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l'auteur

Marc Genevrier 
Ingénieur de formation
traducteur indépendant
en allemand et anglais
Passionné de grand format
et familier du numérique
marc.genevrier@wanadoo.fr 

 

contenu de l'article

 problème et solutions "maison"
 profils ICC et Colorsync
 étalonnage de l'écran
 étalonnage d'un scanner
 étalonnage de l'imprimante
 profils d'impression personnalisés
 liens utiles
 et Linux ?

 

Etalonner sa chaîne graphique 
avec les profils ICC/Colorsync

Mes images ne s'impriment pas comme à l'écran ! Les couleurs de mes scans ne sont pas les mêmes que sur l'original ! Autant de problèmes fréquents quand on découvre les joies et les déboires du labo photo numérique. Il existe pourtant des solutions performantes et pas aussi compliquées qu'on le croit. La plus performante est l'utilisation des profils ICC/Colorsync.

1. Le problème et les solutions "maison"

Chaque périphérique informatique gère les couleurs d'une manière qui lui est propre. Ainsi, tous les écrans affichent une même image d'une manière différente, car tous ne sont pas construits à partir des mêmes composants électroniques et du même tube cathodique. Certaines imprimantes utilisent trois couleurs d'encre, d'autres six. Ces encres ont naturellement une tendance naturelle à restituer différemment les couleurs, tout comme deux gouaches "bleu outremer" de marques différentes n'auront jamais un rendu absolument identique. Il n'est donc pas étonnant que l'utilisation d'un scanner de marque A et d'un écran de marque B pour imprimer des images sur une imprimante de marque C puisse produire des résultats parfois un peu difficiles à maîtriser.

Pour les photographes amateurs, la principale question est généralement celle de la concordance entre l'écran et le papier. Le plus souvent, on recherche la solution dans le pilote de son imprimante, qui propose toujours des curseurs permettant de régler au moins le contraste, la luminosité, la saturation et la balance globale des couleurs. C'est déjà un début et, au prix de "quelques" essais, on parvient plus ou moins à trouver un réglage à peu près satisfaisant pour son papier préféré. En progressant, on peut aussi envisager de "truquer" un peu les réglages de son écran pour affiner la concordance.  Mais les résultats sont rarement très satisfaisants, car la méthode souffre de certaines limitations intrinsèques :

Correction des couleurs dans le pilote de l'imprimante

On ne règle que l'équilibre général de l'image. Les trois curseurs Cyan, Magenta et Jaune proposés sont similaires à ceux de la commande Balance des couleurs de Photoshop, mais sans la possibilité d'appliquer des corrections différentes aux ombres, aux tons moyens et aux hautes lumières. Impossible également d'ajuster la saturation et la luminosité des rouges seulement (commande Teinte/saturation dans Photoshop) sans toucher aux autres couleurs, ou d'ajouter du jaune seulement dans les verts (commande Correction sélective de Photoshop). Les possibilités de correction sont donc extrêmement limitées par rapport à celle de n'importe quel logiciel de retouche digne de ce nom. On parvient à obtenir une image globalement équilibrée, mais dont les ombres peuvent être un peu bleutées par rapport à l'écran, ou les rouges trop saturés, pour ne citer que ces deux exemples.

"Trucage" des réglages de l'écran

Dangereux car on interdit à son écran de bien afficher les couleurs. Quand on importe une image depuis un scanner, un appareil photo numérique, un CD-ROM, Internet, elle ne s'affiche pas comme elle est réellement puisqu'on a "décalé" les réglages de son écran. Pour imprimer cette image, il est probable qu'on va d'abord ressentir le besoin d'en "corriger" les couleurs. L'image s'imprimera peut-être de manière acceptable avec les réglages "maison" du pilote d'impression, mais avec des pertes parfois considérables par rapport au contenu du fichier d'origine (chaque manipulation d'une image dans un logiciel de "retouche" s'accompagne de pertes d'informations).

Autre inconvénient majeur, les réglages trouvés ne valent que pour son écran, son imprimante, la lumière de chez soi, etc. Inutile d'espérer imprimer correctement son image chez un ami qui a une imprimante de plus grand format. Si l'on change de marque de papier, il faudra naturellement refaire les "quelques" essais en question ; de même si l'on souhaite profiter des offres alléchantes de revendeurs indépendants proposant des encres compatibles. Et que dire si, un jour, votre écran rend l'âme ou si, dans quelques années, vous craquez pour la dernière imprimante dont la presse vante l'extraordinaire finesse des couleurs ! Que deviendront vos archives si toutes vos images ont été manipulées (donc appauvries) pour les adapter spécialement aux caractéristiques (et aux défauts) de vos équipements actuels ?

2. Les profils ICC/Colorsync

Il existe heureusement une méthode plus rigoureuse, celle proposée par les systèmes de gestion des couleurs Colorsync sur Macintosh et ICM sur Windows (à partir de la version 98). Chaque périphérique est caractérisé par un "profil ICC", qui décrit sa façon de traiter les couleurs (un profil de scanner ou d'imprimante est un fichier qui peut atteindre 600 ko, c'est dire la quantité d'informations qu'il contient et la précision qu'il est capable de délivrer). À chaque fois que des données de couleur sont lues depuis un périphérique (scanner, appareil photo numérique) ou envoyées vers ce périphérique (écran, imprimante), elles transitent par le profil, qui les modifie pour tenir compte des caractéristiques de couleur du périphérique. C'est un peu comme un changement d'origine et de coordonnées en mathématiques : on réécrit les informations de couleur dans un système de description neutre, universellement compréhensible par tous les périphériques. L'image chargée depuis un appareil photo numérique ou un scanner est ainsi "neutralisée". C'est cette version épurée que l'on va enregistrer et c'est elle qui est la plus riche en informations. Mais avant de l'afficher, on va effectuer l'opération inverse et la retranscrire dans le système de description des couleurs de l'écran (son espace colorimétrique, pour être précis). À chaque fois que vous modifierez votre image dans un logiciel, ce sera dans ce fichier "neutre", qui sera réinterprété en vue de son affichage.

Tout cela peut paraître compliqué, mais pour l'utilisateur moyen, les choses sont heureusement beaucoup plus simples. Les fabricants de matériels ont en effet la bonne idée (en général) de fournir ces profils avec leurs produits, ainsi que les options permettant d'activer le système de gestion des couleurs ICM et Colorsync dans leurs pilotes. La moins bonne nouvelle, c'est que ces profils ne sont pas toujours d'excellente qualité, notamment en raison des tolérances de fabrication : deux scanners ou deux imprimantes du même modèle présentent toujours certaines différences. Deuxième mauvaise nouvelle : nos chers périphériques vieillissent. Les écrans surtout, mais les scanners et les imprimantes aussi, et les profils valables pour un appareil neuf le sont moins après quelques mois ou années d'utilisation.

Pour l'impression, il faut ajouter à cela que chaque papier et chaque encre produit un rendu différent. Logiquement, c'est donc pour la triade encre-papier-imprimante qu'il convient d'avoir un profil précis. Compte tenu de la gamme des supports Epson, par exemple, cela fait un certain nombre de profils différents, qu'Epson fournit sur Mac, mais pas sur PC ! Bien sûr, Epson ne fournit aucun profil pour les papiers d'autres fabricants. Saluons donc l'initiative de plusieurs fabricants de papiers comme Tetenal, qui proposent sur leurs sites des profils ICC pour leurs principaux papiers photo jet d'encre et les imprimantes les plus répandues. Preuve également que les profils ICC ont le vent en poupe !

Pour les pauvres utilisateurs de PC, voici une adresse pour charger les profils ICC de quelques papiers et imprimantes Epson : www.computer-darkroom.com/media_profiles/
media_print_1.htm
.

Le site américain d'Epson propose également un profil ICC pour le tout dernier papier Epson, le ColorLife, à la durée de conservation améliorée. Voici l'adresse pour la 1290 (appelée 1280 aux USA), mais vous ne devriez pas avoir de mal à trouver la même chose pour les autres modèles : http://www.epson.com/cgi-bin/Store/support/SupportIndex.jsp. (Profils disponibles pour PC et pour Mac)

Faisons donc (provisoirement) confiance aux fabricants. Nous disposons donc d'un profil pour notre couple imprimante-papier. Le contenu du fichier "neutralisé" devrait donc s'imprimer proprement. Il ne nous manque qu'à calibrer notre écran pour bien voir le contenu de ce fichier. Théoriquement, nous devrions alors avoir une concordance parfaite entre l'écran et le papier.

3. Étalonnage de l'écran

C'est par l'intermédiaire de l'écran que nous prenons connaissance de nos images et des modifications que nous leur apportons. Son rôle est donc capital et son étalonnage indispensable. Il importe qu'il affiche les couleurs correctement, mais également que son contraste et sa luminosité soient calibrés pour reproduire très progressivement une échelle de gris du noir profond au blanc pur avec toutes les nuances intermédiaires. Pour cela, nous disposons de deux types d'outils.

(Attention, il est nécessaire que le tube soit chaud avant de calibrer l'écran, ce qui demande au moins une heure. Ne calibrez pas votre écran juste après l'avoir mis en route ! Optez pour une température de couleur de 5500 K ou de 6500 K, proche des conditions d'observation de vos tirages photo à la lumière du jour ou sous éclairage artificiel.)

a. Les systèmes "logiciels"

Le plus connu est Adobe Gamma, fourni avec Adobe Photoshop et Photoshop Elements. L'utilisation est vraiment simple et les résultats tout à fait satisfaisants. La copie d'écran ci-dessous regroupe tous les réglages demandés par Adobe Gamma. Rassurez-vous, le logiciel propose aussi un mode "assistant" qui donne toutes les explications nécessaires.

Une fois le contraste et la luminosité réglés, l'objectif consiste à régler le curseur de chacune des trois couleurs pour que le carré du centre se confonde parfaitement avec celui qui l'entoure.

D'autres logiciels fonctionnent selon des principes très similaires. C'est le cas des suites de calibration Monaco EZColor (voir boutique) et Praxisoft WiziWYG (www.praxisoft.com), sur lesquels nous reviendrons plus loin. Précisons que l'on peut télécharger gratuitement une version de WiziWYG qui permet de calibrer l'écran, ce qui peut être utile pour ceux qui n'ont pas Photoshop. Citons encore ICC Display (www.profilecity.com) (pour Mac seulement).

L'avantage de ces systèmes réside surtout dans leur coût modéré ou nul. En revanche, le résultat est tributaire de l'appréciation de l'utilisateur, donc "subjectif". Les conditions d'éclairage de la pièce sont également très importantes. Enfin, si Adobe Gamma marche bien, je ne connais pas le résultat des autres logiciels, car je ne les ai pas essayés.

b. Les sondes colorimétriques

L'autre catégorie est celle des sondes, c'est-à-dire des dispositifs qui mesurent physiquement les couleurs produites par l'écran. On fixe la sonde sur son écran et on lance le logiciel approprié, qui se charge alors d'effectuer automatiquement (ou presque) toutes les opérations nécessaires au calibrage. Là encore, le fonctionnement est très simple, mais le système est naturellement plus coûteux, compter de l'ordre de 250 €. En revanche, il produit des résultats plus précis, même si certaines contraintes demeurent : exclure les lumières parasites sur la sonde pendant la mesure, par exemple.

Parmi les fournisseurs de tels systèmes, signalons

Kléo basic de Qubyx (français !) - www.qubyx.com

Colorvision Photocal - www.colorcal.com 

Colorblind ProveIt! - www.color.com 

Gretag McBeth Eye One - également sur le site Qubyx

(Notez que certains de ces logiciels présentent la double fonction : calibrage avec ou sans sonde.)

Quel que soit le système utilisé (logiciel ou sonde), le résultat est double : Premièrement, le programme ajuste les paramètres de votre carte graphique au démarrage de l'ordinateur pour effectuer un premier dégrossissage, notamment ajuster le rendu de l'échelle des gris. Deuxièmement, il créé un profil ICC pour affiner le calibrage au niveau des couleurs et permettre à toutes les applications d'accéder aux caractéristiques de votre écran, et d'en tenir compte ! Enfin, il associe automatiquement ce profil à votre écran dans le système d'exploitation.

Comment vérifier que son écran est correctement calibré ?

La question se pose évidemment. Le plus simple est de lancer un logiciel qui gère les profils ICC, comme Photoshop, Photoshop Elements, PaintShop Pro, Corel PhotoPaint, PictureWindow Pro, et d'autres encore (Attention ! Photoshop LE ne gère pas les couleurs !). Vérifiez que le système de gestion des couleurs est activé dans le logiciel : dans Photoshop Elements, choisissez Images > Couleurs et sélectionnez la troisième option. Dans le menu Images > Couleurs de Photoshop 6.0, la liste Paramètres ne doit pas indiquer "Gestion des couleurs désactivée". Je vous conseille de sélectionner Adobe RGB (1998) comme profil RVB. A l'ouverture du fichier, choisissez de convertir les couleurs à votre espace de travail si Photoshop vous pose la question.

Ouvrez une image dont vous savez qu'elle est parfaitement équilibrée. Le mieux est de choisir une mire de calibrage professionnelle. On trouve sur Internet de nombreuses mires de ce type, qui ont été conçues précisément pour calibrer les différents périphériques.

En voici quelques-unes :

ftp://ftp.photodisc.com/Tech/PDTarget/PDI%20Target.jpg (intéressante pour ses nombreuses nuances, une version moins volumineuse existe aussi sur le même site)

http://www.digitaldog.net/files/Printer%20Test%20file.jpg.hqx (très utile pour son arc-en-ciel continu et ses niveaux de gris)

Sans oublier la mire Galerie-Photo disponible sur ce site.

Je vous conseille la mire DigitalDog ou la mire Galerie-Photo, car toutes deux comprennent des échelles de gris neutres et des couleurs rouge, vert, bleu, mais aussi magenta, cyan et jaune. La vérification est purement visuelle et consiste à s'assurer que chaque niveau de ces échelles se distingue correctement de ses voisins, que les gris sont d'une neutralité convenable et vont bien du blanc pur au noir profond, et que les six couleurs ressemblent raisonnablement à ce qu'elles devraient être. Malheureusement, il n'y a pas beaucoup d'autre conseil à donner ici, car c'est un peu l'œil et son expérience qui décident.

Notre écran étant maintenant calibré, et puisque nous disposons des profils constructeur de notre imprimante, nous voici en mesure de tester la concordance écran-papier. Je vous conseille pour cela de faire les tests avec l'une des mires ci-dessus, de préférence même avec plusieurs. Si la mire Photodisc s'imprime mal, de deux choses l'une : si elle s'affiche bien, c'est le profil d'impression qui est en cause ; si elle s'affiche mal, le profil d'écran est mauvais.

4. Étalonnage d'un scanner

Comme les écrans, chaque scanner a ses faiblesses dans le rendu des couleurs. Qui plus est, ces "défauts" évoluent dans le temps. Il est donc nécessaire de calibrer régulièrement son scanner à l'aide d'un logiciel dédié, parfois fourni avec les appareils haut de gamme (ColorTune chez Agfa, par exemple). Si ce n'est pas le cas, il existe heureusement des solutions indépendantes, qui reposent toutes sur le même principe : on numérise une image dont les couleurs sont connues avec précision et on compare avec les résultats délivrés par le scanner.

L'image type est le plus souvent une mire IT8, qui se compose de pavés de couleurs de différentes nuances et densités. Ces mires sont fabriquées sur papier photo dans des conditions de fabrication étroitement contrôlées. Les plus coûteuses sont même mesurées individuellement avec des appareillages ultra-performants. La mire est accompagnée d'un petit fichier texte qui contient les valeurs colorimétriques de tous les pavés de couleur de la mire. Enfin, il existe des mires IT8 pour opaques (documents) et transparents (films) et de différents formats (24x36 et 4x5).

 

La procédure est particulièrement simple, puisqu'il suffit de placer la mire dans son scanner, puis de cadrer et de numériser l'image en suivant les instructions du logiciel. Celui-ci se charge ensuite de comparer les couleurs à celles du fichier de référence et d'établir le profil ICC correspondant.

Citons ici deux logiciels que nous avons déjà mentionnés : Monaco EZColor (voir boutique) et Praxisoft Wiziwyg (www.praxisoft.com, 79 $). Ce sont en réalité deux suites de calibrage complètes, qui permettent de calibrer l'écran (avec ou sans sonde), le scanner et l'imprimante. Là encore, je n'ai aucune idée des résultats délivrés par ces deux logiciels. La création d'un profil ICC à partir de données de couleur nécessite des opérations mathématiques complexes ; chaque éditeur a donc ses propres algorithmes et on comprend que certains puissent être plus performants que d'autres. Des comparatifs sont sans doute disponibles sur certains sites américains. A 79 dollars, Praxisoft semble une aubaine (surtout pour calibrer toute sa chaîne !). Notons que le logiciel est téléchargeable gratuitement et permet alors de calibrer l'écran. On n'achète ensuite que la mire spéciale Praxisoft. N'essayez pas d'utiliser une autre mire IT8, ça ne marchera pas !

Dans la même catégorie et encore moins cher (69 dollars), Profile Prism (http://www.ddisoftware.com/prism/) fonctionne également avec une mire spéciale. Ce logiciel permet également de calibrer les appareils numériques et les imprimantes (voir plus loin).

Comment vérifier que son scanner est correctement calibré ?

Rien de plus simple si votre écran est étalonné : numérisez simplement la mire IT8 qui a servi au calibrage, ou n'importe quelle autre image suffisamment riche en couleurs, et examinez les résultats à l'écran par rapport à l'original. Evidemment, il faut pour cela que votre logiciel de numérisation soit paramétré pour utiliser ICM/Colorsync, et que vous numérisiez sans apporter aucune correction de couleur.

5. Étalonnage de l'imprimante

Nous avons vu plus haut que, pour différentes raisons, les profils des constructeurs ne sont pas parfaits. Ils ne concernent que les papiers et les encres de la marque et ne peuvent pas tenir compte des tolérances de fabrication des têtes d'impression. Il peut donc s'avérer utile de calibrer sa triade imprimante-encre-papier. Pour cela, nous allons appliquer le même principe que pour les scanners : imprimer une image contenant suffisamment de couleurs différentes pour bien décrire le comportement de notre imprimante, puis mesurer le plus précisément possible les couleurs imprimées. L'appareil utilisé pour cela s'appelle un spectrophotomètre et est malheureusement très coûteux, ce qui en réserve l'usage aux professionnels de l'imprimerie et des arts graphiques. Heureusement, certains ont eu la bonne idée d'utiliser nos scanners comme instrument de mesure. D'ailleurs, ne venons-nous pas justement d'étalonner notre scanner pour qu'il nous délivre des couleurs fidèles ?

Les logiciels ci-dessus utilisent donc cette approche simple : on imprime une mire, on laisse bien sécher, on scanne l'image, et le logiciel compare les couleurs imprimées avec celles du fichier d'origine. Pour tenir compte des caractéristiques du scanner, il est nécessaire de coller une mire IT8 sur le papier au-dessous de la mire imprimée, de sorte que le logiciel fait d'une pierre deux coups : il calibre le scanner et l'imprimante. Notez cependant qu'un autre éditeur, ColorVision (www.colorcal.com), réussit à calibrer l'impression avec un scanner non étalonné et sans coller de mire IT8 à côté de la mire imprimée ! Son logiciel, un plug-in pour Photoshop, s'appelle ProfilerPlus et est vendu environ 200 $.

Comment vérifier/ajuster le résultat

La vérification consiste simplement à imprimer une ou plusieurs mires. La mire Photodisc est la plus riche en nuances de couleurs, tandis que la mire DigitalDog présente en haut un bel arc-en-ciel continu et un dégradé de gris qui sont très utiles. Car contrairement au calibrage des écrans et des scanners, où l'utilisateur ne peut pas intervenir dans la création du profil (afin de corriger certaines erreurs ou d'ajuster le résultat en fonction de ses préférences ou de sa propre perception des couleurs), l'étalonnage d'une imprimante par la méthode ci-dessus permet tout un travail d'optimisation. ProfilerPlus propose ainsi différentes options de correction au moment de créer le profil :

Le principe est cependant assez long : on crée un profil avec un réglage donné, on imprime des mires, puis on modifie les réglages pour créer un autre profil avec lequel on imprime de nouveau, etc. Il n'est pas possible de modifier un profil existant.

Profile Prism ne permet d'intervenir que sur la luminosité, le contraste et la saturation, tandis que Monaco EZColor comprend un module Photoshop qui semble autoriser des réglages plus avancés.

J'ai essayé ProfilerPlus et ProfilePrism sur différents scanners et différentes imprimantes. Le choix des bons réglages de numérisation est très difficile et les profils "bruts" obtenus avec les réglages par défaut des logiciels sont souvent peu satisfaisants, d'autant que les possibilités de correction proposées par les logiciels s'avèrent insuffisantes ou délicates à mettre en oeuvre. Il faut alors truquer (prudemment !) la mire avant son impression pour corriger certains défauts résiduels plus ou moins importants. Par exemple si les bleus ont tendance à tirer au pourpre (trop de rouge), ajoutez du rouge aux bleus de la mire (correction sélective des couleurs) avant de l'imprimer. Après lecture par le scanner, le logiciel va réagir en se disant que cette imprimante met décidément beaucoup de rouge dans ses bleus et qu'il faut donc lui indiquer de ne pas le faire. Évidemment, la procédure d'optimisation peut s'avérer très longue et une bonne pratique des techniques de correction des couleurs est indispensable. Heureusement, il semblerait que, pour un scanner donné, les réglages trouvés s'appliquent ensuite indifféremment à tous les papiers (garantissant même une très belle cohérence de rendu entre un papier mat et un papier brillant, par exemple), de sorte que le temps investi se "rentabilisera" assez vite si l'on profile plusieurs papiers. Mais si l'on pense que l'objectif de ces logiciels est de produire rapidement des profils précis, on reste tout de même dubitatif devant l'apparente nécessité qu'il y a à les "tromper" pour que ça marche vraiment.

Pour être complet, mentionnons encore l'existence de logiciels éditeurs de profils. Utilisables sur tous les profils de périphériques, il permettent de modifier de manière plus ou moins intuitive les paramètres contenus dans un profil afin de l'adapter à ses préférences. Ces produits sont cependant assez coûteux, ou disponibles seulement dans le cadre de suites logicielles complètes.

Autres sources de profils d'impression

Si l'on ne désire pas fabriquer son profil d'impression soi-même, il est toujours possible d'acheter des profils tout prêts. On peut ainsi confier son matériel à un prestataire de services qui se chargera de l'étalonner, pour un prix de l'ordre de 150 € (pour une imprimante, une encre et un papier). Ce service s'adressant surtout aux professionnels, l'étalonnage utilise généralement des photomètres de grande qualité et les résultats devraient être à la hauteur.

Mais avec l'apparition de très nombreuses marques de papier et d'encres indépendantes destinées à un plus large public, on voit aussi apparaître un nouveau type de services : afin de garantir des résultats optimaux avec ces produits, des sociétés (souvent, les fabricants de ces produits) proposent des profils ICC pour de très nombreux papiers et encres sur telle ou telle imprimante. La liste des profils proposés par le site www.inkjetmall.com est assez impressionnante et comprend naturellement plusieurs marques inconnues chez nous. Établis avec du matériel professionnel, ces profils sont vendus 45 $ l'un. Comparée au prix des logiciels de calibrage présentés plus haut (qui n'utilisent pas de photomètre, donc sont a priori moins performants), l'affaire peut s'avérer intéressante si l'on n'utilise qu'un ou deux papiers différents. En revanche, ces profils ne sont pas créés sur votre imprimante et certains écarts peuvent donc apparaître.

Je me suis procuré les profils standards Epson, le logiciel ProfilerPlus et des profils distribués par InkjetMall afin de procéder à des comparaisons sur une Epson 1290. Vaut-il le coup d'investir dans des profils "professionnels" ou dans un logiciel de calibrage par rapport aux profils fournis par le constructeur ? Je vous présenterai bientôt les résultats de mes tests.

6. Utilisation des profils d'impression personnalisés

Je n'ai pas encore abordé l'utilisation proprement dite des profils ICC dans nos logiciels de retouche d'image, notamment pour l'impression. Les guides de l'utilisateur des logiciels de calibrage fournissent en général des instructions très détaillées et il existe sur Internet de très nombreux guides sur le sujet, qui vous décriront : 1) comment paramétrer le système de gestion des couleurs de Photoshop, 2) comment imprimer en utilisant les profils ICC. Citons notamment www.computer-darkroom.co.uk et www.digitaldog.net, qui proposent de nombreux guides très bien conçus. Reportez -vous également à la liste de liens ci-dessous.

J'aborderai ici très succinctement le cas de Photoshop Elements et d'une imprimante Epson 1290 sous Windows.

1) Dans le menu Images > Couleurs, choisissez la troisième option : Système de gestion complète des couleurs. C'est tout !

2) Dans la boîte de dialogue Impression, sélectionnez le profil du papier et de l'imprimante dans la liste déroulante Profil :

Dans les options de configuration de l'imprimante, sélectionnez également le type de papier, puis choisissez le mode Avancé et cliquez sur Plus d'options. Dans Couleur, sélectionnez Pas de calibration. Et voilà !

La "calibration" (hum..., le traducteur que je suis se rebiffe : calibrage ou étalonnage en bon français, monsieur !) est appliquée dans Photoshop par le choix du profil opéré ci-dessus ; il n'est donc pas nécessaire de l'appliquer une deuxième fois dans le pilote Epson. Evidemment, on pourrait faire l'inverse : ne pas corriger dans Photoshop, mais dans le pilote. Mais dans ce cas, on ne pourra pas choisir le profil aussi facilement : le pilote chargera le profil d'imprimante défini par défaut dans le système d'exploitation, donc généralement le profil Epson générique pour PC, non optimisé pour tel ou tel papier.

7. Liens utiles 

Outre les sites commerciaux déjà cités, dont certains contiennent des guides ou des didacticiels sur la gestion de la couleur ou l'utilisation des profils personnalisés, voici quelques liens non commerciaux (en anglais) autour de la photo numérique en général et de la gestion des couleurs en particulier :

www.computer-darkroom.co.uk

http://come.to/digitaldarkroom

www.luminous-landscape.com

www.sphoto.com/techinfo/wdtech.html

www.normankoren.com/makingfineprints.html

www.aim-dtp.net

Vous pouvez aussi faire une recherche sur "digital darkroom" ou "computer darkroom", les réponses ne devraient pas manquer !

Enfin, il est possible d'étalonner un appareil photo numérique et de créer un profil ICC permettant d'optimiser l'importation des images depuis l'appareil. Ne possédant pas d'APN, je me suis peu intéressé à cette question, mais sachez au moins que Qubyx (www.qubyx.com) propose un système de ce genre.

8. Et Linux ?

Eh oui, Linux est un peu à la traîne, mais des volontaires travaillent déjà à la mise en place d'un système de gestion des couleurs pour le Pingouin. Certains utilitaires sont déjà disponibles (gratuitement !) et le fameux Gimp (le programme de retouche d'image de Linux) peut être doté de fonctions de gestion de la couleur.

Consultez le site www.scarse.org (étalonnage des scanners sous Linux). Sa liste de liens (accessible tout en bas de la page) vous conduira vers les sites importants pour les questions de couleurs sous Linux.

dernière modification de cet article : janvier 2002

 

 

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