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A propos d'une image 
de Jean-Philippe Delobelle

Galerie-Photo : Jean-Philippe, vous venez de publier chez Glénat un ouvrage de photographie à la chambre intitulé "Les métamorphoses de l'alpe", Dans la préface, vous dites avoir "essayé de traduire en images l'empreinte du temps et des saisons sur les Alpes" (...) "cette respiration lente et profonde, presque animale". On trouve dans le livre de nombreuses oppositions en face à face de paysages pris au même lieu en une saison différente, un peu comme si une photographie n'avait pu rendre, seule, le lieu. Est-ce que vous essayez de rendre le lieu ou le temps ?

Les deux : un paysage est précisément l'interaction entre un lieu et un moment : on ne peut jamais isoler l'un de l'autre ! Je vis dans les Alpes du Nord et je parcours depuis des années les vallées, les cimes et les alpages représentés dans mon livre, à la recherche de nouvelles images.. C'est en contemplant ces photos glanées au fil du temps que j'ai réalisé à quel point il est illusoire d'espérer résumer en une seule image l'essence d'un lieu et l'émotion qu'il fait surgir en nous. La photo ne représente que partiellement le paysage : elle archive simplement un instant particulier de l'évolution d'un site, isolé par le choix d'une focale et d'un cadrage. Mais en réalité, tout paysage est multiple, car constamment métamorphosé par les heures qui passent, le temps qu'il fait, et les saisons qui se succèdent. C'est cette multiplicité que j'ai voulu traduire en images. Par des confrontations d'images de mêmes lieux à deux moments différents de l'année, j'ai essayé d'illustrer l'extraordinaire richesse des paysages d'une montagne soumise aux bouleversements incessants des saisons. Transfigurées par une chute de neige, une floraison exubérante ou la venue de l'automne, les deux images associées d'un même paysage apparaissent en même temps identiques dans leurs grandes lignes, et complètement différentes dans le détail et les couleurs, exprimant ainsi à la fois la permanence d'un lieu, l'empreinte du temps, et la beauté que cette interaction génère…

 

 

 l'auteur

 

Jean-Philippe Delobelle, enseignant de biologie-géologie en Haute-Savoie, consacre l'essentiel de son temps libre à la photo, à la montagne et aux voyages. De formation naturaliste, il s'intéresse à l'environnement sous toutes ses formes : animaux, végétaux, paysages, phénomènes climatiques et géologiques... Il travaille avec l'agence photographique Bios, spécialisée dans l'environnement.
5 ans d'obstination ont été nécessaires pour réaliser " Les métamorphoses de l'alpe ", son premier livre, la météo étant souvent capricieuse dans nos montagnes !

Contact : Jean-Philippe Delobelle
 Djp74200@aol.com

 

Commander le livre 
"Les Métamorphoses de l'Alpe"
 

l'Alpage de Pétetoz © Jean-Philippe Delobelle -2002

Pourriez-vous nous décrire, à propos de cette photographie de l'Alpage de Pétetoz, votre façon de travailler ?

J'avais repéré ce joli alpage au cours d'une randonnée, en notant son intérêt potentiel : chalets d'architecture originale, harmonie du paysage. Mais ce n'est que longtemps plus tard, en montant au printemps à la recherche de chouettes de Tengmalm, que j'ai découvert que tout l'alpage était couvert en mai d'un tapis de renoncules du plus bel effet. Lorsque je suis remonté quelques jours après, des vaches tout juste montées pour l'estive avaient tout piétiné… Ce n'est que l'année suivante, après plusieurs tentatives avortées faute de météo favorable, que j'ai pu réaliser une première série de photos à la chambre. L'hiver, je suis revenu en raquettes après une abondante chute de neige pour compléter ces images. Malgré tous mes repérages, je n'ai pas pu recadrer exactement de la même façon que pour les renoncules en raison de la hauteur de neige tombée. Au total, pour obtenir les deux images du livre, il m'a fallu environ 4 ans, et je suis monté une dizaine de fois (deux heures de marche à chaque fois)… Le même type de scénario s'est répété pour à peu près toutes les associations d'images du livre. Ce type de photo nécessite de se lever très tôt pour parvenir sur place avant le soleil, et être parfaitement prêt au moment opportun : la lumière rasante et chaude ne dure que quelques minutes, et les contrastes sont vite excessifs. Pour chaque cadrage, je prends toujours plusieurs vues en variant le diaphragme de 1/3, afin de pouvoir choisir le meilleur rendu, très difficile à prévoir avec des sujets ensoleillés. Pour les photos d'hiver, le froid rend l'attente du soleil pénible, et les réglages de la chambre sont délicats. Mais le plaisir intense de voir l'image convoitée enfin s'inscrire sur le dépoli fait oublier tous ces désagréments ! Je réalise toujours des repérages, souvent plusieurs mois à l'avance, avant de passer à la prise de vue : la bonne combinaison entre la lumière et les métamorphoses saisonnières nécessite de parfaitement connaître les lieux, et un peu de chance : un nuage mal placé, ou une brise tenace peuvent reporter une prise de vue d'une année ou deux !

Vous êtes photographe à la chambre, pourquoi ?

J'ai découvert la photo à la chambre à travers les livres des grands photographes de paysage américains contemporains, comme Dykinga, Terrill ou Muench. L'incroyable qualité de ces photos m'a littéralement fasciné, et j'ai rapidement acheté d'occasion une vénérable folding Linhof Technika moyen format. Par la suite, en 1994, j'ai acquis une chambre Arca 6x9, plus simple et pratique que la Linhoff, et d'une qualité irréprochable. Photographier à la chambre est bien sur un handicap en montagne, en raison du poids et de l'encombrement du matériel, mais quel plaisir de composer sur le dépoli un cadrage parfait, quelle satisfaction de régler la bascule et le décentrement pour obtenir des arbres bien verticaux, et un premier plan parfaitement net ! Et quelle jubilation de voir les diapos 6x9 Provia ou Velvia sur la table lumineuse, lumineuses et saturées, avec leur grain ultra-fin et leur richesse de détails… Enfin, quelle différence avec un 24x36 lorsque la photo est tirée en grand format 50 x 70, ou publiée dans un calendrier ou un livre ! Je continue à travailler en petit format pour nombre de sujets, avec beaucoup de plaisir, mais pour les paysages, la chambre me semble irremplaçable…Par contre, je n'envisage pas de passer au format 4x5 ou plus, en raison du coût et du poids, et parce que le 6x9 me semble un compromis parfait qualité/prix/encombrement.

Pouvez-vous nous décrire votre matériel ?

- Chambre Arca-Swiss F-Line 6x9 + Viseur réflex 
- Objectif Rodenstock Grandagon-N 4,5 / 65 mm
- Objectif Schneider Apo-Symmar 5,6 / 210 mm 
- Objectif Schneider Apo-Symmar 5,6/ 100 mm 
- Posemètre Gossen Lunasix F 
- Trépied et rotule Manfrotto 
- Pellicules 120 inversibles Provia et Velvia

Ce matériel me suit partout depuis près de dix ans, sans aucune panne, ni problème d'aucune sorte. La chambre est entièrement opérationnelle en moins de trois minutes, et les réglages sont très rapides, grâce à une excellente conception mécanique. Le viseur reflex permet une visée confortable et lumineuse.

 

dernière modification de cet article : 2003

 

 

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