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l'auteur

Matthieu Raffard



Né en 1981
Matthieu Raffard vit et travaille à Paris
Il commence sa démarche artistique


par la photographie et entrecroise
à présent séquences d’images
dessins et sculptures.

matthieuraffard@gmail.com

 


 

 

 

 

Matthieu Raffard

 

Matthieu, comment êtes-vous venu à la photographie ?

J'ai commencé comme beaucoup d'autres photographes, par emprunter le boîtier de mon père en cachette. Plus tard, je me suis inscrit au club photo de mon lycée et j'ai commencé à m'initier au tirage noir et blanc.

Pour approfondir ma compréhension des images et consolider mes techniques de réalisation, j'ai suivi les cours d'une école d'art à Paris, L'E.S.A.G. Penninghen.

Durant ces années de formations, j'ai beaucoup ausculté les livres de Raymon Depardon, Richard Avedon, Pierre Verger, et Paul Strand pour comprendre ce qui faisait l'unicité de leurs photographies.

Et c'est comme cela que peu à peu je suis devenu un photographe.

 

 

 

Quel est le sujet de ce travail ?

Ce travail et le résultat d'un voyage d'un mois sur les côtes de la mer noire en Ukraine. J'y suis parti sans réel objectif, avec juste en tête l'idée de travailler sur la thématique du corps et de l'espace.

J'ai découvert sur place qu'il y avait sur les plages de Crimée de nombreux festivals de musique qui avaient lieu l'été. Des jeunes adolescents venus des quatre coins de la Russie se retrouvaient là, pour faire la fête durant plusieurs jours.

Le paysage dénudé et brulé par le soleil fournissait de parfaits arrière-plans à mes photos. La beauté de ces corps tout juste sortis de l'adolescence venait s'intégrer étrangement dans ce décor. Toutes les conditions pour réaliser une bonne série étaient réunies, il ne suffisait plus que de déclencher au bon moment.

 

 

 

Comment avez-vous procédé pour obtenir ces portraits ?

Après avoir passé de nombreuses années à réaliser des portraits à la volée, comme disait Cartier-Bresson, je me suis finalement un peu lassé de ce procédé qui me mettait bien souvent dans des situations embarrassantes.

C'est pour cela que je développe depuis quelques années une autre approche qui consiste à amener le sujet à participer, plus ou moins consciemment, à la réalisation de l'image.

Pour cela j'essaie de communiquer aux personnages de mes images, ce que je ressens devant eux. Pourquoi je les trouve beaux, émouvants, dignes ou simplement attachants. Puis ensemble patiemment nous essayons de retrouver une attitude et un regard qui puisse traduire l'émotion de cette rencontre.

 

 

 

Avez-vous rencontré des difficultés particulières ?

J'ai réalisé ce voyage seul et avec un budget microscopique, ce qui constitue en soi les deux difficultés majeures de cette série. Tant sur le plan personnel que sur le plan photographique il m'était impossible de me rendre compte de la véritable pertinence de ma démarche. J'ai travaillé pour ainsi dire à l'aveugle.

Pourtant aujourd'hui je ne regrette pas ces choix, j'ai au contraire l'intuition que ce sont les conditions de vie particulières de ce séjour qui ont permis à mes images de se charger d'une certaine intériorité.

 

 

 

Y a-t-il eu un moment dont vous ayez gardé un souvenir spécial ?

J'ai croisé un matin une jeune fille qui allait prendre un bain de mer très tôt, elle marchait à travers les dunes encore désertes qui surplombent les plages d'Odessa. Elle avait des yeux bleu profond et un regard d'une grande force. Je me suis dit intérieurement que c'était tout simplement la plus belle fille du monde. J'ai alors été comme submergé de timidité et je n'ai pas osé la photographier. La jeune fille est passée, elle m'a souri, et je l'ai laissé s'éloigner comme dans les vers de Baudelaire:

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

 

 

 

Vous travaillez sur le nomadisme ?

Effectivement, je travaille beaucoup sur l'idée de nomadisme. Je vais de ville en ville en écoutant mon intuition photographique...

Si la lumière est belle, je m'installe pour quelques jours, si au contraire je la trouve fade, je quitte les lieux au plus vite.

Je pars sans aucun billet de retour, et sans aucun plan préétabli, juste un guide de la région, quelques dollars et mon matériel photo.

L'ensemble de mon bagage ne dépasse jamais les 5 kilos et je veux pouvoir le préparer en moins d'une minute. Je paye ma chambre d'hôtel chaque matin et je ne sais jamais si je vais y rentrer le soir.

Voyager, c'est pour moi l'occasion de rentrer dans une certaine ascèse, c'est le temps et le lieu idéal pour pratiquer une photographie contemplative.

 

 

 

Diriez-vous aussi que vous travaillez sur l'idée de fraîcheur ?

Diriez-vous aussi que vous travaillez sur l'idée de fraîcheur ?

Je ne travaille pas consciemment sur l'idée de fraicheur, mais j'ai constaté que j'aimais donner à mes photographies l'impression de silence et de légèreté. J'aime les moments en suspension, c'est-à-dire ces instants particuliers où l'on entend le bruit du vent dans les arbres, où l'on sent l'odeur de la poussière... J'essaie de réaliser des photographies où l'on ressent cela, autrement dit la fraicheur de l'instant.

 

 

 

Vos photographies sont souvent associées à un texte, pourquoi ?

Vos photographies sont souvent associées à un texte, pourquoi ?

Je suis depuis longtemps un grand admirateur de Raymon Depardon, de sa photographie, de ses films et de ses textes. J'aime qu'une photo ne nécessite pas de légende, mais qu’elle puisse s'accompagner d'un texte.

Je travail essentiellement avec l'écrivain voyageur Albéric d'Hardivilliers, qui mieux qu'aucun autre sait en quelques phrases révéler mes images.

Comme dans certaines pratiques ésotériques, où il arrive qu'une amulette ou un talisman nécessite une incantation pour devenir opératoire, ses textes viennent agrandir le cadre de mon travail en lui donnant une dimension supplémentaire.

 

 

Comment voyez-vous la notion d'objet photographique ?

L'objet photographique est pour moi un miroir spatio-temporel qui permet au spectateur de ressentir presque physiquement ce que le photographe vivait au moment de la prise de vue. Lorsque je vois les photographies de Staneley Green à Grozny je sens mon âme se révolter avec lui contre l'injustice de la guerre. Au contraire, les photographies de Sally Mann me plongent dans l'esprit d’une mère fascinée par la beauté de ses enfants.

Autrement dit, la photographie n'est que le support d'un échange d'émotion. Ainsi, je m'efforce lors de mes voyages d���épurer mon existence de tout parisatage intérieure, pour que l'essence de ce que je suis en train de vivre parvienne jusqu'aux cœurs de ceux qui plus tard regarderont mes photographies.

 

 

 

 

 

 

Quels sont vos projets actuels ?

Je rêve de faire un film à partir d'un grand voyage en Sibérie, mais en attendant les financements je tiens une correspondance photographique avec Albéric d'Hardivilliers que nous publions sur un Blog. www.lesvaleureux.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

dernière modification de cet article : 2018

 

 

 

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