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le photographe présentéJoel Sternfeld Né à New-York (EU) en 1944
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recommandons
l'auteur de cet article
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Joel Sternfeldpar Henri Peyre
Nous présentons ici quelques photographies du livre Sternfeld y réalise à première vue un documentaire social aux images parfaitement léchées... mais la mise en situation des personnages vise à décrire l'environnement de chacun sous la forme d'un monde plus que d'un simple contexte. - Perspective sociale donc :
- En réalité l'affaire est moins claire La plupart du temps le sujet est centré dans un véritable paysage qui s'offre jusque dans des lointains où le regard est piégé puis invité à se perdre. On commence alors à soupçonner que ce ne serait pas tant une présentation de l'homme dans son contexte social que la suggestion du regard qu'il pourrait porter sur la totalité du monde. Une invitation à un regard relatif donc, dans une interprétation qui irait du personnage à l'arrière-plan. Mais un examen plus approfondi mène vers d'autres conclusions. Après plusieurs visions des photographies, il se produit que le regard, d'abord attiré par les personnages et amusé par la lecture sociale de la photographie et invité à "expliquer" l'arrière-plan par l'avant-plan, se désintéresse finalement de l'avant-plan et cherche photographie après photographie non plus les variations, mais les fondamentaux.
Et que trouve alors le regard ? Des univers menaçants, vides et indéfinis, des univers fantomatiques devant lesquels sont exhibés dans l'extrême spécificité de leurs attributs sociaux des personnages dont la pose solitaire comme le vêtement individualisé soulignent la solitude et le désarroi. Autrement dits des portraits de solitaires absolus qui tentent d'oublier la solitude dans le regroupement autour d'eux de leurs attributs sociaux.
Les légendes anonymes des photographies de Sternfeld renvoient elles aussi tout autant au vocabulaire de l'inventaire social qu'à une méditation, plus générale, sur la condition humaine. Sociale ou philosophique, de quelque façon qu'on la ressente, la photographie de Joel Sternfeld invite ainsi à un niveau d'analyse qui dépasse de loin l'anecdote du personnage représenté.
Terminons enfin par une considération sur le grand format. Si pour Sternfeld la réalité est un fantôme insaisissable au niveau individuel, sa propre situation de photographe humain désespéré de saisir un réel complexe l'oblige fatalement au dernier espoir de la description la plus minutieuse. Cette attitude est bien un des ressort centraux de la photographie en grand format. Recourent fatalement à l'outil de haute précision les photographes qui ont cette obsession que la réalité pourrait bien leur échapper. La photographie en grand format a donc de beaux jours devant elle, qu'elle nourrit de nos difficultés croissantes à appréhender un monde sans cesse plus complexe ! Voulant tout comprendre, elle ne fait pourtant que renvoyer à la permanence de l'infini et à notre éternelle solitude. Tout le travail de Joel Sternfeld !
dernière modification de cet article : 2005
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