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Henri PEYRE

 

Entretien

J.-B. : qu’est-ce pour vous qu’une bonne photographie  ?

H.P. : Je viens de la peinture, plus exactement de l'Expression lyrique ; j'ai été étudiant à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris dans l'Atelier Debré. Mais à l'époque il était devenu presque interdit de dessiner. Comme je dessinais pas mal, j'aimais une figuration que la mode interdisait alors. C'était une époque bizarre, avec des codes très fermés et autoritaires, un vrai carcan pesait au nom d'un "art contemporain" qui était un mot d'église, une sorte de "tout-sauf-le-passé" qui n'avait pas vraiment de contenu. C'était une époque aussi où il ne fallait pas réfléchir : la raison semblait être l'ennemie de l'œuvre et cela faisait plus que m'énerver.

A cause de l'impossibilité de faire de la figuration en peinture, je me suis intéressé à la photographie. Ce n'a pas été un choix radical ; à un moment j'ai dû faire autre chose que l'art pour gagner de l'argent, et la photographie m'a permis de rester dans l'image alors que je n'avais plus le temps et les moyens de peindre. Puis j'ai vécu l'immense bonheur de l'arrivée des grands logiciels de traitement d'image, de l'intervention possible sur la photographie...

A ce moment, la peinture est revenue dans ma vie par la photographie. Je me suis beaucoup intéressé à l'image photographique et derrière à l'image tout court. J'ai écris pas mal de textes sur la question. Après j'ai digéré : cela a encore pris quelques années avant que je ne comprenne qu'il y avait une opportunité de faire une photographie qui soit tellement pensée, tellement construite, tellement dense que malgré son défaut de matière elle pourrait mener le spectateur à une jouissance curieuse, une jouissance basée principalement sur la confusion avec le modèle pictural.

 


Henri Peyre © Légumes sur une table de pierre

 

 

 

 


Henri Peyre © Les comptes du boucher

 

 

J.B. : Pourquoi cet intérêt pour la nature morte ?

J'aime bien la nature morte parce que c'est un genre considéré comme mineur en peinture, cela complètement à tort bien sûr. Aussi on peut y travailler tranquillement, dans l'obscurité et le silence ; on n'est pas gêner pour calculer, pour combiner, pour soupeser, pour réfléchir. C'est aussi probablement le genre où le différentiel entre la qualité des objets de départ et la qualité de ce qui est montré à l'arrivée est le plus important. Cet aspect de création de valeur est fondamental. En esthétique je suis également persuadé qu'il faut raisonner par rapprochement de contenus hétérogènes, et que c'est de cet endroit précisément que vient la jouissance.

 


Henri Peyre © Repas de veau (6)

 

 

J.-B. : Vous ne faites que de la nature morte ?

Pour l'instant, je fais surtout de la nature morte. Il y a encore pas mal de questions que je me pose... c'est comme une enquête où demeure encore pas mal de travail à faire pour mieux voir et comprendre.

Ceci dit j'ai commencé à faire quelques portraits dans le genre de la Renaissance. A ce moment il y a une rigueur et une simplicité de la pose qui me plaît. J'aime ces personnages d'Holbein au visage grave, des gens dont on lit dans l'expression qu'ils ont une belle et forte responsabilité au monde. Je trouve cela magnifique et cela m'émeut profondément. Et en même temps il y a quelque chose d'enfantin et de spontané dans les motifs, une sorte de naïveté enjouée qui sera balayée par la suite, la peinture devenant plus grandiloquente.

 


Henri Peyre, Catherine Auguste et Christian Grau © Portrait de Johannes méditant avec coquillages
 

   
 

 

J.-B. : Vous avez créé le site galerie-photo qui traite de la photographie haute résolution. Pourquoi ?

C’est très en rapport avec ma façon de considérer la photographie. Je veux être au courant de ce qui se fait de mieux en matière technique. Je veux également établir des liens avec tous ceux qui peuvent penser un peu comme moi. C’est un besoin profond. La photographie de haute résolution passe aujourd’hui par des appareils de grand format, très techniques, lourds, encombrants, visibles. On ne peut pas espérer «voler» des photographies avec ces appareils. On ne peut que recueillir l’assentiment des sujets, poser longuement, s’installer dans le paysage, respirer à un rythme plus lent, sentir le temps qui passe. C’est une autre philosophie qui conduit à la réflexion, à la composition, à la compréhension et, en définitive, à l’accord au monde.

D’autre part l’exploitation de la photographie est elle aussi très technique : les images sont plus lourdes, plus difficiles à manipuler. Forcément il faut penser beaucoup au matériau, optimiser pour la meilleure qualité possible avec l’investissement minimum, donc aller chercher l’information, être curieux, s’instruire, se déplacer vers ceux qui ont la connaissance.

Il y a ainsi un véritable milieu de la photographie haute résolution, constitué de gens passionnés, modestes et de très bon niveau. Plusieurs d’entre eux participent au site, en donnant des contributions sous forme de cours ou d’informations techniques, et c’est merveilleux. Sur le site je mets également toutes les informations que je peux obtenir, de sorte d’être le plus utile possible à tous ceux que ce chemin passionne. En fait, le site m’oblige aussi personnellement à aller beaucoup plus loin et profond et je fais pour tous ce que je ne ferais pas pour moi-même. Il m’oblige finalement au progrès les jours ou j’aurais un peu de flemme ou de découragement.

 


Henri Peyre et Catherine Auguste © Grande nature morte avec coquillages
 


Henri Peyre, Catherine Auguste et Marc Genevrier © Fabrication du luth

 


Henri Peyre © La table de l'astronome
 

   
 

 

 

Biographie d'Henri Peyre

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dernière modification de cet article : 2014

 

   

 

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