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l'auteur

Henri Peyre
Né en 1959
photographe
webmaster de galerie-photo
professeur de photographie
à l'Ecole des Beaux-Arts
de Nîmes de 2002 à 2005

Formation : ingénieur IBM
et ancien élève des Beaux-Arts de Paris

Phonem
28 rue de la Madeleine
30000 Nimes
phonem.productivite@(ntispam)gmail.com
www.photographie-peinture.com
[acheter des oeuvres sur
www.nature-morte.com]



Organise
des stages photographiques

 

 

Biographie de Georges de la Tour

Voir sur Wikipedia

Bibliographie

 
Georges de La Tour
par Jacques Thuillier
Dans la série les Grandes Monographies, Flammarion, 1992
ISBN : 978-2-0812-86085

Le livre de référence en français (même s'il a été traduit aussi en anglais). Une qualité de reproduction des œuvres sidérante, et un texte très intelligent, bien construit et élégant de Jacques Thuillier. Ce livre fait partie des 10 meilleurs livres de ma bibliothèque. Les illustrations ci-contre en proviennent. Un des rares livres qui me fait battre le cœur plus fort à chaque fois que je l'ouvre.
(Henri PEYRE)

 
Georges de la Tour ,
histoire d'une redécouverte
par Jean-Pierre Cuzin
et Dimitri Salmon
Ed. Découvertes Gallimard, 2004

Né en 1593, glorieux en son temps, peintre de Louis XIII, «peintre fameux», Georges de La Tour sombra dans l'oubli dès après sa mort, en 1652. Pour trois siècles. Trois siècles où son œuvre fut anéanti, son nom totalement ignoré. Il fallut attendre 1915 pour que des historiens d'art, parmi les plus célèbres de ce siècle, décident de rendre ses œuvres au peintre... Alors fut prononcé le nom de La Tour, maître lorrain qui «excelloit dans les Peintures des nuits», puis un prénom, Georges... Trois indices ! L'enquête pouvait commencer, longue et difficile, passionnée... Pleine d'écueils et d'intuitions géniales, de belles surprises et de doutes, de fausses routes, de rebondissements, de retournements. Jean-Pierre Cuzin et Dimitri Salmon reconstituent minutieusement l'enquête, de mois en mois, d'année en année. Et font participer le lecteur à l'un des plus grands triomphes de l'histoire de l'art : la redécouverte de Georges de La Tour. (Amazon)

 

Veuillez noter :
Il nous est extrêmement difficile de réunir les autorisations nécessaires à la présentation des photographies originales dans le texte et nous n'avons pas de budget pour la rémunération des ayant-droits. Le principe que nous suivons pour l'illustration des articles est le suivant : les auteurs des articles peuvent utiliser, sous réserve que soient indiqués clairement le nom de l'auteur et la source (...) les analyses et courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information de l’œuvre à laquelle elles sont incorporées. Nous nous conformons en cela aux textes en vigueur (voir en particulier sur ce site : http://www.culture.gouv.fr/culture/infos-pratiques/droits/exceptions.htm). Si vous contestez l'utilisation faite d'une photographie, merci de bien vouloir nous en informer. Nous retirerons aussitôt la photographie incriminée des illustrations.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Composition et éclairage
chez Georges de la Tour

 

par Henri PEYRE

Dans cet article, les œuvres de Georges de la Tour sont présentées dans l'ordre chronologique. Les mangeurs de pois du jeune de la Tour offrent une scène réaliste mettant en scène de petites gens de son époque ; les grands nocturnes sont à rattacher à la fin de sa production : ils traitent de thèmes religieux tout en demeurant eux-aussi extrêmement réalistes dans la manière.

La préoccupation réaliste de Georges de la Tour est intéressante pour les photographes soucieux d'arriver à une forte maîtrise de leur sujet, qui peuvent se projeter dans ses images.

Quand un peintre élabore un sujet, il y met du temps et de la pensée. Réaliser une peinture est un travail qui se compte en jours, voire en mois. L'investissement temps et donc l'investissement pensée est considérable. La Tour reproduit en outre plusieurs fois certains de ses tableaux en y apportant des variantes. Ces variantes témoignent assez probablement d'un constant désir de perfection. L'investissement et la réflexion forcément infiniment plus aboutis que chez le photographe moyen méritent d'être analysés. Nous proposons d'accompagner de quelques réflexions la présentation de 6 chefs-d'œuvre de Georges de la Tour. Puissent ces quelques commentaires donner des idées aux photographes et leur donner envie de pensée, de temps et de silence...

 


Georges de la Tour, les Mangeurs de pois (vers 1620) - Berlin-Dahlem, Staatliche Museen

 

Dans cette première peinture des Mangeurs de pois, Georges de la Tour pose déjà quelques éléments qui suivront toute sa peinture :
- La scène peinte est peu profonde, maximum deux mètres.
- Le fond est sombre. Ce qui est visible semble arraché à la nuit par la lumière.
- La lumière est rasante, placée dans le plan des personnages. Ceci fait que les ombres occupent autant de place que les lumières dans le tableau.
- La palette de couleur emploie majoritairement des bruns et des rouges et est éclairée de quelques éclats blancs bien propres. L'ensemble est caressé par une lumière un peu dorée.
- L'expressivité des mains participe fortement à la description de l'action : les mains des 2 personnages sont le sujet principal de l'action ; elles se juxtaposent pour décrire quasi cinématographiquement l'action de porter la nourriture à la bouche.
- Les regards en sont le complément : regard tourné vers l'intérieur de l'homme, occupé à la nourriture, regard craintif de la femme aux aguets, tourné vers l'extérieur, témoignant d'une inquiétude persistante malgré l'appropriation de nourriture. Ce qui fait penser au spectateur que la nourriture est précieuse et rare, qu'elle pourrait être retirée ou manquer.
- Il y a un fort beau travail d'ombre et de lumière sur les plis des vêtements ; ce travail est un poncif de la peinture et la base du métier.

Outre ces éléments qu'on peut rattacher pour notre gouverne à des considérations utilisables en photographie, il y a une touche proprement picturale, très particulière à Georges de la Tour, qui culmine probablement dans le Saint-Sébastien du musée de Nancy : elle tient à l'art de résumer certains morceaux de peinture, à accélérer brutalement la description par un furieux à plat au moment où cela est possible, élément de style qu'on pourra retrouver par la suite chez Velasquez ou, plus décidé encore, chez Manet dont ce fut la griffe. Nous ne parlerons pas plus ici de ce qui échappe largement à la photographie, cette façon juste un peu indiscrète de montrer que, quand même, tout est peint... et de faire le virtuose par la simplicité, façon extrêmement fascinante lorsque le sujet est réaliste et jouissance totalement perdue dans la peinture dite abstraite.

 


Georges de la Tour, le Tricheur à l'as de carreau (vers 1625) - Paris, Musée du Louvre

 

Nous retrouvons l'ensemble de ces caractéristiques dans le Tricheur à l'As de Carreau. En particulier on observera à quel point les mains peuvent être les acteurs principaux de ce qui se joue sur la scène : la grâce enjouée de la main du tricheur, en pleine lumière et dans la zone à fort contraste, opposée à sa main tricheuse, dans l'ombre, sur une diagonale qui indique qui on va léser. Mais aussi la main ouverte de la joueuse, victime désignée, prête à une demande au tricheur, suspendue dans son mouvement par l'intervention de la servante dont le regard en coin désigne aux yeux coulants de la joueuse qu'il faut se méfier du tricheur. A droite, le joueur aux mains refermées sur le jeu et au regard absent est hors d'une action complexe, suspendue dans le moment le plus intense, celui de la révélation de la tricherie.

Dans ce deuxième cas, on a, tout comme dans le premier, le résumé extrêmement habile et élégant d'une action complexe, synthétisé très adroitement dans la "photographie" d'un instant.

 


Saint-Jérôme pénitent (à l'auréole) (vers 1638-39) - Grenoble, Musée des Beaux-Arts

 

Il est plus difficile de faire le même commentaire sur une action à un seul personnage. Le nœud de la corde avec laquelle Saint-Jérôme se flagelle est heureusement sanguinolent, si l'on peut dire, ce qui nous permet de comprendre que l'action est en cours, mais dans cette peinture l'image de l'action a cédé la place à la virtuosité largement picturale de la représentation de la chair, qui est le sujet principal de l'image.

 


Georges de la Tour, l'Ange apparaissant à Saint-Joseph (vers 1640) - Nantes, Musée des Beaux-Arts

 

Les grands nocturnes de la fin font apparaître deux nouvelles préoccupations très originales de Georges de la Tour.

Première préoccupation : La lumière qui éclaire la scène se déplace et gagne le cœur de l'image.
L'éclairage n'était jamais bien éloigné de la scène dans les peintures de la Tour. Un tracé de rayon depuis l'ombre de la tête du tricheur montre que l'éclairage est quasi au-dessus du personnage, même s'il est encore hors du tableau ; et cet éclairage est à peine plus loin du Saint-Jérôme ou des Mangeurs de pois. Mais dans l'Ange apparaissant à Saint-Joseph, la source de lumière est maintenant placée à l'intérieur du tableau.
Il est difficile de savoir si le choix d'éclairer la scène de l'intérieur correspond à des préoccupations personnelles d'ordre mystique, mais une chose est sûre : l'intégration de la lumière à l'intérieur même du tableau pose des problèmes nouveaux : si la lumière est laissée en l'état, elle risque d'attirer toute l'attention sur elle et de laisser dans l'ombre, au sens propre et figuré, les délicats passages du jour à la lumière sur les figures représentées. Ce faisant, elle deviendrait sujet principal et enterrerait définitivement les personnages.


Détail de l'Ange apparaissant à Saint-Joseph

 

La seule solution pour abattre la trop forte irruption de la lumière est de cacher le point le plus lumineux par un élément de la scène, main du personnage dans l'Ange apparaissant à Saint-Joseph ou dans Saint-Joseph Charpentier, crâne de vanité dans la Madeleine pénitente.

Deuxième préoccupation donc, liée à la première : le développement du contre-jour.
La seule solution pour cacher le trop fort point lumineux de la lumière principale, introduite dans le tableau, consiste à masquer le point lumineux par un élément de la scène. Ce masquage permet à son tour une description novatrice et intéressante de contre-jour, particulièrement sensible sur la main de l'enfant dans le Saint-Joseph charpentier :


Georges de la Tour, Saint-Joseph charpentier (vers 1640) - Paris, Musée du Louvre

 

On voit que dans cette affaire, les tendances de fond déjà présentes au début de l'œuvre (scène  peu profonde, fond sombre, visible arraché à la nuit par une lumière rasante, placée dans le plan des personnages, tons bruns rouges, expressivité des mains dans la description de l'action, complémentarité des regards, travail d'ombre et de lumière) se sont finalement encore renforcées :

Avec le temps l'image s'est refermée et accentuée sur la mise en valeur des mains occupées à la fois à cacher la lumière et à la distiller par d'étonnants contre-jour. Le regard s'est détourné de l'action pour venir se perdre dans la flamme qui l'hypnotise.

Ce faisant, avec l'introduction de la lumière dans le milieu de l'image, Georges de la Tour a posé la lumière comme élément principal de l'action vers lequel tout converge. La traditionnelle équivalence symbolique entre la divinité et la lumière, libérée de l'action anecdotique des affamés et des tricheurs, peut jouer enfin à plein dans un tableau devenu densément mystique.

Le renforcement des moyens d'évocation a déplacé très efficacement la portée du tableau vers un contenu plus fondamental.

 

 


Georges de la Tour, la Madeleine pénitente (dite Madeleine Fabius) (vers 1640) - Washington, National Gallery

 

 

   

dernière modification de cet article : 2013

 

 

 

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