Etalonner sa
chaîne graphique
avec les profils ICC/Colorsync
Mes images ne s'impriment pas comme à l'écran ! Les
couleurs de mes scans ne sont pas les mêmes que sur l'original ! Autant
de problèmes fréquents quand on découvre les joies et les déboires du
labo photo numérique. Il existe pourtant des solutions performantes et
pas aussi compliquées qu'on le croit. La plus performante est
l'utilisation des profils ICC/Colorsync.
Chaque périphérique informatique gère les couleurs
d'une manière qui lui est propre. Ainsi, tous les écrans affichent une même
image d'une manière différente, car tous ne sont pas construits à
partir des mêmes composants électroniques et du même tube cathodique.
Certaines imprimantes utilisent trois couleurs d'encre, d'autres six. Ces
encres ont naturellement une tendance naturelle à restituer différemment
les couleurs, tout comme deux gouaches "bleu outremer" de
marques différentes n'auront jamais un rendu absolument identique. Il
n'est donc pas étonnant que l'utilisation d'un scanner de marque A et
d'un écran de marque B pour imprimer des images sur une imprimante de
marque C puisse produire des résultats parfois un peu difficiles à maîtriser.
Pour les photographes amateurs, la principale
question est généralement celle de la concordance entre l'écran et le
papier. Le plus souvent, on recherche la solution dans le pilote de son
imprimante, qui propose toujours des curseurs permettant de régler au
moins le contraste, la luminosité, la saturation et la balance globale
des couleurs. C'est déjà un début et, au prix de "quelques"
essais, on parvient plus ou moins à trouver un réglage à peu près
satisfaisant pour son papier préféré. En progressant, on peut aussi
envisager de "truquer" un peu les réglages de son écran pour
affiner la concordance. Mais
les résultats sont rarement très satisfaisants, car la méthode souffre
de certaines limitations intrinsèques :
Correction des couleurs dans
le pilote de l'imprimante
On ne règle que l'équilibre général de l'image.
Les trois curseurs Cyan, Magenta et Jaune proposés sont similaires à
ceux de la commande Balance des
couleurs de Photoshop, mais sans la possibilité d'appliquer des
corrections différentes aux ombres, aux tons moyens et aux hautes lumières.
Impossible également d'ajuster la saturation et la luminosité des rouges
seulement (commande Teinte/saturation
dans Photoshop) sans toucher aux autres couleurs, ou d'ajouter du jaune
seulement dans les verts (commande Correction
sélective de Photoshop). Les possibilités de correction sont donc
extrêmement limitées par rapport à celle de n'importe quel logiciel de
retouche digne de ce nom. On parvient à obtenir une image globalement équilibrée,
mais dont les ombres peuvent être un peu bleutées par rapport à l'écran,
ou les rouges trop saturés, pour ne citer que ces deux exemples.
"Trucage" des réglages
de l'écran
Dangereux car on interdit à son écran de bien
afficher les couleurs. Quand on importe une image depuis un scanner, un
appareil photo numérique, un CD-ROM, Internet, elle ne s'affiche pas
comme elle est réellement puisqu'on a "décalé" les réglages
de son écran. Pour imprimer cette image, il est probable qu'on va d'abord
ressentir le besoin d'en "corriger" les couleurs. L'image
s'imprimera peut-être de manière acceptable avec les réglages
"maison" du pilote d'impression, mais avec des pertes parfois
considérables par rapport au contenu du fichier d'origine (chaque
manipulation d'une image dans un logiciel de "retouche"
s'accompagne de pertes d'informations).
Autre inconvénient majeur, les réglages trouvés
ne valent que pour son écran, son imprimante, la lumière de chez soi,
etc. Inutile d'espérer imprimer correctement son image chez un ami
qui a une imprimante de plus grand format. Si l'on change de marque de
papier, il faudra naturellement refaire les "quelques" essais en
question ; de même si l'on souhaite profiter des offres alléchantes de
revendeurs indépendants proposant des encres compatibles. Et que dire si,
un jour, votre écran rend l'âme ou si, dans quelques années, vous
craquez pour la dernière imprimante dont la presse vante l'extraordinaire
finesse des couleurs ! Que deviendront vos archives si toutes vos
images ont été manipulées (donc appauvries) pour les adapter spécialement
aux caractéristiques (et aux défauts) de vos équipements actuels ?
Il existe heureusement une méthode plus rigoureuse,
celle proposée par les systèmes de gestion des couleurs Colorsync sur
Macintosh et ICM sur Windows (à partir de la version 98). Chaque périphérique
est caractérisé par un "profil ICC", qui décrit sa façon de
traiter les couleurs (un profil de scanner ou d'imprimante est un fichier
qui peut atteindre 600 ko, c'est dire la quantité d'informations qu'il
contient et la précision qu'il est capable de délivrer). À chaque fois
que des données de couleur sont lues depuis un périphérique (scanner,
appareil photo numérique) ou envoyées vers ce périphérique (écran,
imprimante), elles transitent par le profil, qui les modifie pour tenir
compte des caractéristiques de couleur du périphérique. C'est un peu
comme un changement d'origine et de coordonnées en mathématiques : on réécrit
les informations de couleur dans un système de description neutre,
universellement compréhensible par tous les périphériques. L'image
chargée depuis un appareil photo numérique ou un scanner est ainsi
"neutralisée". C'est cette version épurée que l'on va
enregistrer et c'est elle qui est la plus riche en informations. Mais
avant de l'afficher, on va effectuer l'opération inverse et la
retranscrire dans le système de description des couleurs de l'écran (son
espace colorimétrique, pour être précis). À chaque fois que vous
modifierez votre image dans un logiciel, ce sera dans ce fichier
"neutre", qui sera réinterprété en vue de son affichage.
Tout cela peut paraître compliqué, mais pour
l'utilisateur moyen, les choses sont heureusement beaucoup plus simples.
Les fabricants de matériels ont en effet la bonne idée (en général) de
fournir ces profils avec leurs produits, ainsi que les options permettant
d'activer le système de gestion des couleurs ICM et Colorsync dans leurs
pilotes. La moins bonne nouvelle, c'est que ces profils ne sont pas
toujours d'excellente qualité, notamment en raison des tolérances de
fabrication : deux scanners ou deux imprimantes du même modèle présentent
toujours certaines différences. Deuxième mauvaise nouvelle : nos chers périphériques
vieillissent. Les écrans surtout, mais les scanners et les imprimantes
aussi, et les profils valables pour un appareil neuf le sont moins après
quelques mois ou années d'utilisation.
Pour l'impression, il faut ajouter à cela que chaque
papier et chaque encre produit un rendu différent. Logiquement, c'est
donc pour la triade encre-papier-imprimante qu'il convient d'avoir un
profil précis. Compte tenu de la gamme des supports Epson, par exemple,
cela fait un certain nombre de profils différents, qu'Epson fournit sur
Mac, mais pas sur PC ! Bien sûr, Epson ne fournit aucun profil pour les
papiers d'autres fabricants. Saluons donc l'initiative de plusieurs
fabricants de papiers comme Tetenal, qui proposent sur leurs sites des
profils ICC pour leurs principaux papiers photo jet d'encre et les
imprimantes les plus répandues. Preuve également que les profils ICC ont
le vent en poupe !
Pour les pauvres utilisateurs de PC, voici une
adresse pour charger les profils ICC de quelques papiers et imprimantes
Epson : www.computer-darkroom.com/media_profiles/
media_print_1.htm.
Le site américain d'Epson propose également un
profil ICC pour le tout dernier papier Epson, le ColorLife, à la durée
de conservation améliorée. Voici l'adresse pour la 1290 (appelée 1280
aux USA), mais vous ne devriez pas avoir de mal à trouver la même chose
pour les autres modèles : http://www.epson.com/cgi-bin/Store/support/SupportIndex.jsp.
(Profils disponibles pour PC et pour Mac)
Faisons donc (provisoirement) confiance aux
fabricants. Nous disposons donc d'un profil pour notre couple
imprimante-papier. Le contenu du fichier "neutralisé" devrait
donc s'imprimer proprement. Il ne nous manque qu'à calibrer notre écran
pour bien voir le contenu de ce fichier. Théoriquement, nous devrions
alors avoir une concordance parfaite entre l'écran et le papier.
C'est par l'intermédiaire de l'écran que nous
prenons connaissance de nos images et des modifications que nous leur
apportons. Son rôle est donc capital et son étalonnage indispensable. Il
importe qu'il affiche les couleurs correctement, mais également que son
contraste et sa luminosité soient calibrés pour reproduire très
progressivement une échelle de gris du noir profond au blanc pur avec
toutes les nuances intermédiaires. Pour cela, nous disposons de deux
types d'outils.
(Attention, il est nécessaire que le tube soit chaud
avant de calibrer l'écran, ce qui demande au moins une heure. Ne calibrez
pas votre écran juste après l'avoir mis en route ! Optez pour une température
de couleur de 5500 K ou de 6500 K, proche des conditions d'observation de
vos tirages photo à la lumière du jour ou sous éclairage artificiel.)
a. Les systèmes "logiciels"
Le plus connu est Adobe Gamma, fourni avec Adobe
Photoshop et Photoshop Elements. L'utilisation est vraiment simple et les résultats tout à fait
satisfaisants. La copie d'écran ci-dessous regroupe tous les réglages
demandés par Adobe Gamma. Rassurez-vous, le logiciel propose aussi un
mode "assistant" qui donne toutes les explications nécessaires.

Une fois le contraste et la luminosité réglés,
l'objectif consiste à régler le curseur de chacune des trois couleurs
pour que le carré du centre se confonde parfaitement avec celui qui
l'entoure.
D'autres logiciels fonctionnent selon des principes
très similaires. C'est le cas des suites de calibration Monaco EZColor
(voir boutique) et Praxisoft WiziWYG (www.praxisoft.com),
sur lesquels nous reviendrons plus loin. Précisons que l'on peut télécharger
gratuitement une version de WiziWYG qui permet de calibrer l'écran,
ce qui peut être utile pour ceux qui n'ont pas Photoshop. Citons encore
ICC Display (www.profilecity.com)
(pour Mac seulement).
L'avantage de ces systèmes réside surtout dans leur
coût modéré ou nul. En revanche, le résultat est tributaire de l'appréciation
de l'utilisateur, donc "subjectif". Les conditions d'éclairage
de la pièce sont également très importantes. Enfin, si Adobe Gamma
marche bien, je ne connais pas le résultat des autres logiciels, car je
ne les ai pas essayés.
b. Les sondes colorimétriques
L'autre catégorie est celle des sondes, c'est-à-dire
des dispositifs qui mesurent physiquement les couleurs produites par l'écran.
On fixe la sonde sur son écran et on lance le logiciel approprié, qui se
charge alors d'effectuer automatiquement (ou presque) toutes les opérations
nécessaires au calibrage. Là encore, le fonctionnement est très simple,
mais le système est naturellement plus coûteux, compter de l'ordre de
250 €. En revanche, il produit des résultats plus précis, même si
certaines contraintes demeurent : exclure les lumières parasites sur la
sonde pendant la mesure, par exemple.
Parmi les fournisseurs de tels systèmes, signalons
Kléo basic de Qubyx (français !) - www.qubyx.com
Colorvision
Photocal - www.colorcal.com
Colorblind
ProveIt! - www.color.com
Gretag McBeth Eye One - également sur le site Qubyx
(Notez que certains de ces logiciels présentent la
double fonction : calibrage avec ou sans sonde.)
Quel que soit le système utilisé (logiciel ou
sonde), le résultat est double : Premièrement, le programme ajuste les
paramètres de votre carte graphique au démarrage de l'ordinateur pour
effectuer un premier dégrossissage, notamment ajuster le rendu de l'échelle
des gris. Deuxièmement, il créé un profil ICC pour affiner le calibrage
au niveau des couleurs et permettre à toutes les applications d'accéder
aux caractéristiques de votre écran, et d'en tenir compte ! Enfin, il
associe automatiquement ce profil à votre écran dans le système
d'exploitation.
Comment vérifier
que son écran est correctement calibré ?
La question se pose évidemment. Le plus simple est
de lancer un logiciel qui gère les profils ICC, comme Photoshop,
Photoshop Elements, PaintShop Pro, Corel PhotoPaint, PictureWindow Pro, et
d'autres encore (Attention ! Photoshop LE ne gère pas les couleurs !).
Vérifiez que le système de gestion des couleurs est activé dans le
logiciel : dans Photoshop Elements, choisissez Images > Couleurs et sélectionnez
la troisième option. Dans le menu Images > Couleurs de Photoshop 6.0,
la liste Paramètres ne doit pas indiquer "Gestion des couleurs désactivée".
Je vous conseille de sélectionner Adobe RGB (1998) comme profil RVB. A
l'ouverture du fichier, choisissez de convertir les couleurs à votre
espace de travail si Photoshop vous pose la question.
Ouvrez une image dont vous savez qu'elle est
parfaitement équilibrée. Le mieux est de choisir une mire de calibrage
professionnelle. On trouve sur Internet de nombreuses mires de ce type,
qui ont été conçues précisément pour calibrer les différents périphériques.
En voici quelques-unes :
ftp://ftp.photodisc.com/Tech/PDTarget/PDI%20Target.jpg
(intéressante pour ses nombreuses nuances, une version moins volumineuse
existe aussi sur le même site)
http://www.digitaldog.net/files/Printer%20Test%20file.jpg.hqx
(très utile pour son arc-en-ciel continu et ses niveaux de gris)
Sans oublier la mire
Galerie-Photo disponible sur ce site.
Je vous conseille la mire DigitalDog ou la mire
Galerie-Photo, car toutes deux comprennent des échelles de gris neutres
et des couleurs rouge, vert, bleu, mais aussi magenta, cyan et jaune. La vérification
est purement visuelle et consiste à s'assurer que chaque niveau de ces échelles
se distingue correctement de ses voisins, que les gris sont d'une
neutralité convenable et vont bien du blanc pur au noir profond, et que
les six couleurs ressemblent raisonnablement à ce qu'elles devraient être.
Malheureusement, il n'y a pas beaucoup d'autre conseil à donner ici, car
c'est un peu l'œil et son expérience qui décident.
Notre écran étant maintenant calibré, et puisque
nous disposons des profils constructeur de notre imprimante, nous voici en
mesure de tester la concordance écran-papier. Je vous conseille pour cela
de faire les tests avec l'une des mires ci-dessus, de préférence même
avec plusieurs. Si la mire Photodisc s'imprime mal, de deux choses l'une :
si elle s'affiche bien, c'est le profil d'impression qui est en cause ; si
elle s'affiche mal, le profil d'écran est mauvais.
Comme les écrans, chaque scanner a ses faiblesses
dans le rendu des couleurs. Qui plus est, ces "défauts" évoluent
dans le temps. Il est donc nécessaire de calibrer régulièrement son
scanner à l'aide d'un logiciel dédié, parfois fourni avec les appareils
haut de gamme (ColorTune chez Agfa, par exemple). Si ce n'est pas le cas,
il existe heureusement des solutions indépendantes, qui reposent toutes
sur le même principe : on numérise une image dont les couleurs sont
connues avec précision et on compare avec les résultats délivrés par
le scanner.
L'image type est le plus souvent une mire IT8, qui se
compose de pavés de couleurs de différentes nuances et densités. Ces
mires sont fabriquées sur papier photo dans des conditions de fabrication
étroitement contrôlées. Les plus coûteuses sont même mesurées
individuellement avec des appareillages ultra-performants. La mire est
accompagnée d'un petit fichier texte qui contient les valeurs colorimétriques
de tous les pavés de couleur de la mire. Enfin, il existe des mires IT8
pour opaques (documents) et transparents (films) et de différents formats
(24x36 et 4x5).

La procédure est particulièrement simple, puisqu'il
suffit de placer la mire dans son scanner, puis de cadrer et de numériser
l'image en suivant les instructions du logiciel. Celui-ci se charge
ensuite de comparer les couleurs à celles du fichier de référence et d'établir
le profil ICC correspondant.
Citons ici deux logiciels que nous avons déjà
mentionnés : Monaco EZColor (voir boutique) et Praxisoft Wiziwyg (www.praxisoft.com,
79 $). Ce sont en réalité deux suites de calibrage complètes, qui
permettent de calibrer l'écran (avec ou sans sonde), le scanner et
l'imprimante. Là encore, je n'ai aucune idée des résultats délivrés
par ces deux logiciels. La création d'un profil ICC à partir de données
de couleur nécessite des opérations mathématiques complexes ; chaque éditeur
a donc ses propres algorithmes et on comprend que certains puissent être
plus performants que d'autres. Des comparatifs sont sans doute disponibles
sur certains sites américains. A 79 dollars, Praxisoft semble une aubaine
(surtout pour calibrer toute sa chaîne !). Notons que le logiciel est téléchargeable
gratuitement et permet alors de calibrer l'écran. On n'achète ensuite
que la mire spéciale Praxisoft. N'essayez pas d'utiliser une autre mire
IT8, ça ne marchera pas !
Dans la même catégorie et encore moins cher (69 dollars), Profile
Prism (http://www.ddisoftware.com/prism/)
fonctionne également avec une mire spéciale. Ce logiciel permet
également de calibrer les appareils numériques et les imprimantes (voir
plus loin).
Comment vérifier
que son scanner est correctement calibré ?
Rien de plus simple si votre écran est étalonné :
numérisez simplement la mire IT8 qui a servi au calibrage, ou n'importe
quelle autre image suffisamment riche en couleurs, et examinez les résultats
à l'écran par rapport à l'original. Evidemment, il faut pour cela que
votre logiciel de numérisation soit paramétré pour utiliser ICM/Colorsync,
et que vous numérisiez sans apporter aucune correction de couleur.
Nous avons vu plus haut que, pour différentes
raisons, les profils des constructeurs ne sont pas parfaits. Ils ne
concernent que les papiers et les encres de la marque et ne peuvent pas
tenir compte des tolérances de fabrication des têtes d'impression. Il
peut donc s'avérer utile de calibrer sa triade imprimante-encre-papier.
Pour cela, nous allons appliquer le même principe que pour les scanners :
imprimer une image contenant suffisamment de couleurs différentes pour
bien décrire le comportement de notre imprimante, puis mesurer le plus précisément
possible les couleurs imprimées. L'appareil utilisé pour cela s'appelle
un spectrophotomètre et est malheureusement très coûteux, ce qui en réserve
l'usage aux professionnels de l'imprimerie et des arts graphiques.
Heureusement, certains ont eu la bonne idée d'utiliser nos scanners comme
instrument de mesure. D'ailleurs, ne venons-nous pas justement d'étalonner
notre scanner pour qu'il nous délivre des couleurs fidèles ?
Les logiciels ci-dessus utilisent donc cette
approche simple : on imprime une mire, on laisse bien sécher, on scanne
l'image, et le logiciel compare les couleurs imprimées avec celles du
fichier d'origine. Pour tenir compte des caractéristiques du scanner, il
est nécessaire de coller une mire IT8 sur le papier au-dessous de la mire
imprimée, de sorte que le logiciel fait d'une pierre deux coups : il
calibre le scanner et l'imprimante. Notez cependant qu'un autre éditeur,
ColorVision (www.colorcal.com), réussit
à calibrer l'impression avec un scanner non étalonné et sans coller de
mire IT8 à côté de la mire imprimée ! Son logiciel, un plug-in pour
Photoshop, s'appelle ProfilerPlus et est vendu environ 200 $.
Comment vérifier/ajuster
le résultat
La vérification consiste simplement à imprimer une
ou plusieurs mires. La mire Photodisc est la plus riche en nuances de
couleurs, tandis que la mire DigitalDog présente en haut un bel
arc-en-ciel continu et un dégradé de gris qui sont très utiles. Car
contrairement au calibrage des écrans et des scanners, où l'utilisateur
ne peut pas intervenir dans la création du profil (afin de corriger
certaines erreurs ou d'ajuster le résultat en fonction de ses préférences
ou de sa propre perception des couleurs), l'étalonnage d'une imprimante
par la méthode ci-dessus permet tout un travail d'optimisation.
ProfilerPlus propose ainsi différentes options de correction au moment de
créer le profil :

Le principe est cependant assez long : on crée un profil avec un réglage
donné, on imprime des mires, puis on modifie les réglages pour créer un
autre profil avec lequel on imprime de nouveau, etc. Il n'est pas possible
de modifier un profil existant.
Profile Prism ne permet d'intervenir que sur la luminosité, le
contraste et la saturation, tandis que Monaco EZColor comprend un module
Photoshop qui semble autoriser des réglages plus avancés.
J'ai essayé ProfilerPlus et ProfilePrism sur différents
scanners et différentes imprimantes. Le choix des bons réglages de numérisation
est très difficile et les profils "bruts" obtenus avec les réglages
par défaut des logiciels sont souvent peu satisfaisants, d'autant que les
possibilités de correction proposées par les logiciels s'avèrent
insuffisantes ou délicates à mettre en oeuvre. Il faut alors truquer
(prudemment !) la mire avant son impression pour corriger certains défauts
résiduels plus ou moins importants. Par exemple si les bleus ont tendance
à tirer au pourpre (trop de rouge), ajoutez du rouge aux
bleus de la mire (correction sélective des couleurs) avant de
l'imprimer. Après lecture par le scanner, le logiciel va réagir en se
disant que cette imprimante met décidément beaucoup de rouge dans ses
bleus et qu'il faut donc lui indiquer de ne pas le faire. Évidemment, la
procédure d'optimisation peut s'avérer très longue et une bonne
pratique des techniques de correction des couleurs est indispensable.
Heureusement, il semblerait que, pour un scanner donné, les réglages
trouvés s'appliquent ensuite indifféremment à tous les papiers
(garantissant même une très belle cohérence de rendu entre un papier
mat et un papier brillant, par exemple), de sorte que le temps investi se
"rentabilisera" assez vite si l'on profile plusieurs papiers.
Mais si l'on pense que l'objectif de ces logiciels est de produire
rapidement des profils précis, on reste tout de même dubitatif devant
l'apparente nécessité qu'il y a à les "tromper" pour que ça
marche vraiment.
Pour être complet, mentionnons encore l'existence de
logiciels éditeurs de profils. Utilisables sur tous les profils de périphériques,
il permettent de modifier de manière plus ou moins intuitive les paramètres
contenus dans un profil afin de l'adapter à ses préférences. Ces
produits sont cependant assez coûteux, ou disponibles seulement dans le
cadre de suites logicielles complètes.
Autres
sources de profils d'impression
Si l'on ne désire pas fabriquer son profil
d'impression soi-même, il est toujours possible d'acheter des profils
tout prêts. On peut ainsi confier son matériel à un prestataire de
services qui se chargera de l'étalonner, pour un prix de l'ordre de 150
€ (pour une imprimante, une encre et un papier). Ce service s'adressant
surtout aux professionnels, l'étalonnage utilise généralement des
photomètres de grande qualité et les résultats devraient être à la
hauteur.
Mais avec l'apparition de très nombreuses marques de
papier et d'encres indépendantes destinées à un plus large public, on
voit aussi apparaître un nouveau type de services : afin de garantir des
résultats optimaux avec ces produits, des sociétés (souvent, les
fabricants de ces produits) proposent des profils ICC pour de très
nombreux papiers et encres sur telle ou telle imprimante. La liste des
profils proposés par le site www.inkjetmall.com
est assez impressionnante et comprend naturellement plusieurs marques
inconnues chez nous. Établis avec du matériel professionnel, ces profils
sont vendus 45 $ l'un. Comparée au prix des logiciels de calibrage présentés
plus haut (qui n'utilisent pas de photomètre, donc sont a priori moins
performants), l'affaire peut s'avérer intéressante si l'on n'utilise
qu'un ou deux papiers différents. En revanche, ces profils ne sont pas créés
sur votre imprimante et certains écarts peuvent donc apparaître.
Je me suis procuré les profils standards Epson, le
logiciel ProfilerPlus et des profils distribués par InkjetMall afin de
procéder à des comparaisons sur une Epson 1290. Vaut-il le coup
d'investir dans des profils "professionnels" ou dans un logiciel
de calibrage par rapport aux profils fournis par le constructeur ? Je vous
présenterai bientôt les résultats de mes tests.
Je n'ai pas encore abordé l'utilisation proprement
dite des profils ICC dans nos logiciels de retouche d'image, notamment
pour l'impression. Les guides de l'utilisateur des logiciels de calibrage
fournissent en général des instructions très détaillées et il existe
sur Internet de très nombreux guides sur le sujet, qui vous décriront :
1) comment paramétrer le système de gestion des couleurs de Photoshop,
2) comment imprimer en utilisant les profils ICC. Citons notamment www.computer-darkroom.co.uk
et www.digitaldog.net,
qui proposent de nombreux guides très bien conçus. Reportez -vous également
à la liste de liens ci-dessous.
J'aborderai ici très succinctement le cas de
Photoshop Elements et d'une imprimante Epson 1290 sous Windows.
1) Dans le menu Images > Couleurs, choisissez la
troisième option : Système de gestion complète des couleurs. C'est tout
!
2) Dans la boîte de dialogue Impression, sélectionnez
le profil du papier et de l'imprimante dans la liste déroulante Profil :

Dans les options de configuration de l'imprimante, sélectionnez
également le type de papier, puis choisissez le mode Avancé
et cliquez sur Plus d'options.
Dans Couleur, sélectionnez Pas
de calibration. Et voilà !

La "calibration" (hum..., le traducteur que
je suis se rebiffe : calibrage ou étalonnage en bon français, monsieur
!) est appliquée dans Photoshop par le choix du profil opéré ci-dessus
; il n'est donc pas nécessaire de l'appliquer une deuxième fois dans le
pilote Epson. Evidemment, on pourrait faire l'inverse : ne pas corriger
dans Photoshop, mais dans le pilote. Mais dans ce cas, on ne pourra pas
choisir le profil aussi facilement : le pilote chargera le profil
d'imprimante défini par défaut dans le système d'exploitation, donc généralement
le profil Epson générique pour PC, non optimisé pour tel ou tel papier.
Outre les sites commerciaux déjà cités, dont
certains contiennent des guides ou des didacticiels sur la gestion de la
couleur ou l'utilisation des profils personnalisés, voici quelques liens
non commerciaux (en anglais) autour de la photo numérique en général et
de la gestion des couleurs en particulier :
www.computer-darkroom.co.uk
http://come.to/digitaldarkroom
www.luminous-landscape.com
www.sphoto.com/techinfo/wdtech.html
www.normankoren.com/makingfineprints.html
www.aim-dtp.net
Vous pouvez aussi faire une recherche sur
"digital darkroom" ou "computer darkroom", les réponses
ne devraient pas manquer !
Enfin, il est possible d'étalonner un appareil photo
numérique et de créer un profil ICC permettant d'optimiser l'importation
des images depuis l'appareil. Ne possédant pas d'APN, je me suis peu intéressé
à cette question, mais sachez au moins que Qubyx (www.qubyx.com)
propose un système de ce genre.
Eh oui, Linux est un peu à la traîne, mais des
volontaires travaillent déjà à la mise en place d'un système de
gestion des couleurs pour le Pingouin. Certains utilitaires sont déjà
disponibles (gratuitement !) et le fameux Gimp (le programme de retouche
d'image de Linux) peut être doté de fonctions de gestion de la couleur.
Consultez le site www.scarse.org
(étalonnage des scanners sous Linux). Sa liste de liens (accessible tout
en bas de la page) vous conduira vers les sites importants pour les
questions de couleurs sous Linux.
dernière modification de cet article :
janvier 2002
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