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l'auteur

 

 

Jacques HONVAULT
06 81 36 57 33
www.jacqueshonvault.com
contact@jacqueshonvault.com
24/09/1974
1996 - 1999
École Nationale Supérieure des Arts et Métiers
diplôme d'ingénieur

 

 

 

 

 

Jacques HONVAULT
Photographie haute vitesse

 

Jacques, comment êtes-vous devenu photographe ?

En 2004, j’allais devenir père et ma femme m’a confié la tâche de choisir un appareil photo. En ingénieur de profession, j'ai choisi un bridge permettant tous les réglages. La photographie d’un simple robinet qui coule, avec un obturateur calé sur 1/2000e de seconde,  a opéré le déclic en moi. La photographie, qui était jusqu’alors pour moi synonyme d’interminables visions d’albums familiaux, s’est révélée être un outil d’exploration fascinant. Trois ans plus tard, j’ai envisagé la photographie comme une possible voie de reconversion. Et après trois ans supplémentaires, je quittais mon CDI pour une aventure professionnelle et personnelle.

 

Vous êtes spécialisé en "photographie haute vitesse". Quelle est la définition de la "photographie haute vitesse" et avec quel type de matériel la pratique-t-on ?

Par expérience, 2 frontières délimitent la haute vitesse de la photographie en général :
- lorsqu’un appareil réglé au 1/8000e de seconde donne des images floues, et
- lorsque les réflexes humains ne permettent pas de saisir le sujet au bon moment.

Pour passer le premier critère, l’open flash est la solution la plus courante pour les sujets qui n’émettent pas de lumière : on pose dans l’obscurité et on déclenche le flash ; suivant sa puissance il peut avoir des durées extrêmement courtes. J’utilise des flashs d’applications scientifiques : 1/10 000e pour un flash cobra, 1/300 000e et 1/2 000 000e pour mes 2 flashs spécifiques.  Attention de tels flashs ont des puissances ridicules, deux joules par exemple pour un éclair au 1/300 000e. Il faut optimiser ouverture, sensibilité, angle de bascule, diffusion pour récupérer le maximum de ce qui est émis.

Pour le deuxième critère, je rappelle que l’ordre de grandeur des réflexes humains est  de 150 à 300 millisecondes, or certains de mes sujets ne durent même pas une milliseconde. Il convient d’asservir le déclenchement du flash au phénomène observé ; par exemple un micro capte le bruit d’une explosion et déclenche l’éclairage de la scène. Dès lors il faut prendre en compte la vitesse du son ; un micro écarté d’un mètre du sujet induit 3 millisecondes de retard. J’utilise un boitier de déclenchement qui a été réalisé suivant mon cahier des charges mais qui aujourd’hui est en vente pour le grand public.

Pour ce qui est du capteur, j’utilise des boitiers reflex numériques standards qui offrent aujourd’hui un compromis résolution/sensibilité/prix imbattable.

 

Diriez-vous que vous êtes plutôt ingénieur ou plutôt photographe ?

S’il fallait me mettre dans une case… je dirais que je suis plutôt épistémologiste et poète, scientifique et homme de foi. Dans le livre ConSciences, voyage aux frontières de l’entendement, chaque photographie présentée est une métaphore, une œuvre d’imagination formelle à la Bachelard. Les courants de pensées, bien qu’invisibles, sont aveuglants. J’étais en quête de liberté. Il me fallait un outil pour essayer de m’extirper de ces courants. J’ai donc développé une approche transdisciplinaire.

Par exemple, dans Puberté, j’avais été très intrigué par les ondes de choc qui déforment ce ballon rempli d’eau lorsqu’il chute de 30 cm de haut.

 


©Jacques Honvault - Puberté

 

Ces 12 photographies résultent de 12 lâchers successifs. A l’adolescence, on part d’un état initial, l’enfance, pour arriver à l’état adulte en passant par une phase plus ingrate mais tellement intéressante, la puberté.

D’un point de vue scientifique, les ondes de choc qui parcourent le ballon sont le résultat de l’énergie cinétique emmagasinée lors de la chute du ballon. D’une manière transdisciplinaire, on peut considérer que l'enfant est ébranlé au contact du monde réel, ceci d’autant plus fortement, que ses parents l’auront laissé trouver seul ses propres limites ; si les enfants demandent un effort soutenu d’éducation pendant leurs premières années, c’est avec un relâchement tout naturel que nous les laissons expérimenter la vie. Mais sachant que nos enfants sont souvent éduqués dans une bulle de protection dans leurs premières années, quelles seront leurs réactions au contact des dures lois du monde adulte ? Au-delà d’une certaine hauteur la peau du ballon cédera ; en tant que parent, faut-il laisser les adolescents autonomes ? Faut-il protéger nos enfants dès leur enfance ? Nous pouvons même nous demander s’il n’est pas dangereux de les «gonfler» d’illusions... C’est à nous de continuer à nous poser des questions qui constitueront éventuellement des pistes pertinentes en décalage avec nos idées reçues...

Auparavant, j’étais plongé dans un courant technophile et scientiste ; c'est-à-dire que je pensais que la technologie était la voie d’amélioration de notre condition de vie et que la science finirait par tout expliquer. Tout semblait, de mon point de vue, converger vers cela. Heureusement, mon travail photographique m’a permis aujourd’hui de quitter ce paradigme pour un autre basé sur le développement personnel, non pas en termes transhumanistes donc, mais en termes psychanalytiques et spirituels.

 

Vous vous présentez comme le spécialiste de la "synthèse différentielle". Qu'est-ce que c'est ?

C’est justement en cherchant un moyen d’illustrer la civilisation que cette idée m’est venue. En Occident, « Il faut se bouger dans la vie » ; le mouvement serait la vie. Je cherchais donc le moyen d’effacer tout ce qui ne bouge pas pour mettre en évidence notre société en marche. Dans La seconde, deux photographies sont prises à une seconde d’intervalle.


©Jacques Honvault - La seconde

 

Les immeubles et l’avenue des Champs-Élysées ne bougent pas. Par contre les piétons et les voitures se déplacent. Une soustraction en valeur absolue, pixel par pixel, des trois composantes RVB met en exergue ce qui a changé d’une image à l’autre.
Cette technique si simple est très efficace. Puis mon goût des sciences m’a fait photographier des ponts qui se déforment.

Sur La température, l’on peut même voir à l’œil nu la dilatation de la tour Eiffel sur un de mes tirages en 150cm.

 


©Jacques Honvault - La température

 

Mais, ironie de l’idée originelle, si je photographie un sage méditant, il disparaît alors quasi intégralement : la synthèse différentielle montre qu’en Orient « Il ne faut pas bouger pour transcender la vie ».

 

En quoi votre formation d'ingénieur vous est-elle utile dans le type de photographie que vous faites ?

Sa rigueur, la culture scientifique et technique, les méthodes d’investigations m’ont grandement servi pour de nombreux projets ; photographier le « mur du son » demandait de manier des armes à feu dans le noir, de faire une chronophotographie toutes les 0,1 millisecondes. Cela ne s’improvise pas.

 

Il est souvent nécessaire de maîtriser au préalable le phénomène pour le rendre répétable. Si après quelques heures les tentatives demeurent infructueuses, je m’arrête et remets en cause mon protocole expérimental pour trouver une autre approche. Parfois cela prend des semaines pour trouver la solution car je me suis toujours refusé à truquer numériquement mes images. Elles doivent être reproductibles devant un public car elles s’articulent autour de la question « l’incroyable peut-il être vrai ? ». 

Je partage le point de vue d’Henri Peyre : « Les photographes artistiques […] n’avaient pas d’autre choix que d’être les héros du Vrai ». Nous vivons dans un monde ou tant de choses sont truquées… Nous ne pouvons pas en être réellement émerveillés. Rester fidèlement dans une ligne éditoriale de véracité m’a valu d’être exposé au Palais de la Découverte.

Cependant cette même formation m’a grandement fait souffrir pour mon ouverture au subtil, à l’émotion, à l’Art et à la Vie. Le tiraillement entre mon expression artistique et ma culture scientifique a été jusqu’à me faire souffrir dans mon corps. M’autoriser à sortir de la case « ingénieur-photographe » m’a permis de vivre plus sereinement. Mais, au préalable, j’ai du reconsidérer les valeurs de l’ingénieur : si elles sont efficaces pour envoyer une fusée sur la Lune, elles peuvent être aussi catastrophiques pour notre Humanité.

  

Avez-vous le rêve d'une photographie qui ne cherche plus seulement à voir mais à quantifier le visible ?

Par plusieurs œuvres, ce rêve de quantifier le visible a pris forme: dans  L’humanité de la science et L humanité, hasard et nécessité, les probabilités deviennent palpables...


©Jacques Honvault -  L’humanité de la science

...dans Le poids on lit la déformation d’un pont au passage d’un train, sans parler des chronophotographies qui permettent  les mesures de vitesses…


©Jacques Honvault -  Le poids

 

Mais il y a plus vertigineux. Si un photographe révèle une dizaine de clichés insolites par an, peut-on évaluer la quantité d’inconnu qu’il nous reste encore à découvrir ? A toute époque on estime qu’aujourd’hui on est au sommet la technologie, que notre appareil photo est à la pointe ! Il en est de même avec nos connaissances, on a vite fait de croire que « maintenant on sait ». Pourtant, quel regard avons-nous sur notre appareil numérique dix ans plus tard ? L’arrogance et la certitude de l’Homme sont sources de progrès certes mais aussi de bien des dégâts collatéraux.

Donc au-delà de quantifier le visible, mon travail aspire à quantifier l’invisible, du moins de prouver qu’il est immense et source de merveilles.

 

L'appareil photo est-il encore pour vous un prolongement de l’œil ou est-il plutôt un instrument d'enregistrement limité aux longueurs d'onde du visible ?

Ni l’un ni l’autre… c’est un outil de prosélytisme ! A force d’extirper des images insolites de l’inconnu, qui plus est quand on travaille en open flash dans l’obscurité la plus totale, chaque déclenchement du flash ressemble à une révélation. S’il y a tant de choses merveilleuses qui nous attendent dans l’inconnu, combien il y a-t-il d’autres mondes merveilleux qui nous attendent ?

Au fil de mon œuvre, j’ai ainsi renoncé à ma certitude de scientiste pour devenir progressivement un mystique. Mon dernier livre est une invitation assumée à l’ouverture spirituelle, chaque image illustrant les principales étapes de mon questionnement existentiel.
Aujourd’hui, les images ne préexistent plus dans ma tête si je n’ai pas de concept  associé. Seule la volonté d’un propos me donne l’énergie d’entamer un nouveau projet photographique ; bref, l’appareil photo est bien pour moi un médium artistique qui, par le biais de la poésie, fait le pont entre un questionnement et une représentation insolite ou non-objective.

 

Qu'est-ce pour vous qu'une belle photographie ?

Auparavant mon esprit masculin voulait tout analyser, j’utilisais alors ma grille d’évaluation METEO :
- le M de « Message » permet à l'œuvre d'exister au-delà de son apparence plastique.
- Le E de « Esthétisme » capte nos sens et nous attire vers l'œuvre.
- Le T de « Technique », ou savoir-faire, légitime le talent du créatif.
- Un nouveau E pour « Energie » traduit la masse de travail nécessaire à la réalisation de l'œuvre et rend celle-ci respectable.
-  Enfin le O de « Originalité » en évalue l'aspect novateur.
 
Maintenant que la part féminine de ma psyché s’exprime librement, une belle photographie serait une œuvre qui nous donne une émotion, qui, sans mensonge, sublime notre monde. Elle élève notre niveau de conscience.

 

dernière modification de cet article : 2018

 

 

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