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le musée

Le Musée suisse de l'appareil photographique a pour vocation première de conserver un patrimoine technologique cohérent évoquant les origines et l'histoire de la photographie, et suggérant son évolution future. En vingt ans d'existence, le Musée a rassemblé une collection exceptionnelle aujourd'hui unique en Suisse.

Fondé en 1971 par Claude-Henry Forney, ouvert au public dès 1979, dans un appartement sis à Grande-Place 5 à Vevey où il fut rapidement trop à l'étroit, le Musée déménage en 1989 dans un bâtiment du XVIIIème siècle situé à la Ruelle des Anciens-Fossés, restauré par l'architecte H. Fovanna et aménagé par S. Tcherdyne, décorateur.

Musée suisse de l'appareil photographique
Jean-Marc Yersin
Ruelle des Anciens-Fossés 6
CH-1800 Vevey
Tél. +41 21 925 21 40
Fax +41 21 921 64 58
www.cameramuseum.ch
cameramuseum@vevey.ch 

 

 

 

Visite historique du Musée Suisse de l'appareil photographique

par Jean-Marc Yersin
conservateur

Dès son entrée dans le Musée, le visiteur est invité à pénétrer dans une camera obscura pour découvrir ce phénomène originel qui a permis la naissance de la photographie, en admirant l'image du paysage de la Grande-Place et du Château de l'Aile.

Après avoir traversé l'espace d'entrée et sa boutique, le visiteur entre dans l'exposition permanente. L'exposition y débute par l'évocation de la préhistoire de la photographie, avec ses camerae obscurae et ses boîtes optiques, pour se poursuivre dans le sous-sol du bâtiment des Anciens-Fossés, sous le titre d'"Images en pose".

Images en pose

Tout d'abord empreinte lumineuse sur une petite plaque d'argent, inventée par Daguerre, pour devenir épreuve sur une feuille de papier, grâce à l'invention de l'Anglais William Henry Fox Talbot, la photographie, à ses débuts, ne pouvait que saisir des scènes figées et immobiles. Nouvel art ou simple prouesse technologique ? Le débat fut vif dès son apparition ! La photographie, elle, conquiert des usages, documente, fascine, devient spectacle par la projection, se saisit même du relief en le restituant grâce à la stéréophotographie. Elle tourne à la véritable aventure avec des opérateurs qui, condamnés à emmener l'entier de leur laboratoire pour préparer leurs plaques sensibles immédiatement avant leurs prises de vues, explorèrent le monde, suivirent la conquête de l'Ouest américain, les guerres et les conflits, mais aussi les prouesses de l'industrie.

La photographie alors s'impose, supplante les peintres pour l'exécution des portraits et se met au service de la science.

Est-elle donc un art ? Le débat a duré longtemps, et c'est peut-être Man Ray, photographe surréaliste qui, dans les années trente, y répondra le mieux par une boutade : "L'art n'est pas de la photographie".

Images en action

Un étage plus haut, l'exposition se poursuit au moment où les inventions de la fin du XIXème siècle débouchent sur la production industrielle de plaques devenues beaucoup plus sensibles à la lumière, permettant enfin de réaliser des instantanés photographiques.

Ainsi, la photographie accède à l'invisible, à l'insaisissable. Cette représentation visuelle du mouvement est totalement nouvelle, souvent incomprise; ainsi la position des jambes d'un personnage qui marche est perçue comme disgracieuse.

L'un des précurseurs de cette "Moment-Photographie", Joseph Maria Eder, s'exprime en visionnaire : "… il est aussi possible que l'œil du peintre comme celui du public s'habitue à de telles images, et que dans le futur une photographie instantanée ait d'avantage sa place, que ce que l'on est capable d'apprécier aujourd'hui …". A nouveau la photographie dépassera les débats d'érudits et d'esthètes et imposera le genre.

L'apparition du film sur support souple, en 1888, simplifie la pratique photographique. L'appareil photographique doit assurer le transport du film, mais aussi la gestion de la vitesse d'exposition, qui a exceptionnellement atteint, vers 1900, le 2000ème de seconde. L'appareil subit alors une véritable métamorphose, il se mécanise.

Avec l'invention du "Kodak" accompagné de son célèbre slogan "Press the button we do the rest", la pratique photographique s'est à ce point simplifiée qu'elle devient le "temoin des jours heureux" de l'amateur et de sa famille.

Grâce aux travaux de Ducos du Hauron, débutés vers 1865, la photographie devient couleur, plus particulièrement avec les autochromes des frères Lumière, introduits en 1904. La photographie se fait aussi arpenteur, en simplifiant grâce à la photogrammétrie le travail des topographes, devient chimiste, analyse grâce à la spectrophotographie. Conquérante de nouvelles applications, la photographie n'échappe pas à la guerre. Elle devient outil d'observation ou même de simulation de tir.

La photographie prend son envol. Après avoir doté d'appareils photographiques des cerfs-volants ou même des pigeons, l'opérateur lui-même s'envola, tel Nadar en 1858, dans son ballon "Le Géant". En 1909, l'un des frères Wright réalisera la première photographie depuis un avion.

A l'aube du XXème siècle, l'invention de la similigravure, permettant l'impression directe de l'image photographique dans les publications, ouvre un gigantesque marché aux photographes. Autour de la photographie, le monde se bouleverse. Les développements technologiques s'accélèrent et, bien entendu, la photographie en bénéficie et y participe. L'électricité simplifie l'éclairage du studio, offre des sources lumineuses beaucoup plus stables pour la projection, et surtout pour l'agrandissement.

Si, à ce moment, on s'interroge encore sur le statut de la photographie en tant qu'art, plus personne ne met en doute ses multiples applications. La photographie est tout simplement devenue indispensable.

Images au quotidien

L'exposition permanente se poursuit au deuxième étage sous le titre "Images au quotidien" en explorant l'entre-deux-guerres qui voit l'avènement de l'appareil photographique moderne.

La photographie se fait de plus en plus curieuse. Le photographe devient investigateur et les fabricants développent des outils toujours plus efficaces, tels l'Ermanox, sorte de gros œil métallique sur lequel est fixé une simple "boîte à plaques sensibles", prisé de photographes comme Erich Salomon, toujours à la chasse d'instants "volés" offrant des images non posées ni convenues des hommes politiques du Paris de l'entre deux guerres.

Mais la véritable révolution viendra des travaux de l'Allemand Oskar Barnack qui, au service de l'entreprise Leitz, crée, en 1913 déjà, le prototype d'un appareil révolutionnaire. Celui-ci sera commercialisé dès 1925 sous le nom de Leica, donnant naissance au concept de l'appareil photographique de format 24 x 36 cm, que nous utilisons aujourd'hui. Cette période voit la naissance d'autres appareils mythiques comme le fameux Rolleiflex ou les Speed Graphic chères aux reporters nord-américains.

L'appareil, tout de métal chromé, devient une réelle machine à saisir les images, dotée d'objectifs interchangeables, capable de mesurer la lumière comme les Contax et Contaflex du géant de l'optique allemande, Zeiss.

Toujours à la quête de l'instant, la photographie se motorise avec le Robot et son moteur à ressort. Les films augmentent en sensibilité mais, se voulant toujours plus rapide, la photographie a besoin de sources de lumière plus puissantes. En 1925, le Dr. Paul Vierkoetter brevète la lampe éclair, constituée de magnésium dans une ampoule de verre remplie d'oxygène. Cette ampoule flash permettra à l'instantané de conquérir l'obscurité.

Au même moment, les frères Seguin conçoivent un appareil destiné au contrôle des mouvements de pièces mécaniques à haute vitesse, le Stroborama. Ils inventent le tube éclair qui, repris par l'Américain Edgerton, débouche sur la création du flash électronique.

Durant cet âge d'or de la mécanique, l'industrie suisse durement touchée par la crise, diversifie ses productions. C'est ainsi que l'inventeur anglais Noël Pemberton Billing fera construire un appareil, véritable bijou de technicité, sous le nom de Compass, par l'horloger du Jura Lecoultre. Au même moment, Jacques Bogopolski, Ukrainien venu à Genève pour étudier la médecine et passionné de cinéma, concevra le premier appareil Bol, puis la caméra 16 mm Bolex, dont le concept sera complètement revu par Marc Renaud, ingénieur de la maison Paillard.

Inventeur de génie, Bogopolski, qui se fait aussi appeler Bolski, réalise également un appareil photographique Bolca, comme BOLski CAmera, et s'associera à une entreprise horlogère du Jura vaudois, Pignons. Ce projet donnera naissance à l'Alpa Reflex, l'un des plus prestigieux appareils petit format produit dans notre pays, qui ne pourra cependant pas résister à la redoutable efficacité des productions japonaises des années septante.

Images en mutation, de 1950 à aujourd'hui

Avec "Images en mutation, de 1950 à aujourd'hui", le dernier étage de l'exposition permanente nous entraîne de l'après-guerre à l'apparition de l'image numérique. Dès la fin du conflit, la rapide reprise économique, associée à un meilleur accès aux loisirs, donne un nouvel élan à l'industrie photographique. Des inventions et recherches militaires provoquent l'émergence de nouveaux produits. Le génial Américain Edwin Herbert Land lance la photographie instantanée avec le fameux Polaroïd. La mécanique se raffine, les appareils Reflex sont de plus en plus efficaces, dotés de systèmes de mesure de la lumière toujours plus performants. La photographie se transmet par téléphone avec le Bélinographe.

En 1948, un Suédois passionné d'ornithologie transforme ses fabrications destinées à l'armée de l'air de son pays en un système photographique aujourd'hui toujours d'actualité, le fameux Hasselblad, choisi par la NASA pour ses expéditions dans l'espace.

Cependant, l'appareil photographique reste, pour le grand public, une machine inquiétante dont le fonctionnement est toujours particulièrement complexe, et la lecture du mode d'emploi fastidieuse. La plus grande révolution de l'après-guerre réside dans l'invention du film en cassette du Kodak Instamatic, qui sera l'appareil le mieux vendu au monde, à plus de 70 millions d'exemplaires.

Les professionnels se voient proposer des outils toujours plus fonctionnels et performants. Les chambres de grand format à banc optique deviennent l'outil de prédilection du photographe de studio et le flash électronique supplante la lampe à incandescence. C'est dans ce domaine de pointe que l'industrie photographique suisse poursuit son essor, et plusieurs marques deviennent des leaders mondiaux de leur domaine, comme les fabricants de chambres photographiques Sinar, ou de flashs électroniques Broncolor et Elinchrom.

Les années septante voient l'électronique gérer de plus en plus de fonctions dans l'appareil photographique, jusqu'à la mise au point de la distance avec l'avènement de l'Autofocus. Aujourd'hui, l'électronique est partout. Le capteur numérique remplace le film, l'image se traite dans l'ordinateur.

A nouveau, l'évolution technique révolutionne complètement nos relations avec ce média. Présentée par ses inventeurs comme miroir de la réalité, la photographie est aujourd'hui mieux perçue pour ce qu'elle est, une sorte de "projection" de la pensée de son auteur, pleinement conditionnée par le choix de l'instant et du cadrage. Au cours de son histoire, la photographie a documenté cette réalité, puis en a témoigné, pour même s'engager. Pourra-t-elle faire de même face à une réalité virtuelle, ou deviendra-t-elle plus simplement un outil toujours plus efficace de projection de notre imagination ?

Dernière modification de cet article : 2002 

 

 

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