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l'auteur

Henri Peyre
Né en 1959
photographe
Beaux-Arts de Paris en peinture
webmaster de galerie-photo
ancien professeur de photographie
à l'Ecole des Beaux-Arts
de Nîmes

www.photographie-peinture.com
www.nature-morte.fr
organise des stages photo

 

 

 

Avant-propos :

Cette page "Chronologie Photographique" est suivie d'une page :
"la Photographie Plasticienne".

Je donne ici des notes de cours, faites à partir de lectures, qui m'avaient été utiles au moment où j'ai enseigné à l'Ecole des Beaux-Arts de Nîmes. Comme toutes notes de lecture, elles citent abondamment les textes auxquels elles font référence, et en conservent le style. Si elles peuvent vous donner envie de lire les livres qui ont permis de les constituer ou vous servir un peu comme elles me servent, à moi qui ait une mauvaise mémoire, de pense-bête, ce sera déjà pas si mal, et elles n'ont pas d'autre prétention.

 

Ces notes de cours ont été établies à partir des livres suivants,
dont nous recommandons vivement l'achat :

Histoire de la Photographie en images
Christian Bouqueret
Marval, 2001 - ISBN 2-86234-300-5

Le Style Documentaire
d'August Sander à Walker Evans

(1920-1945)
Olivier Lugon
Macula, 2001 - ISBN 2-86589-065-1

La Photographie Plasticienne
un Art Paradoxal

Dominique Baqué
Regard, 1998 - ISBN 2-84105-008-4

La Photographie Contemporaine
Michel Poivert
Flammarion, 2002 - ISBN 2080121944

 

Voir aussi :
Notes de lecture (II) :
Qu'est-ce que la photographie plasticienne ?

Notes de cours
sur l'histoire de la photographie (I) :
Chronologie photographique

 

1812
premières recherches par Niepce

 

1826
une plaque d'étain recouverte de bitume de Judée placée dans une camera obscura fait apparaître une image. Temps de pose : plusieurs jours

 

1833
mort de Niepce, Daguerre fixe une image avec du chlorure de sodium

 

1834
L'anglais William Henry Fox Talbot sensibilise du papier à l'aide de sels d'argent et obtient des empreintes, les "photogenics drawings". Temps de pose 1 à plusieurs minutes.

 

1835
Invention de la calotypie par Talbot : une image positive est obtenue à partir d'une image en négatif.

 

1839
l'anglais William Herschel produit sa première photo et invente le mot de photographie.

 

1839
le français Hippolyte Bayard obtient des images positives directes qu'il expose à Paris.

 

1839
par l'intermédiaire de l'astronome et homme politique Arago, Daguerre et Isidore Niepce (fils de Niepce) obtiennent une pension à vie en échange de la divulgation du procédé du Daguerréotype à l'Académie des Sciences. Le daguerréotype est une image positive obtenue grâce à une couche d'argent appliquée sur une plaque de cuivre précédemment polie. Grâce aux vapeurs d'iode, l'argent est sensible à la lumière. La plaque doit être utilisée dans l'heure.Temps de pose : 15mn. Le daguerréotype est une image positive unique non duplicable dont la surface fragile miroite. L'utilisation du procédé s'arrêtera en 1860.


1848 - l'Arc de Triomphe (Anton Melbye ?)

1840
Engouement pour le portrait. La photographie permet d'avoir une représentation de soi, jusque là réservée aux riches, avec le portrait en peinture. Apparition des premiers compte-rendus d'événements.

 

1840
Début de la révolution industrielle en Europe

 

1841
Le calotype ou talbotype est bréveté par Henri Fox Talbot. La surface d'une feuille de papier est enduite d'une solution de nitrate d'argent puis soumise à d'autres manipulations indispensables à la sensibilisation du support. Sèche, elle est introduite dans le châssis d'un appareil photo et le temps de pose oscille entre une et plusieurs minutes. Après la prise de vue, on développe le négatif obtenu qui permet -au contraire du daguerréotype- de tirer plusieurs épreuves positives à partir d'un seul et même négatif.


The Open Door
(William Fox Talbot)
tirage papier salé à partir
d'un calotype - 1843

1847
le Lillois Blanquart-Evrard communique à l'Académie des Sciences ses procédés de production de tirages d'après négatifs papiers. C'est le début de l'industrialisation de la photographie.

 

1848
Scott Archer invente avec le procédé au collodion humide un négatif sur verre plus fin et plus transparent que le négatif papier de Talbot. Révélé au public en 1851, il connaît une grande faveur jusque vers 1880 (date à laquelle il sera remplacé par la plaque à la gélatine sèche). Le collodion auquel on ajoute des sels de bromure et d'iodure est appliqué sur une plaque de verre, introduite humide dans le châssis puis exposée. Le négatif est ensuite développé, séché et vernis.


La vague brisée, Sète
(papier albuminé
d'après un négatif verre
au collodion)
ca 1857
Gustave le Gray

1850
Développement de la photographie de nu, pour les peintres et les autres. Le grand moment : 1850-70. Apparition de livres présentant des modèles arborant des poses à l'antique. Ils voisinent avec les nus érotiques voire pornographiques des amateurs.

 

1850
Mode du grand Tour (voyage en Orient qui passe par l'Italie et la Grèce). Ce voyage est entrepris par des peintres convertis à la photographie, des diplomates ou des gens fortunés.

 

1850
Photographier c'est posséder : avoir son image, comme les monarques, montrer les terres conquises, dresser l'inventaire de ses biens, se glorifier des réussites techniques. Les portraits des monarques entrent dans les albums de famille à côté de sa propre image. Les prouesses techniques sont un des grands sujets des photographes.


Félix Tournachon
dit Nadar
autoportrait
vers 1855

1850
La photographie d'événement apparaît également.


Timothy H.O'Sullivan
moisson de mort
à Gettysburg
juillet 1863

1851
Mission héliographique, qui doit reconnaître le territoire des anciens (le Secq, le Gray et Baldus - qui sont des anciens peintres, sont accompagnés de Bayard et Mistral). La mission est chargée d'archiver une partie du vaste patrimoine architectural Français. Chacun des photographes se voit attribuer une région particulière et des monuments bien précis à photographier.

 

1855
Guerre de Crimée

 

1855
Images de reportage d'une guerre de Crimée sans mort

 

1859
Invention de l'éclairage au magnesium.

 

1860
Le temps de pose est de l'ordre du 1/50ème de seconde

 

1860
Nombreux peintres photographes : Bonnard, Vuillard, Degas, Toulouse Lautrec, Munch

 

1860
Tandis que de 1860 à 80 se développe une mode de la photographie ethnographique, aux E.U. se développe la photographie industrielle au service des firmes.

 

1878
Déjà en 1865, les lunes de Rutherford, photos très détaillées de la surface de la lune, avaient connu un très grand succès. Les sciences trouvent en la photographie un allié "objectif" et normatif : A la Salpétrière se crée un laboratoire de photo à l'initiative de Charcot. Il est confié à Albert Londe (1882). On y photographie les symptômes des différentes pathologies. Charcot fixe les symptômes de l'hystérie. Duchenne de Boulogne documente les changements d'aspect du visage sous l'impulsion de décharges électriques. Alphonse Bertillon se passionne pour l'identification judiciaire.

 

1880
Invention de la plaque à la gélatine sèche.

 

1883
Etienne-Jules Marey, physiologiste de la locomotion, invente la chronophotographie

 

1887
Eadweard Muybridge travaille sur la décomposition du mouvement. Marey, Anschütz, Londe travaillent également sur l'analyse du mouvement.

 

1888
Naissance du pictorialisme qui sera la sensibilité photographique dominante jusque vers 1910. Le pictorialisme est le premier mouvement artistique international.

1/ Il s'oppose à la vision nette de la Société Française de Photographie

2/ la vision du photographe s'établit sur l'expression des sentiments.

Les pictorialistes recherchent leur inspiration dans tous les mouvements esthétiques : impressionnisme, préraphaélisme, symbolisme, japonisme et art nouveau.

Les vues extérieures sont très fréquentes : paysages romantiques ou bucoliques, images de la ville s'éveillant à la modernité. Toutefois l'atmosphère confinée des intérieurs bourgeois domine : vie domestique, jeux des enfants, salon de musique, famille réunie dans le grand salon. Les procédés d'ennoblissement de la photographie sont préconisés. Les effets de matières sont là pour faire oublier le procédé au profit de l'œuvre finale. Aux papiers industriels sont préférés les papiers à dessin sensibilisés pour la photographie.

Quelques noms : Hugo Henneberg, Heinrich Kühn, René le Bègue, Robert Demachy, Constant Puyo, Ernst Juhl, Alfred Stieglitz, Alvin Langdon Coburn, Frank Eugene, Gertrude Käsebier, Edward Steichen, Clarence Hudson White, Peter Henry Emerson.

Vers 1902, la revue Camera Work, fondée par le mouvement de Stieglitz Photo-Secession avec Steichen comme conseiller artistique, est lancée aux E.U. Elle propose un pictorialisme soucieux de valoriser la modernité américaine. De son sein naîtra une esthétique moderne : la Straight Photography (Paul Strand)


Edward Steichen
the Flatiron Building
(1909)

1895
Röntgen invente les rayons X

 

 

 

1914
Début de la guerre de 1914-18. Censure.

 

1920
Essor de la presse photo d'abord en Allemagne, en Russie, puis en France, Grande-Bretagne et Etats-Unis, premières agences photographiques

 

1920
Le reproche de la gestuelle et de la pose suscite le grand mouvement contradicteur du pictorialisme : la Straight Photography (Steichen, Strand, Weston, Sheeler) aux EU - qui se mêlera à la Nouvelle Vision en Allemagne dans les années 20 -. Le mouvement se réclame du cadrage et de l'exaltation de la netteté. Il prétend donner une vision exacte du monde, particulièrement dans le domaine des objets et de l'architecture. Le mouvement est mondial, même s'il apparaît particulièrement fort en Allemagne, aux Pays-Bas et en France.

La plupart des tenants de la Nouvelle Vision sont des artistes complets et l'influence des arts plastiques sur leur travail est évidente (cubisme, futurisme, constructivisme, surréalisme). Les nouveaux photographes revendiquent une forme technicienne et moderne de la photographie. Nombre d'entre eux révolutionnent indifféremment toutes les disciplines avec enthousiasme, prônant l'hybridation et le mélange des genres (Laszlo Moholy Nagy en Allemagne, Alexandre Rodtchenko et El Lissitzky en URSS, Man Ray, René Zuber et André Vigneau en France, Piet Zwart aux Pays-Bas, Willy Kessel en Belgique). Il faut s'emparer du monde en le photographiant de manière inédite, organiser la lumière, voir d'une façon neuve, trouver des perspectives insolites, déformer le réel, resserrer les cadrages pour faire de la limite un élément essentiel de la composition. Dans la chambre noire on pratique le photogramme, les copies négatives, le photomontage, la solarisation, l'effet relief (paraglyphe). On associe même dessin et photo. L'appareil photo est plus un découvreur qu'un enregistreur. Le portrait recherche le rendu le plus exact, le plus objectif ou le plus plastique du visage. Le cadrage est l'élément essentiel de la mise en valeur photographique, mais l'exaltation de la netteté est l'élément essentiel et typique de la mise en valeur photographique. Le corps est réifié, souvent débarassé de ses appendices troublant (jambe, bras, mains et même visage) et redessiné par les ombres et les lumières. L'objet et l'architecture moderne sont des sujets de prédilection pour les photographes. On évite la vue de face, on insiste sur les éléments plastiques, on joue sur les distorsions, les plongées ou les contre-plongées, on recherche les courbes qui font basculer l'espace.

Le mouvement débouche en 1929 sur l'exposition Film und Foto de Stuttgart. Une partie des photographies exposées sont reprises dans deux livres importants : Es kommt der Neue Fotograf de Werner Gräff et Foto-Auge de Jan Tschichold et Franz Roh. Ces deux livres établissent et théorisent… mais finalement font le bilan de la Nouvelle Vision.


Alexandre Rodtchenko
Pionnier jouant de
la trompette - 1930

1923
Les dadaïstes (Haussman et ses photocollages en 1923-24, Grosz, Heartfield, Höch et Baader) puis le Bauhaus et les constructivistes russes (Rodtchenko, Lissitzky, Klutsis, Schwitters) dénoncent la simple reproduction de la réalité. La photographie doit "dire mieux" que la simple reproduction. Le surréalisme développera au bout de cette logique une vision onirique (Max Ernst, Georges Hugnet) tandis que la propagande politique s'emparera de la photographie.


Raoul Hausmann
ABCD
1923-24

1925
Naissance du Leica (format 24x36mm). L'arrivée des appareils de petit format va permettre à la presse de présenter des reportages quasi entièrement photographiques où le texte se réduit souvent à la légende. Ce renouvellement permet à la presse de se sortir d'une situation rendue difficile par l'expansion de la radio. Photomontages, mises en pages modernes, dynamiques et attrayantes viennent renforcer l'efficacité de la presse.

 

1925
Dans les années 1925 à 40 les surréalistes développent le thème de l'érotisme comme libération. Leur pâpe est Breton. Il y a peu de photographes, le mouvement étant avant tout littéraire et Breton gardant le dogme. On trouve Man Ray (rayogrammes), Boiffard, Parry, Hans Bellmer, Claude Cahun, Dora Maar, Raoul Ubac, ou Brassaï aux marges du mouvement. A l'époque la photographie se veut la représentante de la parfaite objectivité, tandis que le surréalisme revendique "l'automatisme psychique pur", le "rêve et le merveilleux". Le couple est donc complètement illégitime et aléatoire, spécifiquement français, mais il va fonctionner pendant l'entre-deux guerres. Ce qui fait que cela marche : la primauté que les surréalistes accordent au visuel ! L'artiste, à la suite de Rimbaud, est un "voyant". Le photographe peut également faire des expériences : recadrage, agrandissement, collage, photomontages, solarisation, brûlage, et cela fait de la photo un instrument d'une rare richesse au service de l'imaginaire libéré des catégories et prêt à toutes les collusions et hybridations. C'est au mouvement Dada, aux photomontages de Raoul Hausmann, Hannah Höch et Christian Schad que le surréalisme doit son intérêt pour la photo. Des artistes comme Tabard, Blumenfeld, Kertesz, Boucher, Cartier Bresson vont eux aussi produire des œuvres surréalistes, sans frayer avec le mouvement.

Pour tous, l'artiste a libre choix de son œuvre, tous prônent la libre disponibilité des images photographiques ou imprimées et la puissance combinatoire à partir d'un document existant laissé à la seule force de l'imagination. L'érotisme est la force majeure qui meut le surréalisme. Beauté et érotisme se conjuguent exclusivement au féminin. Dans la magie des circonstances, tous s'intéressent au réel qui suffit à à combler leur soif d'étrangeté et de bizarrerie. Il suffit en regardant autour de soi de savoir regarder et déclencher à temps. On trouve dans le familier l'insolite et l'irrationnel. Après guerre il y aura encore quelques images, mais globalement l'imaginaire s'est raidi pour laisser la place à l'œuvre impeccable. La guerre redoutée a eu lieu, plus gobale, atroce et ignoble que nul ne pouvait l'imaginer.

Les techniques surréalistes :

-  surimpression : superposer deux ou plusieurs éléments à partir de deux ou plusieurs négatifs superposés (Boiffard, Parry, Tabard)

- photocollage : composition de photos découpées, collées et assemblées (Hugnet)

- photomontage : assemblage de négatifs (Ubac)

- photogramme : simple prise d'empreinte sans l'intermédiaire d'un appareil photographique (Schad, Man Ray, Moholy Nagy)

- solarisation : insolation un cours instant d'un négatif ou d'un tirage photographique au cours du développement, ce qui renverse partiellement des valeurs (Man Ray, Tabard)

- brûlage : on fait fondre progressivement le négatif au moyen d'une source de chaleur. La désagrégation progressive de l'image donne des résultats inattendus (Ubac)


Salvador Dali et
Horst.P.Horst
Costume dessiné
pour le rêve de Venus
1939

1929
Naissance du Rolleiflex. Cet appareil de format 6x6, à pellicule plus maniable que les plaques de verre - mais moins que le format 24x36 du Leica - est le grand concurrent de ce dernier. Il donne aux reporters des images de meilleur qualité que le 24x36. Le type de la visée (ventral et non redressé latéralement) est toutefois moins pratique.

Essor de la presse photo d'abord en Allemagne, en Russie, puis en France, Grande-Bretagne et Etats-Unis, premières agences photographiques dès 1920.

Les magazines s'appuient sur des reporters-photographes professionnels reconnus (Abbe, Eisenstaedt) ou donnent leur chance à des plus jeunes (Umbo, Kertesz, Capa, Moral, Bourke-White). Ils peuvent aussi commander le reportage à des photographes établis (Krull, Brassaï, Schall).

Le métier s'organise hiérarchiquement. On assiste à la naissance des agents de photographes et des agences photographiques auxquelles contribuent aussitôt par leur fonds photographique quelques photographes (Boucher, Zuber, Landau, Ylla)


Berliner Illustrierte
Zeitung
21 juillet 1929

1933
De 1933 à 1945, développement des photographies totalitaristes italienne, allemande et russe.

 

1936
Apogée du reportage de guerre.

Même si le reportage de guerre a existé dès les origines de la photographie (Roger Fenton couvre la guerre de Crimée en 1854-55, Mathew Brady et Alexander Gardner documentent la guerre de sécession américaine de 1861 à 1865), il faut attendre le gigantesque essor des magazines d'actualités des années 20 pour que le reportage de guerre monte vraiment en puissance. Les hommes politiques deviennent complices des reporters, s'apercevant du pouvoir de l'image. La succession des événements politiques dans l'entre-deux guerres bouleverse le monde et crée l'apparition des grands reportages (1936 : le Front Populaire en France, couvert par Chim et Papillon), les premiers congés payés (Cartier-Bresson, Schall, Jamet), la Guerre Civile Espagnole (Reisner, Namuth, Taro, Capa)).  La deuxième guerre mondiale puis la guerre froide, le blocus de Berlin, la guerre d'Indochine, le Vietnam seront autant de prétexte aux grands reportages historiques.

Dans les années 30, les photographes sont encore pleins de culture classique et les images réalisées rappellent parfois des pietas ou des mater dolorosa (Dorothea Lange). Certaines photographies deviennent des icônes modernes, comme le soldat républicain espagnol tué sur le champ de bataille de Capa.

Après le krach boursier de 1929, Roosvelt lance le new deal. Le sociologue Roy Stryker est investi de la mission de composer une équipe de photographes pour enregistrer "objectivement" la campagne américaine ravagée par la crise économique. Une douzaine de photographes parcourant le pays entre 1935 et 42 rapportant plus de 270 000 clichés témoignant de cette crise (Walker Evans, Dorothea Lange, Arthur Rothstein, Ben Shahn, Gordon Parks, Jack Delano).


Robert Capa
Regards
4 juillet 1937

1939
début en Europe du second conflit mondial (1939-45)

 

1945
Triomphe de la photographie humaniste (ou réalisme poétique). Le grand thème de cette photographie est l'homme (Cartier-Bresson). Création d'icônes photographiques, tout est beau.

Dès les années 30, Cartier Bresson affirmait que "l'objet de la photo est l'homme, l'homme et sa vie si courte, si frêle, si menacée". Après le carnage de la seconde guerre mondiale, ces idées prennent une grande force.

Les thèmes de prédilection de nombreux photographes sont les valeurs humaines : l'amour, l'enfance, la rue, les artisans et les autres cultures. On se concentre sur l'humain, sur tous les êtres, sur la souffrance, certes, mais surtout sur l'harmonie qui unit la grande famille des hommes. Il existe souvent une complicité réelle entre le photographe et le photographié. Pour nombre de photographes tout est beau et harmonieux, autant chez les clochards, dans les quartiers les plus sordides des bidonvilles que dans les grandes fêtes de chez Maxim's. La rue est le lieu privilégié de l'humain où l'on recherche le cliché qui émeut, le cliché où l'humanité se dévoilera à l'état pur. (Cartier-Bresson, Doisneau, Izis, Ronis, Van der Elsken, Lorelle, Sougez, Ichac, René-Jacques).

Une exposition américaine organisée en 1955 à New York par Edward Steichen (The Family of Man) impose cette expression photographique et minore les autres.

Cette photographie connaît plusieurs appellations ; en Europe : photographie humaniste, réalisme poétique. Aux E.U. : Human Interest.

Les photographes-illustrateurs, comme ils se nomment, travaillent essentiellement pour la presse, à la recherche d'icônes photographiques ou collaborent avec des poètes (Pierre Mac Orlan, Blaise Cendrars, Francis Carco, Jacques Prévert).


Robert Doisneau
le baiser de
l'hôtel-de-ville
(1950)

1951
En réaction au réalisme poétique, Subjektiv Fotografie (Steinert, Keetman, Schneiders, Reisewitz, Lauterwasser, Hajek-Halke) réclame une vision subjective consciente du photographe centré sur l'objet. Le photographe doit chercher, au lieu d'une distance objectivante une proximité subjective, c'est à dire une interprétation personnelle de l'objet photographié.

On voit remonter l'importance des photogrammes, des traces lumineuses et des surimpressions de négatifs.

Le mouvement est international (en plus des fondateurs on trouve  : Brandt, Hardy pour les anglais, Adams, Bullock, Callahan, Minor White pour les américains, Okamoto, Higuchi et Takat pour les japonais, Boucher, Masclet, Catherineau, Boubat pour les français).

Les travaux de White, Frank, Strand, Klein installent une interprétation très forte (souvent pessimiste) à l'intérieur de l'image. Les idées de "décadrage, d'utilisation de l'accident, un autre rapport avec l'appareil" permettent, selon William Klein, de "libérer l'image photographique".

Mais que ce soit pour les photographes humanistes ou les photographes subjectifs,  la rue, sa poésie et son âme, sont le sujet photographique principal dans les années 50.


William Klein,
New York 1954

1961
A côté des tendances photographiques de la photographie d'auteur on voit apparaître l'utilisation de la photographie par les artistes contemporains : pour le land-art, le body-art, la photographie est un constat. Pour le pop art (Warhol) la photographie est un excellent medium pour rendre la culture de la société de consommation (populaire, éphémère, remplaçable, jetable, peu coûteuse et fabriquée en série). L'hyperréalisme cherche lui une exacerbation de réalisme photographique : les œuvres sont des espaces urbains américains, des enseignes, des reflets de snack-bars (Richard Estes, Franz Gertsch). Hilla et Bernd Becher photographient dès 1959 de grandes séries typologiques (châteaux d'eau, silos, maisons, gazomètres…) dans la lignée d'August Sander. Duane Michals commence en 1966 ses séquences de photographies mises en scène et Boltanski ses accumulations en 1955.

Le fait marquant est que cette création obtient une visibilité par la mise en place d'institutions qui désormais se rendent compte de la puissance de la photographie, de sa multiplication et de son impact. Ce relais est déterminant pour la photographie. Des collections de photographies sont créées dans les musées d'art moderne, des postes de conservateurs spécialisés sont créés, des galeries privées se montent et un bouillonnement éditorial et de festivals se met en place (création d'Arles en 1970)

 

1960
Les années 1960-70 voient fleurir la photographie d'auteur. Des livres phares montrent la voie ("Observations" de Richard Avedon, "Moments" d'Irving Penn, "Tokyo et Moscou" de William Klein, "Flagrants Délits" d'Henri Cartier-Bresson).

Les photographes recherchent de nouvelles manières d'appréhender le réel, tandis qu'apparaît la séquence comme moyen d'expression photographique. De nombreux photographes (Garry Winogrand, Lee Friedlander, Diane Arbus, Bruce Davidson, Danny Lyon) documentent le désenchantement et l'Amérique en crise ("New documents"). Les photographes de la "New Topographics" enregistrent patiemment toutes les blessures causées par l'homme au paysage. On voit apparaître une photographie de la monotonie (Robert Adams, Lee Friedlander, Lewis Baltz).

 

1966
John Szarkowski monte la première exposition sur l'histoire de la photographie (MAM de New York)

 

1970
Irruption de la photographie de mode dans le champ de l'art.

La photographie de mode existe dès 1850-1860. Le vêtement est décrit avec précision, la pose du modèle est secondaire. Ce sont des femmes du monde qui portent les toilettes devant le photographe. Recourir à des modèles professionnels est considéré comme vulgaire. Dans les magazines on indique sous la photo le nom de la dame, du couturier et rarement le nom du photographe.

Le baron Adolf de Meyer domine la période 1913-1924 dans le style pictorialiste (flou et contre-jour) jusqu'à ce que Edward Steichen (engagé par Vogue en 1924) le détrône. L'image est nette et les poses simples. Les photographies sont en phase avec le modernisme lancé par l'exposition des Arts Décoratifs de Paris de 1925. De nombreux photographes s'intéressent alors à la mode dont la représentation sera l'écho des tendances de l'image entre deux guerres. Tandis que la guerre fait rage en Europe, l'américain John Rawlings impose la photographie de mode en couleur. La domination américaine sur une Europe ruinée se concrétise par la célébrité des Richard Avedon et Irving Penn.

Dans les années 60 on assiste à la montée en puissance des modèles non conventionnels (Jean Shrimpton, Veruschka ou Twiggy) tandis que les photographes deviennent des démiurges (David Bailey, Terence Donovan et Brian Duffy). William Klein impose le style de Vogue dans les années 60.

Dans les années 70 et 80, deux photographes gèrent les acquis de la libéralisation des mœurs et de l'introduction du social dans la photode mode : Guy Bourdin et Helmuth Newton. Violence spectacle et sexualité agressive dominent la photo de commande. A la fin des années 80 le vêtement n'est plus souvent qu'un prétexte illisible dans la photographie. La photo doit surtout transmettre une atmosphère et le vêtement n'est évoqué et saisi que furtivement. Le marché de la photo ainsi que les expositions font sortir la photographie de mode de son statut commercial et lui confèrent un statut d'œuvre d'art.

 

1980
De 1980 à 2000, la photographie s'intègre peu à peu aux Beaux-Arts, en tant qu'œuvre, au delà du simple enregistrement.

La photographie étant reconnue par les institutions elle devient œuvre à part entière. La finalité de la photographie n'est plus uniquement la presse ni le livre.

Les artistes utilisant la photographie qui s'inscrivent dans l'histoire de l'art cohabitent avec les partisans de la photo pure (straight photography) qui s'inscrivent uniquement dans l'histoire du medium photographique. Christian Boltanski dira : "la photographie, c'est le photo-journalisme, le reste, c'est de la peinture".

Le tableau photographique est né. Il est destiné à être accroché au mur. Les formats grandissent et la couleur s'impose (Boltanski, Jeff Wall, Andres Serrano). L'"instant décisif" n'est pas de mise, l'actualité n'a pas cours dans la photographie plasticienne. L'important se déplace vers une technique très maîtrisée d'objets, d'architecture, de visages ou de corps.

Des élèves des Becher  (wall, Struth, Gursky, Ruff) forment l'école de Düsseldorf. Ils ont la volonté de proposer des images pures, dénuées de toute manipulation qui déboucheront sur des tableaux toujours plus grands, tandis que la majorité des artistes s'orientent vers le développement de fictions ou de mises en scène (Cindy Sherman, Anna et Bernhard Blume, Tom Drahos, Sandy Skoglund, Karen Knorr, William Wegman). En liaison avec une société de consommation dont le discours place l'individu au centre de tout, l'autoportrait fascine (Coplans, Dieter Appelt, Thomas Florschuetz). En accord avec le fond populiste et démagogique de la même société marchande de nombreux artistes explorent sans relâche le registre de la dénonciation qu'elle soit ou non politique (Barbara Kruger, Victor Burgin ou Katarina Sieverding). D'autres enfin explorent la prétention photographique à rendre compte du réel (Joan Fontcuberta, Yasumasa Morimura, Georges Rousse).

Au début du XXIème siècle la société marchande semble avoir imposé une fascination pour le banal, le trivial, la sacralisation des objets et des choses les plus ordinaires. Le cadrage est volontairement maladroit, la prise de vue approximative. La fascination de la banalité s'impose avec Martin Parr, Richard Billingham ou Nan Goldin.

 

 

 

dernière modification de cet article : 2006

 

 

 

 

 

     

 

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