
l'auteur
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Henri Peyre
Né en 1959
vidéaste, photographe
webmaster de galerie-photo
professeur de photographie
à l'Ecole des Beaux-Arts
de Nîmes de 2002 à 2005
Formation : ingénieur IBM
et ancien élève des Beaux-Arts de Paris
Phonem
28 rue de la Madeleine
30000 Nimes
henri.peyre@(ntispam)phonem.fr

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Biographie du Caravage
Né en 1571 à Caravaggio,
Michelangelo Merisi, dit « Le Caravage », vient à Rome vers l'âge de 15 ans,
luttant contre la misère et une santé précaire.
Installé chez le Cardinal del
Monte en 1593,
il ne peindra plus que des sujets religieux
à partir de 1597.
Mais sa nature violente
l’entraîne dans de mauvaises histoires.
19 nov. 1600 : plainte pour coups et blessures sur le peintre G.Spampa da
Montepulciano
7 février 1600 : plainte pour coups et blessures de Flavio Canonico, sergent
du Château Saint-Ange
12 octobre 1604 : dénoncé pour avoir jeté des pierres à la garde de nuit,
via del Babuino
12 mai 1605: il est arrêté pour port d'armes abusif.
10 juillet 1605: il est incarcéré à Tor di Nonna pour une obscure histoire
de femmes
1605: au court d'une rixe «à quatre contre quatre», il tue Ranuccio
Tommasoni da Terni.
Il doit fuir vers Naples, Malte, la Sicile.
Juillet 1610 : apprenant que sa grâce est proche, il s'embarque et arrive à
Porto Ercole, passe la frontière des États Pontificaux, il y est arrêté puis
relâché. Selon le témoignage de Baglione, chroniqueur de l'époque : relâché,
il ne retrouve plus sa felouque. Furieux et désespéré, il parcourt la plage
sous la morsure du soleil, tentant de retrouver sur la mer le bateau qui
emporte ses maigres affaires. Arrivé à midi, il est pris d'un accès de
fièvre et se couche. C’est la malaria. Sans aucune aide humaine, en près de
trois jours, il meurt misérablement comme il a vécu, le 18 juillet. A Rome,
la veille, sa grâce était accordée !
Bibliographie
(commentaires d'Amazon
sauf indication contraire))
de Gilles Lambert
Langue : Français
Éditeur : Taschen (7 août 2000)
Format : Broché - 96 pages
ISBN : 382286353X
Dimensions (en cm) : 1 x 19 x 23
L'œuvre du Caravage, le "mauvais garçon" célèbre de la peinture baroque
italienne mélange un réalisme théâtral et des sujets sacrilèges d'une façon
qui a scandalisé le public de son temps, et aujourd'hui encore peut
apparaître provocant. De nombreuses reproductions couleurs agrémentent cette
solide introduction à l'œuvre du maître.
de José Frèches
Langue : Français
Éditeur : Gallimard (6 septembre 1995) Collection : Découvertes
Format : Poche - 160 pages
ISBN : 2070532658
Dimensions (en cm) : 1 x 13 x 18
La vie mouvementée de ce peintre, son caractère, ses relations, son art, ses
problèmes avec la justice, son rayonnement.
de Michelangelo Merisi da
Caravaggio,
Mina Gregori
Langue : Français
Éditeur : Gallimard (3 novembre 1995)
Format : Broché - 161 pages
ISBN : 2070150267
Dimensions (en cm) : 2 x 26 x 29
Par de nombreuses reproductions, dont plusieurs gros plans, cet ouvrage, le
premier d'une nouvelle série, analyse dans le détail certains tableaux de ce
peintre; l'ouvrage contient aussi un catalogue des tableaux attribués au
Caravage et quelques notes biographiques.
de Arnaud Labelle-Rojoux
Langue : Français Éditeur : Al Dante
(2 novembre 2004)
Format : Broché - 64 pages
ISBN : 2847610634
Dimensions (en cm) : 13 x 1 x 17
(Présentation de l'éditeur)
C'est un roman. Un vrai roman. Violence et passions. Rapide. Vie brève.
C'est la vie de Michelangelo Merisi, dit Le Caravage. Rome. Naples. Malte.
Syracuse. Messine. Palerme. Porto Ercole... Errances. Givernes. Pégraines.
Forfaits. Traques... Roman à la première personne. C'est lui qui parle. Il
est tout près.
de Leo Bersani, Ulysse Dutoit
Langue : Français
Éditeur : EPEL (23 novembre 2002)
Collection : Atelier
Format : Broché - 128 pages
ISBN : 2908855712
Dimensions (en cm) : 18 x 1 x 23
(Présentation de l'éditeur)
Les jeunes garçons aguicheurs du Caravage ont inspiré bien des commentaires
sur les préférences sexuelles du peintre. Leo Bersani et Ulysse Dutoit
insistent plutôt ici sur le caractère énigmatique de ces portraits :
l'invite érotique y est contrecarrée par des mouvements de retrait et de
dissimulation. Chorégraphie, jeu de regards et poses suscitent l'intimité et
l'empêchent à la fois. Au fil d'analyses minutieuses et sériées des oeuvres
(un des aspects les plus fascinants de leur travail) les auteurs repèrent
une évolution notable de la sensualité. Fait remarquable, aucune
interprétation psychobiographique ne vient parasiter cette étude.
Progressivement, en détournant subtilement les thèmes chrétiens qu'il
exécutait sur commande, le Caravage expérimente un espace qui n'est plus
circonscrit par les secrets imaginaires de l'autre. Il explore un mode
relationnel radicalement nouveau ; une autre esthétique s'en dégage. Ainsi,
dans l'œuvre peut-être la plus originale, Saint Jean-Baptiste au bélier, les
auteurs déchiffrent-ils une sensualité non érotique qui coïncide avec les
tentatives les plus excitantes d'aujourd'hui pour repenser le réseau des
liens sociaux, peut-être même pour réinventer la communauté.
Leo Bersani a enseigné au département de littérature française de
l'université de Californie (Berkeley). Il est l'auteur de Baudelaire et
Freud, de Théorie et violence : Freud et l'art (Seuil, 1981 et 1984), de
Homos. Repenser l'identité (Odile Jacob, 1998), coauteur, avec Ulysse
Dutoit, de The Forms of violence. Narrativity in Assiryan Art and Modern
Culture (New York, 1985) et de Arts of Impoverishment : Beckett, Rothko,
Resnais
de Walter
Langue : Français
Éditeur : Verticales (17 septembre 2001) Format : Broché
ISBN : 2843351162
Dimensions (en cm) : 1 x 14 x 21
(Présentation de l'éditeur)
L'histoire d'un peintre qui n'est ni un livre d'art, ni une biographie, ni
un essai, mais un roman, le roman des émotions d'un homme.
Guy Walter est directeur artistique de la Villa Gillet à Lyon, depuis 1989.
de Roberto Longhi,
Gérard-Julien Salvy
Langue : Français
Éditeur : Regard (1 septembre 2004)
Format : Broché - 230 pages
ISBN : 2841051692
Dimensions (en cm) : 20 x 2 x 26
(Présentation de l'éditeur)
Roberto Longhi, né en 1890 - c'est-à-dire appartenant à la génération de
Giorgio Morandi, Carlo Emilio Gadda et Giorgio De Chirico -, manifesta
d'emblée son aversion envers une critique entachée de romantisme ou
d'idéalisme, celle-ci pour lui incarnée par Benedetto Croce, autant que par
le positivisme de Giovanni Battista Cavalcaselle. Formé à l'école d'Adolfo
Venturi, sensible au formalisme de l'Ecole de Vienne, particulièrement
attaché à l'autonomie des arts figuratifs telle qu'elle s'exprime chez Adolf
von Hildebrand, Roberto Longhi sera, pour un temps, séduit par la démarche
de Giovanni Morelli, qui le conforte dans sa volonté d'examiner les œuvres
en elles-mêmes, et l'amènera à s'intéresser alors aux études sur les
peintres italiens de la Renaissance de Bernard Berenson. Se tenant d'une
certaine façon "en marge", et infiniment respecté, Roberto Longhi - par goût
sincère autant peut-être que par son talent pour la polémique -, se
singularisa par la largeur de ses vues, s'intéressant tant à Cimabue qu'à
Nicolas de Staël. Et ceci sans feindre d'ignorer jamais la dimension
"anti-historique" de la référence au présent comme critère de validité. Pour
Roberto Longhi, le Caravage fut certainement le premier des peintres
"modernes". Dès 1926, il lui consacre une analyse inaugurant une réflexion
née du refus de l'art considéré comme illustration, c'est-à-dire comme
littérature figurée. Démarche associée au refus d'un formalisme étroit qui
se développera tout au long de sa vie, ainsi qu'en témoignent les textes
composant notre volume et formant un ensemble cohérent traitant à la fois du
Caravage, de ses antécédents, de son influence, de même que des échos de son
œuvre dans la peinture française, et mettant notamment l'accent sur un
aspect souvent négligé : les liens de l'esthétique caravagesque avec le
réalisme lombard après la Contre-Réforme.
de Alain Satié
Langue : Français
Éditeur : Jean-Paul Rocher (14 septembre 2002)
Format : Broché - 70 pages
ISBN : 291136144X
Dimensions (en cm) : 14 x 1 x 23
(Présentation de l'éditeur)
La certitude de pouvoir s'introduire dans un marché demandeur motive
certains peintres à épouser la mode du temps. La forme répliquée est
naturellement acceptée puisqu'elle correspond à l'attirance d'un public
largement convaincu. Satisfaisant aux sollicitations, ils prouvent qu'ils ne
cherchent pas à imposer un style inédit comportant une démarcation
créatrice, mais au contraire, qu'ils ont recours à une forme déjà assimilée
dont le prolongement amplifié est souhaité par la clientèle. Ainsi a joué,
d'abord en faveur, puis, contre Rembrandt, le même phénomène séculaire qui
concerne l'existence de tous les peintres néos. C'est-à-dire, la réussite
financière immédiate parce que les œuvres attendues correspondent à la
demande de la mode, et, ensuite, au refus définitif de ce même style
occasionné par la lassitude à la vision uniforme, induisant en fin de compte
la banalité qui devient la cause du rejet de sa peinture.
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La lumière du Caravage :
une tentative d’analyse
La photographie est entrée dans l’art
contemporain au nom du document. C’est en revendiquant son objectivité
qu’elle a réussi à ouvrir une route vers la reconnaissance. En jouant de
sa médiocrité documentaire elle a récemment été façonnée comme une arme
anti bourgeoise, anti peinture. Art moyen, elle a été pensée comme art
des masses et flambeau de leurs révoltes.
L’idéologie n’a qu’un temps. Celui de
l'accession aux commandes de ceux qui s'en sont servi. Les photographes
sont dans le fond comme les autres. Ils sont attirés par la qualité.
Dans le vieux conflit entre la provocation et l’élévation, on entend
toujours la provocation, mais à terme c’est toujours l’élévation qui
gagne parce que si on ne peut pas détruire deux fois une chose on peut
s’y reprendre à mille pour améliorer sans cesse une œuvre.
L’éclairage est à la charnière d’un enjeu assez
profond.
Eclairer est déjà intervenir sur le réel d’une
façon très forte. On peut avec quelques contorsions de type « instant
décisif » arriver à ramener l’intervention du cadrage dans le dogme
salvateur de l’objectivité, et profiter ainsi et de l’aura artistique
bourgeoise et de l’aura anti-bourgeoise, mais éclairer est beaucoup plus
difficile à justifier au nom du respect documentaire.
Eclairer n’est pas seulement ajouter de la
lumière sur un objet ou une scène qui en manque. Eclairer c’est aussi
faire des choix très nets de valorisation d’un personnage ou d’un
endroit au détriment d’un autre, et cela en plus du cadrage. Derrière
ces choix il y a révélation d’une pensée.
Etre insensible à tout cela est probablement
n’avoir pas encore commencé à faire de la photographie.
Cet article emprunte à la peinture. Il vise à
étudier en partant des œuvres de maturité du Caravage, un des maîtres
respectés de l’éclairage, l’exemple et les enjeux d’une façon de mettre
en lumière.
1ère observation :
la scène de la représentation, limitée par l’espace lumineux, est peu
profonde. C’est celle de l’intimité.
On en a une bonne mesure dans « le repas
d’Emmaüs » : l’espace disponible est presque entièrement parcouru par
les deux bras du personnage de droite. L’effet induit est la projection
violente dans une promiscuité avec les personnages mis en scène. Il n’y
a pas d’échappatoire : on est littéralement collé à eux. On peut parler
d’emprisonnement dans une distance qui est celle de l’intimité.

Repas à Emmaüs (1601 - 1602) - huile sur toile (139 x 195 cm)
National Gallery, Londres (original en couleur)
2ème observation :
une scène peu profonde joue pour le réalisme
On prolongera cette première observation d’une
deuxième, venue de la peinture : les peintres de trompe l’œil, dans leur
ambition d’un réalisme maximum, savent fort bien que la limitation de la
profondeur ajoute à l’effet cherché : en effet, si l’on se déplace
devant un premier plan proche, on le voit se déplacer rapidement, tandis
que le lointain reste immobile (pensons au paysage vu par la fenêtre du
train). Dans le cas d'une peinture devant laquelle le spectateur est
mobile, le lointain se déplace à la même vitesse que le premier plan, ce
qui ruine l'impression de profondeur.
Lorsque le lointain figuré est proche, son
déplacement consécutif au déplacement du regard du spectateur devant
l’image n’est pas dérangeant. Si le fond, de surcroît, est peu décrit,
comme c’est le cas chez Le Caravage, l’effet résiduel est amoindri, d’où
une très grande impression de réalisme.
3ème observation :
le dépouillement de l’image met en valeur le corps
L’élimination du décor et le choix de vêtements
simples, le dépouillement général qui conduit à ne garder que les
accessoires fonctionnels pour l’action et le mouvement, autrement dit la
perte des accessoires allégoriques (« l’incrédulité de St-Thomas » en
est l’exemple même), incite le spectateur à se concentrer sur ce qui est
donné. Or qu’est-ce qui est donné ? Essentiellement des plis de toiles
(c’est un poncif de la peinture) et des plis de peau (qui en est
beaucoup moins un). Pire : les plis de toile et les plis de peau sont
traités à égalité. Ceci ajouté à une narration non symbolique réduit les
personnages à leur pure corporéité.

l'incrédulité de Saint Thomas (1601 - 1602) - Huile sur toile, 107 x 146
cm
Sanssouci, Potsdam (original en couleur)
Quatrième observation :
un éclairage qui déhiérarchise le sujet
Prenons les cinq images qui illustrent la totalité
de l'article et représentons avec une flèche blanche l’entrée de la
lumière. Celle-ci est souvent de côté, placée en diagonale, mais pas
toujours. Pas de conclusion hâtive donc. Par contre, elle a toujours une
caractéristique : celle d’être parallèle au plan de la toile. Il y a un
espace avant sombre, un espace arrière sombre, et, entre les deux une
lumière qui tranche comme un couteau.

Le travail de la lumière est particulièrement
attentif sur les zones de transition entre lumière et ombre, le passage
du clair à l'obscur, là où l'éclairage offre le plus de relief. Des
morceaux de peinture piqués ici ou là dans des éléments de la scène qui
ne relèvent pas forcément de la hiérarchie du prétexte pictural sont les
plus travaillés. Ici un front soucieux, là la jambe d'un cheval, une
manche ou l'ombre d'un genou. On a tenté de repérer ci-dessus les
« morceaux de peinture » les plus évidents à première vue, c'est-à-dire
les endroits où la représentation a nécessité l’observation la plus
attentive et le rendu le plus minutieux, donc, si l’on veut nous suivre,
le plus de travail et d’intérêt de la part de l’artiste (cercles
blancs). Ces zones se répartissent sans règle sur les œuvres présentées.
Ainsi peut on noter que l'intérêt et la difficulté du travail pictural
ne sont pas concentrés sur un sujet principal, bien au contraire. Cette
façon de faire déstructure le regard que le spectateur peut porter à
l'œuvre en déhiérarchisant l'interprétation possible.
Les zones de plis permettent en général de profiter
plus longtemps de la jouissance du passage de l’ombre à la lumière, mais
pas toujours :
une zone de pure transition, sans pli, est celle du bras de David,
tenant la tête de Goliath. Le raccourci du bras projeté vers nous a
probablement grandement intéressé le peintre… évidemment, faire un petit
bonhomme qui tient une tête de géant à bout de bras devant lui est aller
vers des ennuis de représentation certains. La représentation
perspective va là dans le même sens que l'échelle, qui veut que la tête
du géant soit démesurée. Cette tête pour le spectateur sera-t elle
finalement plus grande qu’une tête de taille ordinaire placée devant ?
Ceci nous conduit à notre cinquième observation.
Cinquième observation :
un dispositif lumineux au service de la suggestion du relief
On a vu que le dispositif lumineux ne semble pas
être pour Le Caravage au service du seul sujet principal : celui-ci
n'est pas l'objet le mieux servi par la virtuosité technique.
On a vu que la jouissance de la virtuosité du pli existe, mais elle
n'est pas seule. Le bras de David nous conduit à nous interroger sur la
façon dont le peintre tente de suggérer le relief.
Le Caravage est très attentif à l’organisation de
l'effet de profondeur dans les scènes proposées : le personnage le plus
intéressant à ce titre est le personnage de droite du repas à Emmaüs,
qui a l'air de mesurer de ses deux bras la profondeur de l'espace
représenté. Il s’inscrit dans l'espace pictural en lame perpendiculaire
à la lame de la lumière, et fendue par elle à l'endroit de son profil.
La lame lumineuse est, elle, parallèle à la surface du tableau.

une analyse de la lumière dans le Repas à Emmaüs (1601 - 1602)
Sur le personnage aux bras ouverts se module
l’action de l’éclairage du quasi contre-jour (main de devant) au quasi
« sous-le-jour » (main de derrière) en passant par l'éclairage maximal,
sur le profil. Le personnage de devant teste l'entrée dans la lame
lumineuse, inclinant son corps vers l'avant, tandis que le christ, pas
en reste, tend une main expérimentale dans le faisceau de l’éclairage.
Le personnage debout est en arrière de faisceau. Son regard obstiné sur
le vieillard gesticulant de droite, ainsi que le geste de forcené du
personnage du premier plan, qui a les yeux fixés au même endroit, nous
obligent à nous concentrer sur le personnage aux bras ouverts, qui ravi
au christ la vedette de l’ensemble de la scène. Comme un crucifié le
personnage s’offre à la lame de la lumière. Ceci nous amène à notre
sixième observation.
Sixième observation :
Chez Caravage, la lumière attaque un corps offert
Le dispositif précédent est repris dans la
conversion de Saint-Paul : le Saint, tombé de cheval et gisant à terre,
s’offre, désemparé, bras ouverts, à l’assaut cru de la lumière
perpendiculaire, venant verticalement de haut en bas, et parallèle au
plan de la toile. Le personnage et le cheval placés derrière permettent
de convoquer en limite de lumière des morceaux de peinture exaltant la
dureté de la lame lumineuse.

La conversion de St-Paul, sur la route de Damas (1600) - huile sur
toile,
230 x 175 cm - Chapelle Cerasi, Santa Maria del Popolo, Rome
Tout pareillement, dans la crucifixion de
St-Pierre, la lumière vient mordre le ventre blanc et offert du
vieillard.

La Crucifixion de Saint-Pierre (1600) - huile sur toile, 230 x 175 cm
Chapelle Cerasi, Santa Maria del Popolo, Rome
La principale fonction de la lumière est l'attaque
de la chair. Elle est au service d’une violence faite au corps dont le
« David et Goliath », autoportrait du peintre, est une représentation
sans fard :
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autoportrait : le
peintre a donné ses traits à la tête de Goliath que David vient
de décapiter.
(David avec la tête de Goliath, huile sur toile, 125x101,
Rome, Galleria Borghese)
(original en couleur)
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Ici, parallèle à la direction de la lumière, il y a l’épée qui a
tranché. La chair coupée est celle du peintre dont la tête est décollée.
L’ensemble est placé dans la lumière de l’acte qui est entièrement
meurtrissure du corps. L’épée, trait lumineux, mime une deuxième fois
l’attaque de la lumière…
Conclusion
Oui, probablement, violence, sexualité, contrition
de la chair, masochisme sont en marche dans l’œuvre de Caravage, et
l’éclairage est comme le couteau du désir : sans arrêt de retour il ne
s’éteint que dans sa mort, et meurtrit obstinément la chair offerte.
Cette charge épaisse trouve dans la lumière des
images un écoulement plastique très fort et très bien organisé, même si
au fond elle peut s’afficher également au travers de représentations
triviales, comme dans le Goliath ou dans l’Incrédulité de St-Thomas,
œuvres dans lesquelles le goût de la violence faite au corps n’hésite
pas à s’afficher directement.
La lumière du Caravage travaille finalement à
inviter le spectateur à une curieuse contemplation dans l’intimité d’un
espace clos :
le corps d'une victime désignée s'offre à la destruction par le
tranchant d’une lame lumineuse parallèle à la surface de la toile. C'est
sur lui que la lumière, durcit par l'ensemble de la composition est la
plus dure, dure au point d'être solide et de pouvoir blesser ou tuer. La
future victime est en pleine lumière. Des personnages subalternes sont
placés au bord du rayon lumineux, et effleurés par lui. L'éclatement
simultané et désordonné de plusieurs jeux de plis où la peau et le
vêtement se confondent renforce par l'opposition de son tumulte la
sensation de dureté de la lumière qui touche le sujet principal. Elle
seule est unité, et porte donc la force. Comme le sujet principal
s'offre en victime, le spectateur se voit suggérer que cette force est
une force de destruction. Souvent un objet ou une partie de corps, placé
parallèlement à la lame lumineuse, explicite directement par une
deuxième menace clairement visible la violence exercée sur la victime
désignée (montant de la croix dans la Crucifixion de St-Pierre,
jambe levée du cheval prêt à piétiner dans la Conversion de St-Paul).
La connaissance du tempérament violent de l’artiste
peut naturellement sembler, par ailleurs, légitimer une telle analyse. A
tout le moins peut-on parler de compatibilité...
Sur la forme on est dans une peinture d'une
exceptionnelle efficacité dans la conjonction de moyens de
représentation au service d'un idéal douteux.
La lumière est chez le Caravage le moyen le plus artistique d’écouler
une nature qui, évidemment, cherche avant tout à consumer sa propre
chair.
Le fond reste indéfini : s'agit-il de sexualité, de goût du sang ou de
rédemption ? La confusion a toujours nourri la violence religieuse, que
ce soit celle de la foi ou du sacrifice... on ne compte plus les martyrs
auxquels on a promis l'extase, les St Jean Baptiste perdus dans
l'orgasme, les suppliciés dont la mise en scène de la torture a
solidifié des religions qui ne cessent de parler d'amour.
Le Caravage, quelque soit les raisons qui
l'animent, même douteuses, ne nous en délivre pas moins une grande leçon
d'éclairage. La correspondance entre les moyens employés et la
suggestion recherchée est très directe. Pour le spectateur l'adhésion
aux qualités extraordinaires de la peinture est obligatoire. La
représentation de la lumière et l'intelligence de la mise en scène
offrent une grande séduction technique à laquelle on ne peut pas
résister. C'est d'ailleurs parce qu'on a si bien adhéré à la technique
qu'on se retrouve aussi embêté par le fond très inquiétant dont elle a
parfaitement huilé la montée au premier plan.
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