
l'auteur
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Henri Peyre
Né en 1959
photographe
webmaster de galerie-photo
professeur de photographie
à l'Ecole des Beaux-Arts
de Nîmes de 2002 à 2005
Formation : ingénieur IBM
et ancien élève des Beaux-Arts de Paris
Phonem
28 rue de la Madeleine
30000 Nimes
henri.peyre@(ntispam)phonem.fr

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Peinture : du portrait avant la photographie
Par Henri Peyre
Plan de l'article
Introduction
Valorisation par l’échelle, la perspective et la couleur
Valorisation par
la position des acteurs
Valorisation par emploi du clair-obscur et aspect théâtral
Maniérisme symbolique et
nudité
Auréole, grands yeux larges, main d’anges, richesse
Valorisation du sujet par l’incorporation d’accessoires
Valorisation par
l’illisibilité
Le portrait par
l’environnement
Le portrait esclave de la manière : un exemple en courbe
Le portrait étouffé
Le portrait
inachevé ou la maîtrise du geste
Vers le
réalisme de la vie de tous les jours
Le parcours
de lecture : le portrait complice
Le portrait
arraché au réel : le cadrage
La fin de la figuration en peinture : le portrait peint dans ses
tics
La peinture photographique : la photographie dans ses tics
Conclusion
Le portrait existe depuis très
longtemps en peinture, et la plupart des photographes sont encore
bien négligents à l’égard d’un genre qui a largement déblayé le
terrain en la matière, bien avant que le portrait ne soit
photographique.
Il y a des raisons à cela : la
photographie s’est à ce point emparée de la représentation du réel
qu’elle a dès son origine et quasi instantanément arraché le
portrait à la peinture. Mais ce n’était pas qu’elle ait été d’emblée
plus savante et plus destinée au portrait. Simplement l’exécution
des portraits, chère et réservée aux riches à l’origine, devenait
avec la photographie infiniment plus accessible. Enfin l’homme
ordinaire pouvait se faire faire son portrait, comme le riche et le
bourgeois !
Mais «moins-disant» ne fait pas très
bon ménage avec «mieux-disant» et les photographes, emportés par un
succès qui ne les incitait pas à approfondir des images vite
vendues, ont assez rapidement oublié les acquis fondamentaux de la
peinture. Aujourd’hui que la photographie se fait plus «peinture»,
il est temps de revenir interroger la grande aînée. Cet article à
destination des photographes présente une typologie rapide des
formes de portraits en peinture ; il analyse l'origine de leur
efficacité et le type de rapport entre le personnage et l'ensemble
de l'image.

Piero della Franscesca (1410/1420 - 1492), Baptiste Forza, vers
1472, Tempera sur bois, 47 x 33 cm, Florence, Galleria degli Uffizi
Ce portrait valorise son commanditaire
par :
- Accentuation du personnage par opposition des échelles : le
personnage est en gros-plan, le fond n’est qu’un lointain. Il
n’existe pas de plans intermédiaires en transition.
- Accentuation du personnage par opposition des couleurs : le
personnage est habillé en rouge (couleur chaude, psychologiquement
proche) ; il se découpe sur un lointain bleuté, donc froid,
psychologiquement lointain.
- Glorification par le choix de la couleur du vêtement :
symboliquement en Occident le rouge est symbole de pouvoir.
- Glorification par la perspective : le regard du personnage est
plus haut que la ligne d’horizon par laquelle, en perspective, passe
l’œil du spectateur : nous sommes dominés par un personnage placé
sur une hauteur. De la même façon le personnage semble gouverner un
pays placé « à ses pieds »
- Glorification par le dédain qu’affiche la pose : le personnage est
serein et ne s’occupe nullement du spectateur.
- Glorification par la position du personnage en plein centre : il
bouche toute perspective et s'impose.

Rogier Van der Weyden (1399/1400-1464), Chroniques du Hainaut,
Jean Wauquelin remet les chroniques au duc Philippe le Bon, vers
1447. Miniature, 42,3 x 28,8 cm, Bruxelles, Bibliothèque Royale
Albert-Ier
Valorisation du personnage principal
par :
- Isolement : seul personnage dont les contours n’en touchent pas un
autre.
- Accumulation des figures de soumission autour de lui : personnage
à genoux, chien couché à ses pieds, nombreux personnages aux mains
croisées (l’action leur est refusée).
- Placement classique (pour la représentation de scène) du
personnage principal au premier tiers.

Jacob Jordaens, La famille de l’artiste, vers 1620/1622, Huile sur
toile,
181 x 187 cm, Madrid, Museo Nacional del Prado
La mère et l’enfant sont les sujets
principaux.
- Un rayon de lumière en couteau (parallèle à la surface de l’image)
vient les éclairer mais laisse les personnages subalternes dans
l’ombre où ils se fondent. Le portrait est conçu par plans
successifs de lumière et d’ombres.
- Aspect théâtral : tous les personnages regardent complaisamment le
peintre, sorte de 5ème personnage absent de ce portrait. Le regard
adressé au peintre est un regard qui apparaît complice pour le
spectateur. Chaque personnage donne par son propre regard une
lecture de son rapport au réel : la fillette est moqueuse, la mère
très maternelle, la servante soumise, et le musicien est plutôt
fier. Nous sommes dominés : les regards convergent vers un point
bas. Le groupe a l’air, comme au théâtre, et avec la lumière du
théâtre, placé sur une scène surélevée.

Seconde école de Fontainebleau, Gabrielle d’Estrées et l’une de ses
sœurs, vers 1590. Bois de chêne, 96 x 125 cm, Paris, musée du Louvre
- Le sein pincé de Mme d’Estrées était
censé exprimer à l’époque l’indice d’une grossesse, fruit de ses
amours avec le roi Henri IV. En réalité la fascination qu’exerce
aujourd’hui le tableau tient à la bizarrerie générale d’une scène
limitée à une baignoire et deux personnages entourés d’un réseau
symbolique extrêmement présent mais incompréhensible. Les symboles
tirent leur force du raffinement et du caractère très artificiel de
leur mise en place. De partout on voit de l’intention, mais cette
intention ne peut pas donner lieu à création de sens, parce que nous
n'y comprenons rien, et du coup elle fait rêver.
- La nudité omniprésente en premier plan attire le regard d’autant
plus qu’elle se détache sur un fond sombre.
- Notez la bizarrerie extrême d’une composition linéaire horizontale
: de bas en haut, ligne de la baignoire et des mains, puis ligne des
seins, puis ligne des yeux.
- Le spectateur est pris à partie autant par le regard des femmes
que par la présence de leurs poitrines, et fermement et calmement
invité à donner sens aux symboles…

Agnolo Bronzino, Eléonore de Tolède et son fils Giovanni, vers 1545,
Huile sur bois, 115 x 96 cm, Florence, Galleria degli Uffizi
Agnolo Bronzino a dans de nombreuses
peintures adopté un système de valorisation de ses modèles basé sur
/
- L’écartement de l’espace entre les yeux des modèles, donnant aux
personnages un air plus intelligent.
- L’augmentation de la taille des yeux, rendant très profond le
regard porté au spectateur.
- Le travail maniériste des mains, avec des doigts potelés et en
fuseau (qui sera repris plus tard par Ingres).
- L’aura de lumière derrière la tête du sujet, vieux principe
déroulé depuis que les saints ont été munis d’auréoles.
- La richesse du costume. Sur ce point non plus Bronzino invente
d’autant moins que les modèles sont traditionnellement de bonnes
familles. Toutefois le soin porté à rendre somptueuse l’allure des
personnages est une de ses marques de fabrique.

Anna Dorothea Therbusch – Berlin (1721-1782),
Autoportrait (vers 1776/1777), Huile sur toile, 153,5 x 118 cm,
Berlin, Staatliche Museen Preußischer Kulturbesitz, Germäldegalerie
- Les accessoires peuvent comme sur ce
tableau avoir la fonction symbolique d’éclairer l’activité du
personnage (ici l’autoportrait d’un peintre exprimant sa passion de
regarder) mais employés à contre-emploi ils peuvent ouvrir le
portrait au champ joyeux de la curiosité d’interprétation (comme
dans le portrait de Mme d’Estrées). En tout état de cause,
l’accessoire valorise un portrait qui autrement aurait eu un intérêt
plus limité, en dépit du superbe traitement de la robe en soie.

Rembrandt Harmenszoon Van Rijn, Autoportrait, vers 1628
Bois, 22,5 x 18,6 cm, Amsterdam, Rijksmuseum
Ce procédé a peu de chance de plaire à
un commanditaire, qui préfère voir représenter ses traits lisibles.
Mais il ajoute de l’intérêt pour le spectateur, obligé de venir
scruter un visage mal éclairé. Voilà comment fonctionne cet
autoportrait de Rembrandt :
- Visage très peu lumineux mais lisible.
- Effet d’obscurité du visage renforcé par un vif coup de lumière
sur la nuque et le front.
- Obligation du déchiffrement pour le spectateur : le visage est
placé en plein centre.
- Ce type de représentation nous oblige à prendre le temps
nécessaire de la scrutation, nous oblige à projeter sur la
représentation, par l’imagination, les traits manquants, nous donne
enfin l’impression curieuse d’être nous même scrutés par ce
personnage aux intentions peu visibles. C’est désormais nous qui
sommes en lumière, et vulnérables.

Hans Holbein le Jeune, le Marchand Georg Gisze, 1532
Bois de chêne, 97,5 x 86 cm, Berlin, Staatliche Museen Preußischer
Kulturbesitz, Gemäldegalerie
La multiplication des objets autour du
marchand peint par Holbein le Jeune est destinée à évoquer le métier
et la culture de ce bourgeois du XVIème siècle, et le personnage
apparaît assez falot au milieu de la pléthore d’objets qui
envahissent le cadre dans lequel il est représenté.
- Le personnage est central et la représentation des objets autour
de lui ne prend pas l’apparence d’une scène en action. Il s’agit de
bien montrer que c’est le personnage qui décide et organise
l’utilité des choses représentées, qui ne sont qu’un prolongement de
sa main et de son désir.
- Paradoxalement, même si le personnage nous est ainsi mieux connu,
il se dégage toujours du portrait en situation au milieu des outils
de la fonction l’idée que le personnage ne serait rien sans ses
outils ou, pire, que les outils décident du personnage.

John Singer Sargent, Madame X (Virgine Avegno Gautreau), 1884
Huile sur toile, 208,6 x 109,8 cm, New York, Metropolitan Museum of
Art, Arthur Hoppock Hearn Fund
Ce type de portrait qu’on peut
apparenter au maniérisme prend littéralement le personnage en otage
du style qu’on lui applique. Ainsi ce pur travail de courbes et de
torsions de John Singer Sargent qui choisit à dessein une gamme de
couleur extrêmement réduite, traitant presque la couleur en noir et
blanc. Notez l’oreille résolument centrale, rouge, obscène et
vivante dans cette harmonie complètement contrôlée de chair, de
noir, et de brun. L’oreille elle-même n’est qu’un symbole vivant
rouge et forcené de la courbe.

Balthus (Stanislas Klossowski de Rola), Joan Miró et sa fille
Dolorès, 1937/1938, Huile sur toile, 130,2 x 88,9 cm
New York, Museum of Modern Art
Balthus a beaucoup pratiqué un genre
de portrait où la violence des représentations est étouffée par une
lourde matière aux blancs peu lumineux (on parlerait de Low-key en
photographie). Dans ce portrait de Miró et de sa fille on retrouve
cette manière sombre assez répandue dans les années trente.
Par ailleurs les silhouettes sont dépouillées à l’extrême, le
peintre transformant par un mépris affiché des proportions les
personnages en pantins.
L’aspect général d’étouffement et de sévérité est renforcé par la
netteté d’un arrière-plan proche et carcéral qui n’offre aucune
fuite au regard. Le spectateur est en intimité forcée avec des
personnages violemment déshumanisés.
Les pupilles dilatées, les yeux écartés et agrandis sont
probablement très inspirés de l’exemple de Bronzino (voir
au-dessus).

Gilbert Stuart, Georges Washington, 1796
Huile sur toile, 121,3 x 94 cm, Washington, National Portrait
Gallery Smithsonian Institution, et Boston, Museum of Fine Arts
Par essence, et on l’a assez reproché
à la photographie par rapport à la peinture au début, la
photographie nait d’emblée achevée et nette. Peu de photographes ont
réellement exploré les figures possibles de l’inachèvement, ce style
d’esquisse qui plaît tant aux amateurs d’art en peinture, après les
errements de la photographie du côté du pictorialisme à ses débuts.
Ce portrait d’un Georges Washington
rose et bien coiffé profite du contraste violent avec la toile
blanche. Il apparaît comme une vision jaillissant de la toile et
invite à méditer sur la maîtrise du geste et la technique du
peintre. On comprend que la photographie, art mécanique, soit moins
crédible sur un type de représentation qui est là pour favoriser
l’évocation de l’habileté géniale de l’artisan !

Thomas Eakins, Portrait d’Amelia Van Buren, vers 1891, Huile sur
toile, 114,3 x 81 cm, Washington D.C., Phillips Collection
Avec ce portrait morose, on voit que
la représentation ne vise pas à valoriser le sujet, bien ronchon en
l’espèce. Il s’agit avant tout pour le peintre de montrer un
savoir-faire exceptionnel, mis en valeur par la transcription
saisissante de la réalité, à un moment où les comparaisons avec la
photographie sont déjà possibles et où la photographie et la
peinture se disputent le champ du réel. Ce dernier ne deviendra le
terrain privilégié de la photographie qu’au moment de l’apparition
de la photographie couleur, qui lui donnera le pouvoir décisif en
matière de représentation
(… mais pas de virtuosité !).
Veuillez noter le choix de la profondeur pour le sujet : une
représentation réaliste peut difficilement proposer une importante
profondeur de champ au moment où la photographie a commencé
d'imposer sa vision réaliste des choses. La peinture joue le
réalisme dans la représentation de la netteté et du flou (observez
le passage du net au flou sur l’accoudoir de gauche) autant que le
réalisme dans le choix du sujet, qui a l’obligation de se faire
modeste.

Edgar Degas, Portrait de la famille Bellelli, 1858/1867
Huile sur toile, 200 x 273 cm, Paris, Musée du Louvre
Degas, peintre très cultivé et
photographe à ses heures, utilise dans la famille Bellelli la notion
classique de parcours de l’œil. Le groupe familial est placé sur une
sorte de scène réaliste, limitée à 2 mètres en profondeur par le mur
bleu, qui laisse entrevoir une petite échappée sur les coulisses à
gauche. Dans cet espace théâtral confiné on entre par la tête de la
mère, dominant de la majesté de sa silhouette triangulaire
l’ensemble de la scène. Son regard comme celui de la fillette au
centre invite à s’intéresser à un hors-champ invisible qui laisse
notre œil déçu découvrir l’homme de dos. Le regard de celui-ci nous
renvoie alors au visage le plus éclatant de la scène, celui de la
fillette de gauche qui termine le parcours en nous fixant droit dans
les yeux. C’est la surprise de ce regard final planté droit dans nos
yeux et comme finalement observateur de notre vision, nous qui
croyions voir, qui donne tout l’intérêt à cette scène bourgeoise, y
apportant à la fois la surprise de l’inversion du regard et un
réalisme que la pose des autres personnages aurait plutôt tendance à
démentir. Ce frais regard nous dit : «ils posent mais je suis
réelle, moi et je ne pose pas».

Mary Cassatt, Dame à la table à thé (Mary Dickinson Riddle),
1883-1885 Huile sur toile, 29 x 24 cm, New York, Metropolitan Museum
of Art
Ce portrait impressionniste se
démarque clairement de la peinture classique où la pose, la mise en
scène, sont utilisées pour valoriser les sujets. Le sujet n’est pas
le personnage. Il s’agit bien plutôt de donner l’impression de
l’instant : le sujet est la réalité physiologique, la pure émotion
du chatoiement des couleurs dans un fragment d’espace arraché par un
cadrage arbitraire au continuum du réel. C’est probablement un peu
arbitrairement qu’on peut donner le nom de portrait à une peinture
qui se sert du personnage comme simple élément du réel pour
témoigner d'autre chose. Le personnage ne sera jamais qu’un prétexte
à la cause (on retrouve un peu cette idée, utilisée pour la cause
esthétique, dans le maniérisme). On ne s’étonnera pas du coup que le
personnage de Mary Cassatt soit un sujet aimable comme une porte de
prison. Achever de décourager le spectateur de s’intéresser au
personnage représenté est un des poncifs du réalisme, détourné par
l’impressionnisme. L’ensemble seul fait sens.

Pablo Picasso, Femme assise (Dora Maar), 1941
Huile sur toile, 99,8 x 80,5 cm, Munich, Bayerische
Staatsgemäldesammlungen, Staatsgalerie moderner Kunst
Ce portrait de Dora Maar a été réalisé
dans un temps qui ne croit plus que la peinture puisse être autre
chose que de l’expression, puisque la photographie s’est emparée du
réel. Pour qu'un portrait qui ne représente plus réellement un
personnage marche quand même, Picasso, homme fin et cultivé, répète
un certain nombre des poncifs les plus efficaces qui font la
puissance du portrait :
- Yeux démesurément agrandis.
- Regard tourné vers le spectateur.
- Personnage dominant : la ligne d’horizon, position de l’œil de
l’observateur, construite en faisant converger les accoudoirs passe
au niveau du cou du modèle.
- Circulation du regard du spectateur, imposée par une flèche
médiane, terminant sur le regard du modèle nous scrutant.
- Important jeu de main.
- Fond opaque refermant le spectateur sur le modèle.
Le jeu cultivé avec les poncifs de la peinture nous persuade
finalement que la représentation est encore un portrait de qualité !

Gerhard Richter, Betty, 1988, Huile sur toile, 102 x 60 cm
Saint-Louis, Saint-Louis Art Museum
Nous arrivons au bout de cette brève
exploration du portrait en peinture. Si la photographie s’est si
bien emparée du réel, il restait aux peintres dépossédés à se
venger. C’est un peu ce que fait Gerhard Richter qui utilise la
photographie comme sujet de peinture, s’ingéniant à fabriquer des
peintures qui ressemblent à des photographies, comme les
pictorialistes, soucieux d’être pris pour des artistes,
s’ingéniaient en leur temps à créer des photographies qui pourraient
être prises pour des peintures. Mais voilà qui est intéressant :
Richter propose un portrait qui doit nettement indiquer sa filiation
photographique. Qu’y trouve-t-on ?
- Une scène peu profonde.
- Une profondeur de champ réduite.
- Un sujet qui ne se donne pas à voir, fait croire au cadrage
instantané, à la scène volée.
- Un regard qui se tourne résolument vers le hors champ.
On avait appris avec Picasso les tics
du portrait de peintre, on apprend avec Richter les tics du portrait
photographique.
En fait ce parcours au travers du
portrait en peinture vient souligner des faits intangibles :
lorsqu’on crée un portrait, il existe des procédés qui permettent de
valoriser le sujet, et ces procédés ont été déjà très bien explorés
par la peinture. Ils fonctionnent bien et on peut les recenser comme
nous l’avons fait. Mais lorsque ces procédés commencent, pour une
raison ou une autre, à devenir plus importants aux yeux de l’artiste
que le sujet lui-même, ils conduisent à un maniérisme, qui réalise
des images très efficaces et intéressantes… mais qui se soucie fort
peu du sujet.
On assiste tout simplement là au
problème du « style », qui se construit toujours sur le dos du
sujet. Si le goût de l’image est plus fort, en portrait, que
l’obligation de véracité que nous donne le modèle, on passe au-delà
de la « simple » représentation du modèle, dont la photographie
s’est faite une spécialité. Plus on travaille l’image en amont et en
aval de la prise de vue, plus il y a de probabilités que l’image
soit forte, mais pas forcément que le personnage soit valorisé en
tant que tel. Valorisé il le sera dans un premier temps, tant qu’on
ne va pas trop loin. Mais au fur et à mesure que le travail devient
important arrive le maniérisme. Assez rapidement donc se pose la
question du style, et par delà celle de « l’utilisation » d’un
modèle devenu simple prétexte à éprouver l’émotion du medium.
dernière modification de cet article
: 2009
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