faut éventuellement ajouter cet élément en option (6) en le montant sur le côté de l'appareil.

viseur Sigma fpL
Sigma dpL avec son viseur (qui ajoute une prise de casque pour le contrôle du son en vidéo, raison pour laquelle probablement Sigma en fait un kit avec l'appareil sur son site internet - 200 € d'économie sur l'achat groupé) ; il reste que ce viseur gâche la pureté d'apparence de ce joli boîtier. 

 

 

L'appareil devient nettement moins élégant et un peu plus lourd. 

Une autre solution consiste à visser un viseur maison (LVF11) sur l'arrière de l'appareil, pour capter mieux la (belle) image qu'envoie l'écran.

Attention, je trouve que ce viseur optique permet de corriger en toute fin la qualité de l'image - le rendu est très beau - ou les détails en bord du cadrage dans le paysage, mais cela permet peut-être plus difficilement de composer la vue : J'ai eu l'impression d'un manque de recul pour apprécier la composition dans son ensemble. Peut-être cela vient-il de ma vue... mais je n'ai pas été à l'aise. (4)

Bilan

Est-il intéressant quand on est paysagiste, qu'on possède comme moi une excellente optique 24x36 légère et quand on a déjà un très bon DP2 Merrill de s'intéresser au Sigma fpL ?

Pour :

- Indiscutablement la résolution est supérieure et atteint quasiment celle d'une chambre argentique 4x5".
- L'écran arrière de contrôle est d'excellente qualité sur le fpL là où il est extrêmement médiocre sur le Sigma dp2 Merrill (on ne s'en sert sur ce dernier que pour vérifier le cadrage et le placement des hautes lumières sur l'histogramme).
- Le Summilux de 50 est encore tout à fait dans le coup. Au-delà du plaisir de faire remarcher un objectif de cette qualité de fabrication, on obtient avec sa très belle luminosité des couleurs très fines, qui sont bien servies par un capteur assez attentif aux verts, même si en retrait par rapport aux capteurs Merrill, ce qui ravira malgré tout le paysagiste.
- L'électronique de l'appareil est bien plus rapide que celle d'un dp2 Merrill, de la mise en route au transfert de l'image sur la carte, malgré le poids des images.
- Il n'y a aucun problème pour monter en sensibilité. Nous rappelons que sur le dp2 cette dernière était limitée à 200 Iso. Sur ce point comme sur celui de l'écran on est dans un autre monde.
- On peut porter sur l'appareil une grande quantité d'objectifs différents avec des bagues adaptées (7).
- A l'usage, pour une photographie lente et de très belle qualité, la possibilité offerte par l'appareil de développer le DNG directement sur le terrain et de s'assurer sur place, devant le lieu de prise de vue, qu'on obtient bien l'interprétation la meilleure possible au développement de ce qui a fait émotion, est quelque chose d'intéressant.

Contre  :

- le dp2 reste plus portable et d'assez loin, grâce à un objectif tout petit, lui-même avantagé par son capteur Foveon X3 de très petite taille (13). On l'oublie complètement à l'épaule, et il reste pourtant un très bel appareil en métal. Le Sigma fpL est presque un faux appareil portable, tellement il est dense et lourd (870g dans la configuration avec Leica Summilux et le parasoleil Leica). On ne l'oublie pas vraiment à l'épaule quand on n'est pas un costaud, comme moi.
- la préhension de l'appareil n'est pas très bonne : l'objectif l'entraîne à basculer vers l'avant quand on est en position classique de visée. Il vaut mieux alors placer la main sous le fût de l'objectif. Même ainsi ce n'est pas très commode, puisqu'à un moment, avec un objectif sur bague d'adaptation, on doit faire la mise au point à la main(14). Il existe des poignées de préhension pour cet appareil, cela peut améliorer la situation. Mais il vaut mieux monter carrément un montant en L de chez Arca-Swiss. Une poignée de préhension n'améliore que la fonction "préhension", un montant en L fait à la fois poignée et donne une attache automatique portrait/paysage pour le pied. C'est une solution donc plus intelligente.

emploi-sigma-fpl

L'image ci-dessus montre le Sigma fpL avec une plaque Monoballfix universelle ref 802265 et la plaque rapide universelle Monoballfix en L deux bases ref 802308.5. Le montant en L peut être projeté légèrement en avant en reculant l'appareil au maximum, à sa base, sur la plaque universelle. Le déséquilibre vers l'avant dû au poids de l'objectif est ainsi contrarié. A droite, la partie verticale du montant sert de poignée qu'on attrape à pleine main. Enfin, le montant en L offre deux possibilités de "morsure" directe pour une accroche du Sigma fpL en portrait ou en paysage sur une rotule Arca-Swiss de type Monoballfix.

Sur l'image ci-dessous on voit bien l'appareil en recul sur la plaque universelle. Avec ce montage, l'appareil redevient léger au portage. On le tient si bien qu'il n'est pas nécessaire d'y fixer les courroies fournies par Sigma. A noter pour les puristes : mon montant en L est fort ancien (c'est inusable...) La plaque universelle Monoballfix 2 bases est désormais vendue noire... mais l'effet est le même.


- la résolution est l'ennemie de la netteté. La dimension et la densité en pixels du capteur, qui dépassent de loin celles du Merrill, induisent une profondeur de champ nettement inférieure, qui oblige à beaucoup plus d'attention à la technique au moment de la prise de vue. Il s'agit vraiment avec cet appareil de réaliser aux petits oignons une photo délicate et attentive plus qu'on ne prend une vue en passant, comme c'était le cas avec le dp2.
L'emploi du trépied est vivement recommandé, ce qui est peu propice à la promenade. Pour éviter le trépied on peut monter dans les ISO, mais on perd alors en dynamique (n'exagérons pas le problème...ça passe)(15).
Par ailleurs, en photographie de paysage les premiers plans proches fortement structurés sont une nécessité absolue. Sur ce point la netteté du dp2 et son petit capteur sont extrêmement avantageux. Le fpL décourage d'employer des premiers plans trop proches.


Conclusion

Dans sa forme primitive, objectif + boîtier sans viseur, le Sigma fpL n'en impose pas, même si le professionnel jugera instantanément, à l'aspect, la très belle qualité des matériaux.
Son emploi permet d'obtenir des résultats superbes mais exige une prise de vue attentive et réfléchie pour atteindre le meilleur résultat. Il accompagnera les promenades sur le paysage de professionnels de l'image toujours à l'affût de la très belle image, et déterminés à l'obtenir en toutes circonstances, en restant léger.
Il retardera toutefois suffisamment les promenades familiales pour ne pas y être le bienvenu, à la différence du dp2 Merrill, plus léger et tellement plus tolérant à la profondeur de champ qu'il ne nécessite qu'un calage à l'histogramme sur les hautes lumières. Le même calage est nécessaire sur le Sigma fpL mais la mise au point demande aussi vraiment réflexion et même test sur le terrain (heureusement une simple bascule sur un bouton permet d'agrandir au pixel lors de la prise de vue). Qui dit mise au point attentive dit aussi réelle interrogation sur le sens qu'on veut donner à l'image... Sur ce point le Sigma fpL reste définitivement un appareil pour professionnel.
Cet appareil de caractère a tout pour devenir le compagnon le plus aimé du photographe solitaire. Sous son apparence modeste il crée des images de très haut niveau et offre ainsi une disponibilité en presque toutes circonstances. Son excellent capteur nécessite toutefois une attention permanente au flou qui n'en fait pas un appareil commode, surtout quand on travaille au soleil avec un écran à la peine pour faire la visée. Enfin la gestion des premiers plans en paysage peut souvent devenir problématique... On ne peut pas tout avoir, mais on a déjà énormément !

Résultat en images

Nous plaçons ci-dessous 2 images obtenues avec le Sigma fpL lors de nos essais.

Un lien en-dessous de l'image permet de la télécharger en taille réelle.
Observez bien sur chacune de ces images prises au pied la façon dont la profondeur de champ s'éteint dans les zones éloignées.

 


    Télécharger l'image en taille réelle

   


Télécharger l'image en taille réelle

Un commentaire sur ces images, concernant netteté et résolution : le capteur 60Mp du boîtier Sigma fpL est d'une résolution telle que l'utilisateur a de la difficulté à obtenir une profondeur de champ qui aille d'un objet proche à l'infini. Nombreux sont les utilisateurs de petits formats qui montent vers les chambres, happés par le désir d'obtenir des images toujours plus fouillées et de très grand format. Las ! Ils découvrent que leurs images ne sont pas aussi nettes qu'ils pouvaient l'espérer, la profondeur de champ disponible diminuant avec la taille du capteur et avec la résolution attendue du support. Là où c'est net, cela n'aura jamais été aussi net. Mais sur un sujet de paysage, où on pourrait attendre que tout soit net, ce n'est pas exactement le cas.
On retrouve cette problématique de profondeur de champ avec le boîtier du Sigma fpL. Elle est absente du Sigma dp2. Autrement dit on ne photographiera pas de la même façon avec les deux appareils. Avec le Sigma dp2, tout est net, comme si on photographiait avec un téléphone portable. Seule compte la composition et le respect des hautes lumières. On peut aller vite et obtenir un résultat parfait. Avec le Sigma fpL, on entre, par la taille du capteur, dans une problématique de chambre photographique. Comme on ne sera pas net de A (proche) à Z (lointain), il faut se poser la question de ce qu'on veut vraiment privilégier et de ce qu'on veut sacrifier, donc du sens de l'image. Par exemple, sur ces deux images, on envoie un signal : les premiers plans ont été privilégiés sur les lointains ; on choisit donc de montrer l'exubérance de la nature plutôt que l'architecture des monuments.
Une remarque : sur une chambre, et suivant les sujets, on pourrait peut-être faire un Scheimpglug (8) pour récupérer un peu de profondeur de champ aux endroits où on en veut vraiment. Sur le Sigma fpL, sans objectif à bascule, c'est non.

L'excellence de la résolution amène ainsi à l'obligation de choisir, qui est aussi celle de donner du sens à ses photographies, en réfléchissant à ce qu'on veut dire. Elle ne plaira pas à ceux que la tâche de penser fatigue, ou pour qui la prise de vue photographique est un simple acte de prédation, et pas l'acte de donner un sens aux sujets. La chambre photographique, comme ce genre d'appareils, amène inévitablement à la conception que le sens d'un objet dépend plus de celui qui le capte que de l'objet lui-même. Si vous désirez rester à cette dernière illusion, continuez avec votre téléphone portable, ou limitez la résolution du fpL à 20mpx à la prise de vue, ce qui vous permettra de conserver le fantasme que les premiers plans et les lointains sont nets tout à la fois, c'est tout simple.

Ceci dit, en choisissant une accentuation de netteté assez forte, les deux images présentées ici apparaissent en Tif (de plus de 350Mo... je ne les mets pas en téléchargement ici) sensiblement plus propres et nettes que les jpg mis ici à disposition... au point que sur l'original en Tif on lit presque le panneau en bas à droite de la deuxième image.

Une dernière remarque : une fois qu'on a compris que le rôle du photographe était de donner du sens à la chose vue, on a tendance à vouloir intervenir au moment de la prise de vue par un contrôle parfait de l'image : autrement dit, une pratique un peu continue du Sigma fpL mènera fatalement au désir d'aller vers un appareil qui permet de contrôler la totalité des mouvements pour donner le maximum de sens au sujet photographié : la chambre est au bout du voyage.

Un ultime point philosophique : il y avait un bonheur primitif à croire qu'on avait tout capté en appuyant une fois sur le bouton d'un appareil photo. S'apercevoir, en montant en résolution, que la captation totale du sujet est pure illusion emporte ce bonheur, mais, en même temps, projette le photographe dans un monde de connaissance et de responsabilité. A l'instinct se substitue la pensée. A l'émotion de l'acte se substitue un connais-toi toi-même bien plus modeste.
Bienvenue dans le monde de la connaissance et à l'école du doute !

Quel format d'image pour un bon accord Sigma fpL / Leica Summilux 50mm ?

Soit cette nouvelle image :


eglise de lesterps 

   

Télécharger l'image en taille réelle 


On observe dans l'image en taille réelle prise au format 3x2 un défaut inhérent à l'objectif Leica adapté sur le Sigma fpL : quelques franges de couleur sont visibles en haut à gauche dans les arbres et en bas à droite vers la promeneuse. De quoi conclure qu'un emploi intelligent de cet objectif sur le Sigma fpL consiste, en recherche de perfection ultime, à éviter systématiquement les formats 16x9 et 3x2 (9520 px de large comme ci-dessus) pour se limiter aux formats 4x3 (8432 px sur 6 328 px, comme nos deux premières images) ou 7x6 (7856 px sur 6 328 px), qui iront moins chercher de pixels sur le bord du cercle d'image de l'objectif, où les performances en matière de franges colorées se dégradent(12) :

Ratio largeur Ratio hauteur Pixels largeur Pixels hauteur Poids image (mpx)
16 9 9 520 5 352 50 951 040
3 2 9 520 6 328 60 242 560
4 3 8 432 6 328 53 357 696
7 6 7 856 6 328 49 712 768

On se débarrasse alors de presque tous les (petits) problèmes de franges colorées isolées sur des côtés qu'on a désormais coupés. Notre 50mm devient ainsi plus un 55mm réel en équivalent 24x36, et convient à ceux qui aiment cadrer un peu serré en paysage, avec l'expression de paysages à avant-plans solides et moins aux photographes qui aiment les vastes paysages où l'expression de l'horizon est importante.

On observera ainsi que les problèmes de frange colorées sont quasi-inexistants sur les deux premières images prises au format 4x3. Il en reste, au pire, une petite trace au lieu du contraste maximum, en haut et à gauche des branches les plus en contre-jour sur la première de nos images.

Avec cette stratégie on récolte des images parfaitement propres et de très haute résolution avec un matériel qui tient presque dans la poche et ne paie pas vraiment de mine.

Le fpL est un appareil de terrain, taillé pour le voyage et la promenade si on limite les images à 20mpx à la prise de vue, et qu'on lui adjoint un excellent objectif léger ; il devient un appareil très technique et de haute résolution si on l'emploie au-delà de 50mpx. A cette résolution il devient un appareil à haut potentiel pour photographe expert, et il vaut mieux partir avec un pied carbone et faire de la photographie réfléchie en prenant son temps. Son rendu de couleur pour le paysage reste toutefois encore en dessous de celui du capteur Foveon d'un dp2 Merrill, sur la colorimétrie duquel il ne prend vraiment le dessus que sur des paysages à forts contrastes, puisqu'il est servi par une dynamique bien supérieure (les ombres du Merrill ont tendance à virer au gris).

Caractéristiques du Sigma fpL

Dimensions L-Mount (diamètre x longueur) 112.6 x 69.9 x 45.3 mm
Poids L-Mount
427g (5)
Taille du capteur
Plein-format
Nombre de pixels
approx. 61 MP
Ratio d'image
3:2
Plage de sensibilité
ISO 100-25600 / Sensibilité étendue ISO 6, 12, 25, 50, 51200, 102400

Source : https://www.sigma-photo.fr/boitiers/394-fp-l-0085126939038.html
Documentation :
https://www.sigma-global.com/en/cameras/fpl/#catalog

Notes

(1) Voir : Pourquoi le dp2 Merrill ? par Marc Genevrier
https://galerie-photo.com/sigma-dp2-merrill_marc-genevrier.html et
Un essai tardif du Sigma Dp2 Merrill :
https://galerie-photo.com/sigma-dp2-merrill.html

(2) Présentation du Sigma fp L sur le site de Sigma :
https://www.sigma-photo.fr/boitiers/394-fp-l-0085126939038.html
On trouvera la documentation en pdf ici :
https://www.sigma-global.com/en/cameras/fpl/#catalog
L'acheteur prévoira
- plusieurs batteries complémentaires : elles se rechargent vite mais sont de faible capacité :
https://www.sigma-photo.fr/accessoires/206-chargeur-de-batteries-bc-61-pour-sd-quattro-0085126932589.html
- le chargeur, pas livré et pas donné :
https://www.sigma-photo.fr/sigma-fp/346-chargeur-de-batteries-sigma-bc-71-085126937393.html
- si vous utilisez objectif de Leica M comme moi, un adaptateur monture L vers monture M, pas donné chez Leica : plus de 400 €...
https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=bague+leica+L+vers+Leica+M

(3) De toute façon, un Scheimpflug serait-il disponible que la disposition du sujet ici ne s'y prêterait pas.

(4) Viseur externe LVF-11 (en option).
Son confort m'a toutefois laissé dubitatif... mais peut-être s'y habitue-t-on ? (voir en Viseur optique pour écran ACL LVF-11 - SIGMA France)

(5) Ajoutons 50g pour l'adaptateur de monture de L vers M et les 330g de l'objectif Summilux aux 427g de l'appareil photo, on arrive à un peu plus de 820g contre un Sigma dp2 à 420g qui se laisse complètement oublier à l'épaule...

(6) La page Sigma sur ce viseur est à retrouver en
https://www.sigma-photo.fr/sigma-fp/400-viseur-electronique-evf-11-pour-fp-l-0085126939045.html... le montant des économies qu'on réalise en recyclant son 50mm de chez Leica fond comme neige au soleil.

(7) sur les montures d'objectifs compatibles avec bague d'adaptation, lire l'excellent résumé de Jérémy Janon ici :
https://jeremyjanin.com/quel-adaptateur-dobjectif-pour-monture-l-panasonic-s1/

(8) sur Scheimpflug voir 
La règle de Scheimpflug : un simple tracé de rayons pour lycéens ?
par Emmanuel Bigler
https://galerie-photo.com/demonstration-scheimpflug.html
Prise de vue à la chambre, par Henri Peyre
https://galerie-photo.com/prise_de_vue_a_la_chambre.html
ou
Les mouvements de la chambre photographique, commentaire des effets
par Henri Peyre
https://galerie-photo.com/mouvement-chambre-photographique.html

(9) On peut mettre des bons... et, pourquoi pas, des mauvais objectifs pour en tester les effets parfois intéressants. Il suffit de mettre des bagues d'adaptation sur l'appareil. On fait alors la mise au point en utilisant sur le Sigma fpL la fonction de focus peaking ou la possibilité offerte par l'écran de visualisation de sauter directement à la vue au pixel de l'image.
Mon vieil objectif plutôt un excellent objectif, un must éternel, si on en croit Ken Rockwell, dans la page de son site consacrée au Leica 50mm f/1.4 :

This SUMMILUX 50mm f/1.4 is the finest 50/1.4 that was available on this planet at any price from 1961 through 2004.(...)
It was the absolutely finest 50mm f/1.4 lens available for each of the brand-new M2, M1, M4, M4-P, M5, CL, CLE, LEICA M6 and M7 as each was introduced.
As you bought each new camera, you congratulated yourself on your fine choice of an even finer lens that didn't need to be replaced every time you treated yourself to LEICA's finest new camera. Throughout the 1960s, the 1970s, the 1980s, the 1990s, and again in 2002 with the introduction of the brand-new M7, each time you found yourself a winner since you already owned the best and latest optical design. Its cosmetics may have changed, but not its optics or compatibility. (...)
If
you're counting every pixel on an M9, you deserve the newest LEICA SUMMILUX-M 50mm f/1.4 ASPH, which has somewhat superior sharpness. This SUMMILUX has much poorer definition in a band of about 15mm image radius at larger apertures. If ultimate image sharpness is your quest, the LEICA SUMMICRON-M 50mm f/2 is better than any LEICA SUMMILUX.
For actual photography, this is still the best 50mm f/1.4 lens ever made by anyone until LEICA outdid themselves in 2004 with the ASPH version.

Version de ce Summilux :

1969 - 1991: 11 114 or 11 113
This version uses the same optics in a black barrel with continuous ribbing around the focus ring.
Just to keep things confusing, the black version started out as part number 11 113, but when black soon became the standard color, it reverted to the standard 11 114 part number.
It takes 43mm filters, weighs 360g. and focuses to 1m. It takes a new black, vented 12 586 hood.
Some casual users refer to this as "Type 2."

(10) Une intéressante critique de cet appareil sur youtube :
https://www.youtube.com/watch?v=LPA8BqN7G3Q

(11) On pourra se servir de la mire de DP Review pour comparer le DP2 Merrill, son successeur le DP2 Quattro et le Sigma DPL. Le rendu des couleurs reste à l'avantage du capteur Foveon des DP2 Merrill et Quattro.

(12) On cherchera vainement un format de ratio exactement équivalent au 4x5" qui donnerait, par exemple, pour profiter de cet objectif sans subir les défauts des franges colorées, les dimensions suivantes :

Ratio largeur Ratio hauteur Pixels hauteur Pixels hauteur Poids image (mpx)
5 4 7 910 6 328 56 878 899

Pour une mesure pareille, on partira du Raw remonté et recadré dans Photoshop, Raw dont les dimensions sont les suivantes :

Ratio largeur Ratio hauteur Pixels hauteur Pixels hauteur Poids image (mpx)
6 4 9520 6328 60 242 560

(13) Dimension du Capteur Foveon X3 : capteur CMOS de taille APS-C (24x16 mm) affichant une résolution de 15.4 MP avec une définition d'image maximum de 4704x3136 pixels (ratio 3x2)

(14) Avec la bague d'adaptation Leica, on peut travailler uniquement en mode manuel ou en mode A priorité à l'ouverture.

(15) Un bon compromis pour éviter tout flou de bougé, lors d'une promenade, avec l'appareil utilisé à main levée, consiste à :
- positionner la mise au point proche de l'infini,
- régler le diaphragme de l'objectif assez fermé vers f8 (pour disposer d'une bonne profondeur de champ mais éviter toute diffraction qui affaiblirait la sensation de netteté à f11 ou f16),
- fixer la vitesse d'obturation au 1/200ème de seconde
- choisir la position des ISO automatiques.

   

 

dernière mise à jour : 2022

 

 

 

tous les textes sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs
pour toute remarque concernant les articles, merci de contacter henri.peyre@(ntispam)phonem.fr

une réalisation phonem

nouveautés
galerie
technique
matériel
stages
adresses
librairie
boutique amazon
magasin arca-swiss 

plan
forum
liens
contact

abonnement gratuit
recherche sur le site
(chargement lent en première utilisation - veuillez patienter)