Des appareils photographiques customisés
Qui n’a pas rêvé comme
Kiel Johnson de
construire un appareil photo ?

©theo jemison /
www.theojemison.com
L'appareil de Kiel n’est qu’une enveloppe démesurée figurant avec
humour le goût que d’autres ont eu à customiser leurs appareils. Car
certains se sont attaqués au modèle lui-même !
Le propos de cet article est très simple : montrer des appareils
photographiques dont l’apparence a été modifiée depuis la plus sage
expression jusqu’au kitch et au monumental.
Introduction
Bien que le noir règne encore
aujourd’hui sur la photographie, la fantaisie gagne doucement du
terrain. On voit ainsi des métaux, qui ne sont pas noircis, prendre
le relais ; des plastiques inondent le marché de la gadgétisation
des appareils photographiques. Les sacoches font tomber le noir ;
jusqu'aux photographes d’aujourd’hui qui ne s’habillent plus
systématiquement dans cette couleur.
En naviguant sur le net je me suis
rendue compte, pas vraiment rapidement car l’appât de la nouvelle
découverte devenait quasiment obsessionnel, que relever toutes les
fantaisies était impossible. L’imagination humaine n’a pas de
limites et c’est heureux !
Comment classifier toutes ces
trouvailles pour tenter de comprendre les motivations de ceux qui
ont osé s’amuser avec l’objet photographique ? L’intervention
crescendo du génie créatif sur l’appareil photographique impose
logiquement le plan de cet article :
-
en tout premier l’idée de la série
limitée chère aux fabricants,
-
ensuite la customisation des
appareils du marché par monsieur-tout-le-monde,
-
enfin les camera obscura, les
appareils les plus personnalisés...
et sachant qu’une bonne conclusion
doit ouvrir une fenêtre je vous propose en bouquet final :
l’apothéose de la customisation photographique !
A/ Tout d’abord quelques précisions sur la customisation
La customisation
Ce mot est emprunté à l’Anglais « to
customise » qui signifie modifier selon la demande du client,
the customer. Cette personnalisation concerne les options
de matériaux, les ajouts d’accessoires ou même de fonctions. Elle ne
conduit pas forcément à un embellissement de l’objet, nous verrons
que certains ont décidé délibérément de l’enlaidir. La perfection ou
le luxe des matériaux ne s’imposent pas au royaume de la
customisation.
Les buts sont variables : proposer de
nouvelles esthétiques (le camouflage du genre armée), concevoir un
objet ludique (les appareils en lego), faire en sorte que l’appareil
n’ait pas l’air d’un appareil photographique, monter une opération
marketing, etc.
Les appareils customisés
Sur quel type d’appareils les
« customiseurs » jettent-ils leur fougue créative ?
Réponse : sur tous les types à l’exception des chambres grand format
qui offrent peu de place au débordement. D’ailleurs que faire de
plus sur une Ebony en ébène de Macassar et titane ? Eventuellement
un soufflet décoré ? Ou bien cacher son excellence dans une boîte
d’emballage qui figurerait son opposé, pour reprendre le troisième
dessein des customiseurs (faire en sorte que l’appareil n’ait pas
l’air d’un appareil photographique). La chambre est en elle-même
déjà un objet déjà tellement rare, sophistiqué et sacralisé que l’on
n'est peu tenté de la personnaliser plus encore. Le constat amène
l’évidence suivante : les appareils en plastique (genre Holga) ou
les sténopés sont les élus de la customisation et de l’ornement car
la réalisation du décor prend du temps, parfois beaucoup, mais
occasionne peu de frais à la base. Et comme tout le monde peut
s’acheter un de ses appareils pas cher, en augmenter la rareté le
fait monter en grade.
B/ Les séries limitées des fabricants
Pour les fabricants d’appareils
photographiques, customiser consiste le plus souvent à créer des
séries limitées à l’occasion d’événements, généralement des
célébrations d’anniversaire. On distingue nettement deux catégories
de séries :
La série misant sur l’expression du
luxe :
variété de cuirs et de métaux précieux
Pour son 50ème anniversaire Hasselblad
(1948-1998) présente l’Hasselblad 503CW Gold Supreme dans une
version chromée plaquée or 24 carats, gainée de similicuir lézard
rouge bourgogne.

HASSELBALD 503CW Gold Supreme-50years
Chaque exemplaire est numéroté sur une
plaque dorée portant la signature de Victor Hasselblad et empaqueté
dans une boîte gainée du même cuir. Une clé en or gravée du même
numéro de série et destinée à la fermeture de la boîte achève la
performance de customisation ! Cinq cents exemplaires (que l’on
trouve parfois sur e-bay) couronnent ce jubilée.
En 2009, l’entreprise récidive avec
une customisation similaire du fameux 503CW fabriquée cette fois-ci
pour le 60eme anniversaire de la République de Chine
(1949 -2009). Les soixante exemplaires de ce
503CW Gold ont perdu en luxe par rapport au Gold Supreme
: les carats ne dépassent pas 18 et les bagues de l’objectif ne sont
plus dorées.
Hasselblad aime les anniversaires,
nous en avons cité deux mais ils sont fréquents, alors que Linhof
s’investit avec sobriété dans l’« événement customisé ». La firme
sort en 2007 une édition spéciale de 120 exemplaires de sa Master
Technika 3000, numérotée de 001 à 120. Habituellement noire la
Technika se pare d’un cuir rouge de la même nature pour fêter les
120 ans de l’entreprise ! L’or n’a pas sa place ici et la fantaisie
reste limitée.

Linhof Master Technika 3000 - 120 years
En 2009, à l’occasion du 80eme
anniversaire du Rolleiflex, Franke & Heideke s’aventurent dans
l’édition limitée de 80 boîtes en noyer offrant 3 Rolleiflex plaqués
or (Rolleiflex 4.0 FW, Rolleiflex 2.8 FX, Rolleiflex 4.0 FT), des
adaptateurs CNC et des filtres. Les trois Rolleiflex alignés comme
de véritables gisants sur le catafalque vitré ne sont destinés qu’au
regard. L’usure de l’un de ces trois appareils ruinerait l’effet de
perfection de l’ensemble.

Rolleiflex Gold 80 years - coffret
Rolleiflex
Gold 80 years

voir aussi ici les détails
techniques du coffret
On pourrait citer à l’envi les
appareils luxueux jouant sur le cuir et l’or (Leica, Mamiya) mais il
existe aussi le tout métal : platine, titane, argent, etc. Tout en
haut de cette catégorie le Minox DC 1011 Carat fait basculer
l’appareil photographique dans l’univers de la bijouterie : 157
grammes de technologie plaqués or 24 carats ornés de 10 diamants de
2 mm sur le pourtour de la lentille qui symbolisent les 10
megapixels de ce compact numérique de 2006. Tout un symbole !

Minox DC 1011 carat
De la série limitée fantaisiste à
l’objet unique
A naviguer sur le net on pourrait
croire que l’imagination des fabricants s’arrête à l’association de
l’or et du cuir s’attachant à ne pas décevoir les fidèles
collectionneurs ; mais ces dernières années prouvent le contraire.
Certains constructeurs n’hésitent pas à pousser la fantaisie assez
loin face pour tenter peut-être de gagner de nouveaux segments de
clientèle, les femmes ou les jeunes...
Le Rollei 35 Classic Royal, créé en
1997, en laque d’Urushi procède de l’association d’un savoir-faire
ancestral (la laque) et de la haute technologie numérique.

Rollei 35 Urushi
L’urushi, appelé communément l’arbre à
laque, produit une résine qui subit divers traitements avant la
fabrication de la laque. Sa profondeur et ses reflets résultent de
l’application de multiples couches de laque et de polissages
successifs. Il faut compter plusieurs semaines pour obtenir l’éclat
définitif et une résistance supérieure à celle du bois. De cette
façon un appareil numérique petit format prend des allures
traditionnelles, car la laque est une tradition au Japon ;
l'appareil en deviendrait presque un objet unique.
Pentax qui n’a pas négligé les
lancements d’anniversaires en or et cuir, a fait parer un Pentax K-m
digital SLR par Bling My Thing, spécialiste de la customisation en
perles de cristal Swarovski.

Pentax K-m digital SLR par Bling My Thing © bling
my thing
Le corps de l'appareil est entièrement
couvert de 3700 perles noires agrémentées d’un motif d’arabesque en
perles rouges et blanches. L’objet a été exposé pour la première
fois à la Photokina en 2008 pour attirer d'hypothétiques foules
féminines. Aujourd’hui 45 pièces ont été customisées par
Bling My Thing. La série
se constitue au fur et à mesure de la demande.
Autre temps, autre cible, avec le
Pentax K-x Kore Ja Nai Robo.

Pentax K-x Kore Ja Nai Robo
Cette édition limitée à 100
exemplaires, en vente exclusive sur la boutique en ligne de Pentax,
a trouvé preneurs dès sa mise en ligne au début du mois de novembre
2009. L’appareil aux allures de gadget illustre l’engouement
japonais pour le robot Kore Ja Nai. Inventé en 2001 par des
designers le robot Kore Ja Nai (qui signifie ce n’est pas un
robot, je n’en veux pas ! comme le dirait un petit enfant) est
un jouet en bois mal fini et mal peint dans de multiples variations
pour contredire le tout technologique. Les cent exemplaires de
l'appareil sont peints par l’équipe de designers (du moins la
représentation du visage du robot aussi grossièrement que le jouet)
si bien qu’ils sont tous uniques !
Les fabricants ne restent donc pas
inactifs et leurs diverses tentatives montrent leur intérêt à
communiquer sur l’unique (pour eux la série limitée), sur le « fait
pour vous » (la customisation en fait) pour répondre à de nouvelles
clientèles ou pour susciter un intérêt nouveau. Mais il leur
difficile pour des raisons de coût de réduire la série limitée à un
exemplaire.
C/ Les appareils du marché customisés, l’objet devient rare
Pour passer inaperçu : les appareils espions
Revolver, jumelles, cravate, canne,
livre, montre, briquet, stylo, radio jusqu’à la canette de
coca-cola… tous les moyens sont bons pour cacher un appareil photo
espion. Parmi les grands classiques le fameux briquet Zippo
transformé en appareil numérique 3 megapixels pour une mémoire de 64
megapixels, le transfert sur l’ordinateur se faisant par une clé
USB.

Le Zippo en appareil espion...
Les appareils dignes de James Bond
camouflés dans la cravate, la montre, les lunettes… nous font
sourire ; mais s’agit-il encore de photographie ? Ne sommes-nous pas
invités dans le rêve du jeu de rôle ?
Pour ceux que cela intéresse, un
article complet sur l’histoire des appareils photographiques espions
:
http://35mm-compact.com/photographie/appareils-photo-espions.htm
Passer inaperçu ne veut pas forcément
signifier être un espion ou jouer à l’être. Ainsi Jimmie Rodgers
customise son appareil photo pour ne pas se le faire voler à Rio de
Janeiro.

Jimmie Rodgers Ugly Camera © chris connors
http://blog.makezine.com/archive/2009/05/jimmies_uglified_camera.html
En résumé : suite à un premier vol
d’appareil photo au Brésil, il apprend auprès des communautés
locales que les numériques valent chers tandis que les appareils
argentiques suscitent moins la convoitise. Il décide de s’acheter
malgré tout un deuxième numérique, qui ressemble le plus possible à
un argentique, avec l’idée de le masquer de rubans papier et de le
gribouiller au feutre. Ce camouflage lui permet de prendre plus de
5000 photos au Brésil sans que personne ne tente de le lui voler. Il
raconte d’ailleurs l’aventure où il se fait à nouveau inquiéter dans
un quartier mal famé, les voyous lui laissant son « ugly camera ».
Et il ajoute l’anecdote qu’il était lui-même « customisé » en
gars du coin lors de cette rixe. Un concept total !
Pour retrouver
l’histoire de son « ugly camera » :
http://blog.jimmieprodgers.com/2009/05/my-ugly-camera.html
“Back in 2005 I went to Rio de Janeiro, Brazil, to do some volunteer
work. Within the first week my camera was stolen. Being that I was
volunteering in some of the communities there, I spoke with some
people about it. They said that all digital cameras are worth money,
but none of the film cameras are unless it's an SLR. One of the
other volunteers has this model of camera, and I thought that with
the LCD closed, it almost looked like a film camera. So I bought one
in the US, had it shipped over, and then I covered it in tape and
sharpie marker. I also took off anything shiny. I would take a
picture or two, and then check the light levels with the LCD. After
that, I would then close it, and would proceed to take pictures with
it as if it was a film camera until light levels would change. The
camera lasted me the remaining five and a half months in some of the
most impoverished areas of Rio. Just about every picture in my
Flickr is from this camera. I was able to take over 5,000 pictures
with it in Brazil. I was able to follow around a number of well
known graffiti artists, and you can check out some of the pics here.
I was also able to go into some fairly dangerous areas, and walk out
with my camera. I was even mugged a second time, and they left my
camera alone, and took my $20 cell phone instead. The reason wasn't
just the camera. It was my whole image. All my clothes I had bought
in the communities, and I had little of anything on me when I went
out. Speaking some Portuguese helped as well. I also NEVER took
pictures of people openly (you'll get your camera taken regardless).
I don't advocate going into the same areas I went, but try to be
smart anytime you are in a place that theft is common. Oh, and for
the picture, Chris set my camera on top of my box of circuit bending
supplies. I sell components for bending at Noise Nights, as well as
electronic kits and the like.”
Pour ajouter de la valeur
Beaucoup d’appareils photographiques
customisés ont pour base les appareils en plastique bon marché (50
euros en moyenne) type Diana ou Holga, ce dernier remportant les
suffrages. Le Holga est un appareil au format 120 de fabrication
chinoise ; c’est la « camera du peuple », commercialisé pour la
première fois en 1982 à Hong Kong avant de traverser les frontières.
L'appareil fait des photos qui comportent tous les défauts que le
photographe cherche à réduire, comme le flou, le vignettage ou la
fausseté couleurs : c'est un appareil digne de la lomographie.
Outre le prix attractif, deux règles
(parmi les dix) édictées par la Lomographische AG. « La
lomographie n'est pas une intrusion dans ta vie, mais en fait
partie » et « Moque-toi des règles » sont des incitations
à customiser l’appareil. On peut les entendre comme « Approprie
toi l’appareil car il doit faire partie de ta vie » et « Délire
un bon coup en le customisant ». Ainsi un Holga ne rdoit pas
ressembler à un autre Holga.
On peut voir sur le blog d’Andrew Kua
http://www.ndroo.com/blog/?p=98 quelques exemples originaux
d’Holga personnalisés : le Playground Holga, assemblage de blocs de
lego, le Woody Holga avec ses placages de bois, le Cyan Holga en
fausse fourrure, etc.

le Playground Holga ©Andrew Kua

le Woody Holga ©Andrew Kua

le Cyan Holga ©Cyanwater
Outre l’aspect ludique, customiser ce
type d’appareils plastiques consiste avant tout à créer de la
valeur : « je l’ai fait de mes mains », « l’appareil est
véritablement unique » ou comme l'annonce Andrew : « je
customise des appareils pour des ventes de charité ». Deux
exemples de valeur ajoutée : donner les attributs du luxe à
l’appareil, clin d’œil à la contrefaçon, ainsi le Louis Vuitton
Holga de Naresh Kumar (visible sur le blog d’Andrew Kua) ou le faux
Leica élaboré à partir d’un Holga rencontré sur le web. L’appareil
change de registre esthétique et n’est plus simplement une machine à
faire des photos.

le Louis Vuitton Holga de Naresh Kumar
Interview d'Andrew Kua
pour galerie-photo :
Combien d’appareils photos avez-vous customises ?
J’en ai customisé environ 8. J’aimerais en faire plus mais je suis
très occupé par le travail et le babysitting.
Quel est l’appareil que vous préférez customiser ? Quel est celui
que vous avez le plus réussi ?
Habituellement je préfère l’appareil Holga mais j’ai également
réalisé des customisations simples sur deux Diana. Celui que je
dirais avoir le mieux réussi est le Lego Holga. Cela m’a demandé un
gros travail de design et de plans avant sa réalisation.
Quels sont vos matériaux préférés ?
Cela varie. Il n’y en a pas un que je préfère parce qu’ils sont
différents selon le design choisi. Le plus difficile à faire a été
celui en lego. Un matériau plus souple est ordinairement plus facile
à travailler.
Prenez-vous des photos avec ces appareils customisés ?
Je n’utilise pas ces appareils. Peut-être parce que je ne veux pas
les salir. Ah ah ! De toute façon, j’ai vendu la plupart d’entre eux
à une vente de charité il y a quelques temps Je préfère les vendre à
ceux qui les utiliseront et gagner un peu d’argent pour aider ce qui
en ont besoin.
Original en anglais
Andrew, how many cameras have you customized ?
So far I have customized about 8 cameras. I would love to do more
but I have been busy with work and babysitting.
Your preferred camera for customization (Holga, Diana...) ? The
best one you have customized ?
I usually prefer the Holga camera but I do have a couple of Diana
cameras with simple customizations done. The best one I would have
to say is the Lego Holga. It took me a lot of effort to design and
plan before actually doing it.
Your preferred materials ?
It varies. I do not have a preferred material because they will
usually differ based on the design. The toughest to do is the Lego
one. Soft material are usually much easier.
Do you take photographs with them ?
I do not use those cameras I customize. Maybe because I do not want
to dirty them. Haha ! Anyway, I have sold most of the cameras I
customized during a charity sale some time ago. I prefer to sell
them to those who will use the camera and raise some money to help
those in need.
D/ Camera obscura et sténopés
Ici le goût des matériaux et du décor
atteint des proportions inégalées. La technique photographique se
réduisant au minimum, un simple trou, l’habillage devient un jeu aux
dimensions variables depuis « je transforme n’importe quel objet
que j'ai sous la main en sténopé » jusqu’à « je construis une
architecture autour de mon sténopé ».Si l’on peut acheter des
sténopés clé en main en vue de les customiser, la règle générale est
de concevoir la boîte qui ne ressemble en rien à un appareil
photographique.
Le photographe Scott McMahon
http://www.scottmcmahonphoto.com/ présente sur son site quelques
sténopés fruits de son imagination.

Les sténopés de Scott McMahon ©scott mcmahon
On y voit une collection (visible sur
la page
Portfolio) déclinée tant en objets manufacturés transformés
qu’en pièces créées à partir de bois, de métal, de carton ou de
mousse. Le « portrait » montrant ses sténopés est lui-même amusant
car ceux-ci s’organisent en rang d’oignons comme sur une photo de
classe : la particularité de chacun saute aux yeux. Le projet de
McMahon est la singularisation, l’objet unique, mais dans une
configuration plutôt banale : une forme géométrique surtout
parallélépipédique, comme le sont les appareils photographiques à
cause de la bobine du film, des matériaux plutôt rudimentaires et un
ornement assez dérisoire. Il y a du divertissement chez Scott
McMahon, une disposition à la collection mais aussi une attente
utilitaire puisqu’un seul sténopé ne lui suffit pas à réaliser son
projet photographique.
Il en va autrement des sténopés de
Wayne Martin Belger
qui nous apparaissent comme des fantasmes et/ ou des machines
infernales.

Wayne Martin Belge - sténopé "Classic" ©wayne martin belger
Caractéristiques du
sténopé “Classic” de Wayne Martin Belger
:
sténopé 4”x5” en aluminium, tôle acrylique, plantes séchées,
insectes et camées. L’appareil présente une petite bascule
autour de la plaque frontale pour transformer l’appareil en super
grand angle. Classic a été créé comme un appareil au format
paysage
Tous ses sténopés portent un nom et
résultent d’un projet particulier, dans une frange à la frontière de
l’horreur de la création et de la beauté de la décadence. Martin
Belger apporte un soin extrême à la fabrication, à la différence de
Scott McMahon, car son intention n’est pas un résultat banal.
L’objet prime sur la photographie. "La création d’un appareil
photo vient de mon désir de le mettre en relation avec un sujet.
Quand je choisis un sujet je prends le temps de l’étudier. Alors je
commence à voir à quoi la photo du sujet devrait ressembler. Quand
c’est bon, je commence l’étape du projet qui consiste à collecter
des pièces, des artefacts et des reliques relatives au sujet. Quand
j’ai rassemblé assez de pièces et que je cerne bien mon propos,
alors la construction de l’appareil démarre. Je crée mes appareils
photos à partir d’aluminium, titane, cuivre, fer forgé, bronze, fer,
argent, or, bois, acrylique, verre, corne, ivoire, os, etc."
“The creation of a
camera comes from my desire to relate to a subject. When I choose a
subject I spend time studying it. Then I start visualizing how I
would like a photo of the subject to look. When that’s figured out,
I start on the camera stage of the project by collecting parts,
artifacts and relics that relate to the subject. When I’ve gathered
enough parts and feel for the subject, I start the construction of
the camera. I create the cameras from Aluminum, Titanium, Copper,
Brass, Bronze, Steel, Silver, Gold, Wood, Acrylic, Glass, Horn,
Ivory, Bone (…)
Pour revenir à une customisation
« plus classique », c’est-à-dire qui concerne l’embellissement ou la
transformation d’un objet existant, voici le sténopé 4x5’’
d’Argentum et son histoire de petits oiseaux, travail de votre
humble servante. Le propos était de respecter l’objet de marque, de
le laisser reconnaissable, donc pas de modification de la forme. Je
me suis orientée vers l’idée d’un
cabinet de curiosités miniature avec comme moyen : la peinture.
Il était stimulant de confronter deux moyens de représentation sur
un même objet : la peinture et la photographie. Les cinq faces
peintes du sténopé ont donc été conçues comme autant de pages d’un
livre à regarder et à lire.


Sténopé
argentum peint par Catherine Auguste
Lire l'histoire
de sa fabrication sur le Site Français du Meuble Peint
Le sténopé présente un texte peint : « J’ai enlevé la lentille
d’un appareil photographique pour la remplacer par un diaphragme
unique créé par perçage, à l’aide d’une aiguille à coudre. Ensuite
j’ai photographié un oiseau, et le résultat est à tous les points de
vue plus réussi que dans la photographie classique. Contre toutes
les règles, j’avais placé cet oiseau à contre-jour devant ma fenêtre
derrière laquelle, il y avait des fleurs au premier plan et des
forêts au second. L’oiseau est apparu très lumineux et détaillé
ainsi que tout le reste en perspective sur l’entière distance. J’ai
refait l’expérience cette fois avec l’objectif et le même temps de
pose. L’oiseau apparaissait maintenant sans contraste ni joie, et
plus aucune trace du monde dans lequel il vivait. »
Customiser répond avant tout aux
désirs de s’approprier un objet, parfois pour lui conférer un statut
de pièce de collection intouchable. On le pose dans la vitrine car
chaque coup porté est fatal, ce qui en soi est absurde car
l’appareil photographique a d’abord une fonction. Les camera obscura
géantes sont tout au contraire offertes au piétinement collectif des
badauds. Intrigués nous pénétrons à l’intérieur de ces
customisations architecturales géantes ! Là l’émerveillement se joue
dans les entrailles. Entrer et sortir d’une camera obscura géante
s’apparente à un rite initiatique. Nous voilà au cœur d’un phénomène
optique où le vaste monde est restitué par un trou minuscule . Nous
sommes, un peu comme le héros du film
L’homme qui rétrécit, confronté à des rapports d’échelle
inimaginables.
Le site de Beverly et Jack Wilgus
http://brightbytes.com/cosite/sanfran.html montre la camera
obscura géante de Cliff House à San Francisco :

Camera Obscura, San Francisco, Cliff House ©beverly & jack wilgus

Camera Obscura (intérieur), San Francisco, Cliff House ©beverly &
jack wilgus
La camera obscura
géante derrière Cliff House à San Francisco domine Seal Rocks. Ce
petit bâtiment fut décoré afin de ressembler à un appareil 35 mm
géant avec ses lentilles pointant vers le ciel. Elle fut construire
en 1948-49 comme une partie de l’aire de jeux de la plage. Le
designer est Floyd Jennings ; il en fit deux autres aujourd’hui
disparues.
On trouve sur le site un lien vers une
carte des camera obscura géante aux USA et en Grande Bretagne.
Conclusion
Les moyens mis en œuvre dans la
customisation photographique varient au gré de l’imagination et des
intentions : de la sobriété du similicuir interchangeable (voir le
site
http://www.cameraleather.com/), à la brillance des perles et des
métaux précieux, en passant par la pauvreté des matériaux de
récupération des sténopés… Toujours est-il que l’objet se
singularise et bascule pour notre plus grand plaisir dans un autre
registre. Souvent le noir se perd un peu dans cette aventure.
Nous pourrions aller encore plus loin
dans cette appropriation : la customisation peut remonter après les
lanières ou envahir les sacs, comme nous le propose le site de
Priddy Creations
http://priddycreations.com/boutique/index.php?cPath=41
Pour ceux qui veulent être « style »? choisissez Paul Smith. Ses
rayures colorées (il y a encore une petite bande noire) se proposent
de nous couvrir de la tête aux pieds, et d'envahir encore notre
extérieur : chaussettes, cravate, ceinture, montre, sac, vaisselle,
fauteuil, voiture… et, et l’Alpa 12 aux poignées de prise Paul
Smith ! Un vrai camouflage.
Mon préféré reste le camera van
d’Harrod Blank qui atteint la plénitude de la customisation. Je vous
laisse apprécier la façon dont Harrod s’empare de l’appareil photo :
ce n’est pas 1 mais 2700 appareils qui ont été nécessaires à la
réalisation de son rêve.

Harrod Blank sur le Camera Van ©harrod blank
Obligé de remplacer certains d’entre
eux car le temps et le vandalisme entament insidieusement le rêve,
Harrod a de plus en plus de mal à retrouver les remplaçants adaptés
à son décor.

le Camera Van (détail) ©harrod blank
Il accorde une valeur hautement
ornementale à l’objet photographique sans en oublier la fonction
première, la prise de vue : l’intérieur de son fourgon est tapissé
des photos prises au cours de ses voyages. C'est l’œuvre totale :
enrobée et enrobante.
http://www.cameravan.com/allabout/index.html
Une nuit d’automne 1993, Harrod Blank fit le rêve qu’il couvrait
sa voiture d’appareils photos et qu’il partait prendre des photos
des gens dans les rues. Le public inconscient que les appareils
fonctionnaient réagissait naturellement. A la fin de son rêve,
Harrod regarda les photos prises avec son fourgon, il vit des faces
figées dans la crainte, des images si puissantes qu’il décida le
matin suivant de construire le fourgon. Avec l’aide de Dan Lohaus et
de quelques amis, Harrod consacra deux années au design de ce
fourgon. Essais et erreurs furent nombreux avant que tout soit fini
en 1995. C’est alors qu’Harrod commença son voyage. Quittant
sa maison à Berkeley en Californie, il s’arrêta à Houston, à News
Orleans pour finir à New York où pendant six mois il vécut et prit
des photos avec son fourgon.
Quelques liens
Un lien sur les appareils photos en
plastique
http://www.corbis.readymech.com/templates/localizations/en/WPCDC.pdf
Pour faire un sténopé en carton les
modèles de Corbis téléchargeable en pdf
http://www.corbis.readymech.com/templates/localizations/en/WPCDC.pdf
Les adeptes du lego peuvent se régaler
sur les liens suivants :
http://www.flickr.com/photos/voskhod/3222910953/
http://www.foundphotography.com/PhotoThoughts/archives/camera_review/
http://www.foundphotography.com/PhotoThoughts/archives/2006/07/
another_lego_camera_siting.html
http://store.digiblue.com/LEGO_Digital_Camera_Classic_p/lg10002.htm
(merci à David Giancatarina !)
D'autres vues du Camera van d'Harrod
Blank :
http://www.coolthings.com/camera-van-sports-2700-cameras-puts-papparazis-to-shame/
dernière modification de cet
article : 2009
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