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  l'auteur

Emmanuel Georges




Né en 1965 à Belfort
vit à Strasbourg
e.georges@evc.net
www.emmanuel-georges.com
Membre du collectif
de photographes strasbourgeois
«Chambre à Part»

Graphiste / co-gérant
agence de communication
Welcome Byzance depuis 2001
Photographe auteur depuis 1983
Plusieurs expositions personnelles et collectives
en France et en Argentine depuis 1984
et quelques participations à des publications

 

 

 

Expo au CEAAC, Strasbourg
du 17 mars au 8 avril 2012

L'Amérique d'Emmanuel Georges

 


© Emmanuel Georges - 2010-2011

 

Emmanuel, pourquoi cette Amérique là ?

Avant tout, je parlerais d’un itinéraire pour ce travail commencé dans le nord des États-Unis. Un besoin très personnel de me projeter dans ces espaces familiers, de voyager seul sur les routes intérieures de quelques états hors des cartes postales, pour retrouver cette Amérique plus lourde, pleine d’aspérités, qui m’interroge depuis mon enfance. Les cow-boys et les indiens, les vastes plaines, les maisons en bois à la géométrie pure de Walker Evans, et puis ces villes aux rues ocre gris, les « Mean streets » de Scorsese, les voitures de Starsky et Hutch, les couleurs de William Eggleston et Edward Hopper…

Cette quête est une façon de poser la question : où en est ce fameux rêve américain ? Quelles traces donne à voir le paysage aujourd’hui de ce qui a été cette Amérique lumineuse ? Je ne cherche pas une réponse précise, et surtout pas rationnelle ; je cherche plutôt une note poétique à travers l’histoire récente de ce pays, un regard contemplatif sur notre rapport au temps, au changement, à la vie qui passe sans aucune fonction « rewind ».


© Emmanuel Georges - 2010-2011

 

Vous avez fait 2 voyages successivement, l'un en 2010 et l'autre en 2011

J’ai choisi Detroit comme point de départ du premier voyage, ex-capitale de l’industrie automobile, ravagée par les cyclones économiques, pour faire route vers l’ouest, jusqu’à Butte, Montana, ancienne ville minière à moitié désertée.

Les états du nord traversés, notamment le Nebraska, le Dakota du Nord, le Montana ou l’Iowa, gardent de nombreuses poches secrètes, pas encore aseptisées. L’histoire du pays y transparaît, et me renvoie quelques décennies en arrière dans un sentiment profond de mélancolie, bercé par la guitare de Neil Young, rattrapé par les images de mon enfance et par une certaine culture des années 70, faite de cinéma, de littérature et de musique.

Mes photographies ne se veulent pas critiques ou analytiques, elles ont été faites avec une sincère empathie envers ceux qui ont connu des jours difficiles
- ou qui n’ont jamais connu de jours meilleurs -, envers un pays qui n’est pas exotique pour moi, mais que je reconnais comme familier.


© Emmanuel Georges - 2010-2011

Ce second périple, en 2011, s’inscrit dans le même sillon que celui exploré en 2010 : l’Amérique profonde, rugueuse. Pittsburgh et sa région : les centres d’exploitations miniers laissés pour compte - la «Rust belt» - des petites villes dominées par les cheminées, reliées entre elles par de longs convois de trains de marchandises. C’est l’Amérique de «Voyage au bout de l’enfer». Ensuite, plus au sud, le trajet jusqu’au centre de l’Arkansas m’a emmené sur les terres rurales du berceau du blues et des pionniers de la photographie sociale américaine, en passant par les villes en faillite comme Birmingham, Alabama.

 

   

Toutes les images ont-elles été faites à la chambre ?

Les images présentées ont été faites à la chambre 4x5 inches, sur film négatif couleur - quelques images en 24x36 aussi. Les thèmes récurrents tels que les façades industrielles, cabanes, granges, rues désolées, automobiles emblématiques des belles années, stations-service, garages, motels, drive in, etc… représentent les jalons de mon voyage tout autant que les éléments constitutifs du paysage américain, celui du moins que je reconnais et qui me touche.

Je n’ai pas cherché les reliques touristiques trop évidentes ni forcément les ruines trop dramatiques, ce qui m’intéresse appartient plutôt au registre du banal, du décor quotidien, dont la temporalité questionne : est-ce aujourd’hui ? était-ce hier ?

La dimension graphique des sujets m’intéresse également, notamment l’omniprésence de la typographie - des lieux qui nous parlent au sens propre du terme en « Rockwell Heavy Capitales » - ou encore la persistance d’harmonies colorées qu’on devine avoir été audacieuses il y a longtemps.

J’assume être inspiré aussi par «l’école» de la photographie américaine, le regard frontal surtout, qui prône une économie d’effets, une concentration sur la description du sujet, propres à prolonger un sentiment d’absolu. Il s’agit pour moi de montrer le réel tel qu’il est, mais de le regarder avec intensité, pour en extraire toute la mélancolie qu’il m’évoque.

 


© Emmanuel Georges - 2010-2011

     

Avez-vous rencontré des difficultés ou estimez-vous avoir eu des moments particulièrement favorisés au long de ce voyage ? Y a-t-il eu des moments dont vous vous souvenez particulièrement ?

J’ai eu beaucoup de chance avec la lumière et la météo pour mon premier voyage (Détroit, Michigan > Butte, Montana) ; je ne cherchais pas systématiquement cette lumière blanche uniforme tant prisée par les disciples des Becher, bien qu’elle soit très confortable pour travailler tout au long de la journée, au contraire, je cherchais les lumières « extraordinaires » qui amènent une atmosphère, un sentiment à l’image. Et, bien des fois, j’arrivais sur le lieu d’une prise de vue avec un rayon de soleil particulier, une éclaircie, ou une teinte dans le ciel en phase avec le sujet… à Butte par exemple, que je connaissais à travers un des films de Wim Wenders et par les images de Stéphane Duroy, au moment où j’arrivais sur place, le ciel qui avait été chargé depuis des heures s’ouvrait juste un peu pour laisser passer les derniers rayons orangés du soleil. Je sentais qu’il ne fallait pas perdre cet instant et j’ai eu la chance de trouver très vite un des quartiers les plus intéressants de la ville (cf. image bâtiment « Christie »). Le second voyage a été plus difficile : densité urbaine plus importante, plus de stress, moins de belles lumières, beaucoup d’eau ! Mais cela participe aussi à l’atmosphère des images.

 


© Emmanuel Georges - 2010-2011

     

Avec quel matériel (chambre, objectif, pellicule) avez-vous travaillé. Pourquoi ce choix et était-ce le matériel adapté ?

Je travaille avec une Linhof Technikardan S, légère, fonctionnelle, parée pour tous les sujets, notamment pour le paysage urbain et les façades (plus de possibilités de mouvements que la Technika que j’aimais aussi beaucoup), et 4 optiques du 90 au 250. J’ai surtout utilisé le 150 Rodenstock et le 110 Symmar XL, deux optiques légères et lumineuses. Tout ça sur un gros pied carbone Silk et moi sur un escabeau acheté sur place.

J’ai utilisé du film négatif couleur, de la Kodak Portra 160, pour sa douceur et son rendu pictural que je préfère aujourd’hui à l’inversible. Bien sûr, il y a plus pratique qu’une chambre : la lourdeur de l’ensemble, changer les châssis le soir, le coût du développement, mais tous ces efforts participent d’une démarche : moins d’images mais mieux réfléchies. À vrai dire j’aimerais faire la même chose avec ma 20x25, pour la douceur du rendu, mais les problèmes pratiques s’amplifient encore. Je ne regrette pas le choix de la 4x5, un juste milieu qui permet d’aller loin dans les agrandissements avec la rigueur de composition liée à l’outil, et quand même une certaine rapidité de mise en œuvre. J’avais emmené également un vieux Nikon FA avec un 35mm pour des petites notes, des détails graphiques.

 


© Emmanuel Georges - 2010-2011

     

 

Expo au CEAAC, Strasbourg
du 17 mars au 8 avril

 

   

 

 

dernière modification de cet article : 2012

 

 

 

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