[abonnement gratuit]

l'auteur

Jean-Francois Rauzier

Studio Rauzier Rivière
35 rue de la République
92150 SURESNES
tél. 01 41 38 00 32
fax 01 41 38 00 50
 rauzier.riviere@wanadoo.fr
  www.rauzierriviere.com
 www.hyper-photo.com
Prix Arcimboldo (2008)

 

 

 

  

 

 

 

 

Hyperphotos

 

Texte d'une conférence donnée en Arles
en juillet 2006

par Jean-François RAUZIER

 

"Bonjour et tout d'abord merci d'être venu. Je vais vous présenter mon travail, comment j'en suis arrivé là, et je vais vous montrer un exemple concret du processus d'élaboration d'une hyperphoto.

Hyperphotos

J'ai appelé ainsi ces images non pas pour leur gigantisme (elles atteignent maintenant les 2 milliards de pixels et pèsent jusqu'à 30 Go) mais par référence à l'hyperréalisme.

Hyperréalisme

Ce mot m'est venu naturellement sans que je cherche à en faire l'analyse. Cette conférence m'a donné l'occasion de me pencher sur ce qu'est l'hyperréalisme, et j'ai été troublé. Je ne réalisais pas à quel point ce courant de peinture m'avait influencé. Toutes les définitions que je lui ai trouvé s'appliquent parfaitement à mon travail.

Je cite en résumant :
- L'hyperréalisme a pu être vu comme une reproduction froide et mécanique du réel par des virtuoses laborieux, illusionnistes, qui font confondre au spectateur photographie et peinture.
- C'est trop réducteur : la lente et laborieuse élaboration du tableau, l'effort humain que cela représente donne une vision intensifiée et densifiée d'un sujet le plus souvent volontairement banal. Il y a une folie fascinante et effrayante qui se dégage de ce travail.
- L'hyperréalisme a facilité une fertilisation croisée entre la photo et la peinture. Le peintre hyperréaliste est d'abord un photographe, la photo est au cœur de son processus.
- Je suis un photographe mais aussi un peintre numérique, la retouche, le montage et la synthèse d'images étant au cœur de mon processus.

Un mot sur le sharp focus

J'en profite pour faire une petite parenthèse : une des caractéristiques majeures du courant hyperréaliste est la représentation en gros plan d'un détail : en séparant le sujet de son contexte et en l'agrandissant, on lui confère une nouvelle identité. L'objet familier devient un microcosme. Dans le courant hyperréaliste, cela s'appelle le sharp focus. Ce n'est pas le sujet des hyperphotos mais c'est la définition exacte du travail photographique que j'ai fait il y a dix ans. (Voir le "Corps d'une ville" sur le site www.jfrauzier.com :
les agrandissements de murs et de trottoirs parisiens). L'extraction possible de gros plans d'une hyperphoto reste un fil conducteur. On peut aussi dire que dans les hyperphotos, j’ai inversé le procédé : en traitant un panorama à 180° comme je vous le décrirai, en éliminant toutes distorsions optiques qui pourraient faire comprendre qu’il s’agit d’une photo réalisée avec un grand angle ou un appareil panoramique, je donne souvent l’illusion qu’il s’agit d’une prise de vue classique d’un paysage réalisée avec un objectif de focale moyenne. C’est un changement d’échelle comme le sharp focus, mais inversé.

Distorsion imperceptible de la réalité

Devant une œuvre hyperréaliste, nous ne sommes pas devant un trompe l'œil, on sait qu'on est devant une image, l'échelle est disproportionnée, par exemple. Dans mes hyperphotos, je distords aussi imperceptiblement la réalité, et on sait ainsi que l'on n'est pas devant un vrai paysage mais devant l'expression onirique de mon inconscient, devant un rêve, un mirage. L'image photographique a valeur de preuve, la fiction s'appuie sur une réalité qui a toute l'apparence du vrai. La frontière entre l'illusion et la réalité est floue, j'aime m'y promener et la traverser.

 

Comment suis-je arrivé à faire ces hyperphotos ? Comme je vous le disais précédemment, après avoir collectionné des photos urbaines plusieurs années, des gros plans dans l'asphalte et le béton, comme une sorte d'archéologie intime, j'ai éprouvé le besoin de prendre l'air, de changer totalement d'échelle, J'avais besoin de grands espaces, je suis donc parti en quête de champs infinis, de cieux propices à l'envol. J’ai alors commencé à faire des panoramas.

 

Comment faire les grands panoramas ?

Nous avons tous été fascinés par le pouvoir que procure l'appareil photo : voir plus.

1. en figeant le temps. Le temps arrêté, on a tout le temps après coup d'examiner le cliché et découvrir une foule de détails que l'on n'a pas vu sur le coup (thème du film Blow Up ou un photographe photographie un meurtre sans le savoir)

2. En voyant plus large ou plus près : d'où cette course aux objectifs grand-angle et téléobjectifs, et la fascination pour ces satellites qui cartographient la terre entière dans ses moindres détails, jusqu'à lire une plaque d'immatriculation.

Etre un aigle, voler le plus haut et tout voir… L'aigle, c'est toujours l'animal que j'ai choisi dans les jeux de portrait chinois. Enfant, je me suis fabriqué un télescope, je rêvais de jumelles, microscopes, tout ce qui permet de mieux voir, de découvrir ce qui est caché.

Tout photographe est un voyeur, un chasseur, un chercheur de trésor, à la recherche de LA PHOTO.

Ainsi, ces panoramas sont-ils la concrétisation d'un vieux rêve : voir a la fois plus large et de plus près, arrêter le temps et pouvoir alors examiner tous les détails de l’image ainsi figée.

Pour voir loin, il me fallait des horizons dégagés. Pour voir large, il fallait un moyen d'embrasser le champ le plus vaste possible, de restituer cette ivresse du grand espace, cette sensation de liberté, quand rien n'arrête le regard (exception faite des forêts, protectrices, ou le rythme vertical des arbres remplace l'horizontale des champs. Mais il y a cette même dimension, on peut s'y perdre…) Entendre le silence merveilleux des déserts... sortir du cadre.

Tentative au grand-angle

J'ai commencé par utiliser des objectifs ultra grand-angulaires. La déformation et l'amplification de la perspective qu'ils engendrent, typiquement photographiques, très intéressantes, ne convenaient pas à mon projet : embrasser le plus vaste espace possible pour m'y perdre, dans un champ de 180°, 270° et même 360° mais avec une déformation contrôlée, sans créer d'effet trop voyant, sans interpréter. Je voulais restituer ce que je voyais sur place en tournant la tête sans avoir l'impression de passer par un objectif et ses limites. De plus, je ne pouvais pas dépasser 180° avec un grand angle (fish-eye)

Appareil panoramique

J'ai alors essayé des appareils panoramiques : L'objectif monté sur une tourelle rotative actionnée par un mécanisme d’horlogerie balaye le champ en tournant et projette l'image sur le film qui est lui même bombé. Les résultats sont surprenants et magnifiques mais la technique comporte aussi ses défauts : toutes les droites parallèle à l'horizon sont courbées


Exemple de courbures panoramiques

Cette caractéristique très intéressante est très typée appareil panoramique, trop systématique et pas forcement voulue.

Juxtaposition d'images numériques

J'ai alors commencé à prendre une succession d'images de droite à gauche puis à les recoller dans photoshop afin d'obtenir un panorama. Normalement, j'ai le même résultat qu'avec un appareil panoramique : Voici 2 exemples ou l’effet de courbure est volontairement conservé : le bord de l’océan et les sillons du champ sont des lignes droites dans la réalité.


« Tempête à Omaha Beach »


« Travaux des champs »

Cela ne me suffisait pas de n'obtenir que des bandes horizontales très étirées. J'ai donc décidé de les empiler aussi verticalement. Bien sur, cela m'a posé encore plus de problèmes : ceux que je vous ai montrés pour l'horizontal et ceux créés par l'empilement vertical. Il s’agit d’un problème de cartographie : projeter sur un plan (la photographie) un quart de sphère (le paysage à photographier)

Sur un planisphère (la projection d'une sphère sur un plan), les pays équatoriaux sont très défavorisés par rapport aux pays polaires. Les pôles semblent immenses et un pays européen beaucoup plus petit qu'un pays africain. C'est à peu près la projection que fait un grand angle.

Logiciels

J’ai essayé des logiciels d'assemblage comme Stitcher de Realviz : Ils produisent soit une déformation grand angle en projection plane et une nette altération de la qualité d'image en raison d'une forte interpolation, soit l'effet panoramique et ses courbures en projection sphérique. Et surtout le caractère automatique génère des calculs de plusieurs semaines et demande plusieurs téraoctets de disque dur à cause de la taille de mes images. Je suis en rapport avec eux pour essayer de faire évoluer cet excellent logiciel vers les très grands fichiers.


Ciel en projection plane


Ciel en projection sphérique

De plus, certains raccords peuvent poser problème : on peut observer par un exemple un dédoublage des branches d'arbres si elles ont bougé entre 2 prises de vue ; en effet le logiciel assemble les images en les estompant progressivement au niveau des raccords. J'ai essayé le logiciel Emblend qui découpe "intelligemment" les images, évite ces flous mais outre le fait qu'il est extrêmement lent et gourmand en mémoire, lui aussi ne fait pas toujours des raccords parfaits. J’ai préféré utiliser une solution beaucoup plus longue mais plus maîtrisée : assembler les images avec Photoshop en les déformant le moins possible mais cela génère des “trous” : Voici ci-dessous une forêt prise sous un angle horizontal de 180° et vertical de 75° (Presque 1/4 de sphère).


Ebauche de "Hiver à Versailles"

La première bande en bas est constituée de 16 images. Au sommet, pour balayer le même angle horizontal de 180°, le nombre d’images nécessaires est bien inférieur ; théoriquement, au sommet, c’est une image unique (qui se répète en tournant progressivement jusqu'à 180°).
Pour bien comprendre, imaginez que les photos soient les pierres d’une voûte sphérique que nous voulons étaler sur un plan. Nous obtenons un triangle: 16 pierres à la base et une au sommet (la clef de voûte). Or nous voulons obtenir un rectangle. Pour cela, Il faut donc soit élargir, soit espacer les pierres (les photos) des rangées supérieures. Si je n’étire pas les images du haut comme le fait Stitcher, je les espace et doit ensuite combler les trous : je photographie, détoure et ajuste des quantités de branches et de tronc pour recréer les pièces manquante du puzzle. On voit nettement que les troncs partent en diagonale sur une bande et se retrouvent décalés dans la bande supérieure. Il faut donc tout “redessiner”.

Cependant, ce n’est pas de l’image de synthèse ; tous les éléments sont des photographies.


« Hiver à Versailles »

L’image « Coquelicots » est une demi sphère : dans le 1/4 de sphère supérieur, le ciel uniformément nuageux en réalité prend cet aspect de champignon car je l’ai assemblé tel quel sans déformations (c’est notre 1/2 voûte projetée à plat sans étirer les photos ni laisser de trous). J’ai rajouté alors du ciel bleu autour pour remplir le cadre. On voit que le champ est un quart de sphère en symétrie.


« Coquelicots »

Un dernier problème était que les images crées dans Photoshop étaient limitées à 30 000 pixels de long. Ce n’est plus le cas avec la dernière version et j’ai pu alors dépasser cette taille.

 

Je parlais tout à l'heure de sortir du cadre. En fait, il faut tout de même donner un cadre à l'image. En cela la photo panoramique est un peu déroutante. Ce n'est pas facile de juger sur place de ce que va être le résultat final. J'ai essayé avec des viseurs panoramiques comme on utilise au cinéma. La meilleure solution reste l’utilisation de 2 équerres en carton…

Ayant une longue pratique de la chambre photographique, je peux vous dire qu'il est beaucoup plus facile de composer une image sur un dépoli que dans un viseur. Dans ce dernier, l'œil nage dans l'image. Il manque du recul nécessaire.

Le " patchwork "
les plaisirs du puzzle, la plongée dans les détails

En clonant, assemblant, redessinant ces centaines de troncs, branches, feuilles, j'avais l'impression de faire un puzzle géant. Je comprends maintenant cette passion. C'est une vraie drogue. On n'attend que le moment de pouvoir se plonger dans son paysage et s'évader. C'est une fantastique exploration dans le détail. Une plongée de l'infiniment grand dans l'infiniment petit.

Si vous avez déjà fait des croquis ou peintures de paysage, vous avez éprouvé cette satisfaction de l'avoir observé pleinement, d'en connaître tous ses détails, beaucoup mieux que si vous l'aviez seulement regardé des centaines de fois. Vous êtes intimes, en communion. C'est un excellent exercice de méditation. Comme la gravure ou la sculpture. Le temps nous aide. Derrière l'écran de l'ordinateur, j'ai recomposé ces paysages en découvrant tous ces détails qui m'avaient échappés au premier abord : Une araignée sur sa toile dans les fougères du sous bois, tous ces avions invisibles à l'œil nu dans le ciel que je prenais parfois pour des poussières sur la photo, j'observais les brins d'herbes un par un, les épis de céréales, étonné de leur diversité.


Détail de « Pommier »

J’ai photographié de nuit New York vue d'un immeuble de Central Park Avenue, d’où j'avais une vue a 180 ° de la skyline à raison de 8 minutes de pose par cliché pour les 400 clichés; j'ai beau y avoir passé de nombreuses heures, je dois avouer que je n'y voyais pas grand-chose, même dans le viseur de mon téléobjectif. Juste quelques fenêtres et points lumineux. Au montage, magique ! Derrière les fenêtres sans volets et sans rideaux, toute une vie se révélait avec impudeur : des intérieurs, des terrasses fantastiques, des gens derrière leurs fenêtres (j'en ai rajouté quelques uns bien sur), des quantités de scènes dignes de Hooper à l'intérieur de l'image. Central Park n'était qu'une immense masse noire, au point que j'ai sauté certaines zones trop noires (je l'ai regretté car j'ai du les recréer par la suite). Sur mon écran les photos m'ont révélé une foule de détails, pas de crime comme dans blow up (je l'espérais secrètement…), mais des promeneurs, des arbres fantasmagoriques.


New York


NY detail 1


NY detail 2


NY detail 3


NY details 4


Planche silhouettes

Un promeneur ? je m'y suis inséré bien sur. Cela m'a procuré plusieurs semaines de promenades virtuelles dans Central Park. J'avais l'impression de visiter la ville et d'explorer ces moindres recoins, mieux que de toute autre manière.

Il y a finalement dans une ville la nuit cette même vie fourmillante, secrète et cachée que dans ces champs apparemment déserts.

Les retraits puis les ajouts

Pour créer mon monde idéal, il me fallait éliminer tout ce qui me gênait : maisons, poteaux électriques, voitures, panneaux de signalisation. En général tout ce qui signe la présence humaine afin de redonner au paysage sa virginité. Paysage vierge, mais pas sauvage. Souvent cultivé. J'ais un attrait pour le blé, les céréales.


« Vélo au couchant »

Ces champs me fascinent par leur sage régularité, ils imposent au paysage un rythme solide et apaisant. Ils forment un grand jardin à la française. La nature, nourricière, est maîtrisée, domestiquée. Et donc le rêve aussi…


« Fauteuil solitaire »


« Champ du soir »


« olza »

Que ce soit après les semis, juste avant la moisson ou après les labours, j’aime contempler ce travail accompli, patiemment, consciencieusement… comme le puzzle…


« detail du retour de Steven »


« Epouvantails »

Le décor est volontairement appauvri pour mieux souligner la richesse des détails.

Pour ceux qui passent devant ce paysage sans s'y attarder, il n'y a que désolation. C'est le règne des objets qui se mettent eux même en scène comme les cadres dans la forêt.


Détail de « Attente »


« Mémoire des arbres »


« Mémoire des arbres » detail 1

Mais dans ces déserts, la vie fourmille, silencieuse. Elle est toujours présente, discrète, visible uniquement par ceux qui s'arrêtent et prennent la peine d’observer: araignées, serpent, coccinelles, oiseaux, petit rat dans le champ, cerf a la lisière de la forêt.


« Mémoire des arbres » detail 2


« Mémoire des arbres » detail 3


« Aller-Retour »


Détail de « Aller-retour » : petit rat


« Aller-Retour » : un cerf


« Orge »


détail de « Orge »


« Coquelicot » détail 1


Détail de « Coquelicots » : l’oiseau en cage

L'homme est rarement présent : des pêcheurs dans « la conférence de Burano » et un tracteur en activité dans « travaux des champs » ; mais ils semblent être la depuis toujours. Ils pratiquent leur métier séculaire et exploitent la terre ou la mer.


Détail de « Travaux des champs » Le cultivateur


Détail de « Conférence de Burano »

Ceux que j'insère appartiennent à ma famille, mes racines : ils ne sont pas la par hasard. Ce sont des témoins, ils racontent mon histoire.


« Racines »


« Racines » detail 1 »

La petite fille au centre que j'ai voulu la plus ressemblante de la petite Alice de Lewis Caroll présente au spectateur l'autoportrait de mon arrière grand-père peintre. De mes ancêtres, c'est le seul que je connais un peu par l'œuvre qu'il a laissée, l'héritage culturel qu'il nous a légué.


« Racines » detail 2 »

Des autres, je n'ai que des photos jaunies que j'ai fait flotter dans le lac au pied des racines. Parmi ces photos, un exemplaire de la Vie Mode d'emploi de Georges Perec (j'en reparlerai). Au dessus, à l'air libre, la vie. Dans l'arbre, j'ai inséré de nombreux oiseaux et des écureuils. Dans le parc, j'ai laissé les promeneurs et rajouté un ami peintre et son tableau, la Source : une eau qui ruisselle continuellement, symbole des souvenirs qui s'échappent.


« Racines » detail 3 »

 

 


« Plage des souvenirs »

Là, nous sommes typiquement dans l'intégration de la photo souvenir. La seule inconnue, la personne de dos sous son parasol, je l'ai laissée car elle a été le déclencheur de cette image Tous les autres sont mes proches, vivants et disparus, parents et enfants, présent et passé.

C'est une mise en abyme dans le temps. J'ai introduit des photos actuelles de mes enfants, et d'autres photos prises il y a 15 ans. J'ai aussi collé sur les portes des cabines des photos-souvenirs de famille. Tout est bien sur fait numériquement même le scotch qui tient les photos.

Vous pourrez constater qu'il y a une distorsion de la perspective, notamment si vous regardez les planches sur le sol, j'ai dû les reprendre une par une et créer cette perspective extrêmement aberrante. Pour obtenir naturellement cet effet, il aurait fallu prendre la photo au téléobjectif à plusieurs km. Les cabines ont toutes été photographiées une par une et presque de face. Il fallait quand même légèrement voir les cotés pour garder un minimum de réalisme. Pour les voir toutes de face il aurait fallu qu'elles soient toutes situées sur un arc de cercle dont j'aurais été le centre.

 

 

Une nouveauté, l'apparition de très gros plans. Une nouvelle distorsion de la réalité : on ne peut avoir de si gros plan dans un panorama sans qu’ils soient très déformés. J'ai du prendre le volant, la main et le rétroviseur en plusieurs images pour atteindre la résolution nécessaire. C'est un autoportrait sur le panneau au fond de la plage réfléchi par le jeu de miroir du rétroviseur et de l'objectif. Les 4 éléments sont présents : la terre la mer l'air et le feu.


« Echo »


« Echo » détail 1


« Echo » détail 2


« Echo » détail 3

 

Autoportraits

Vous avez vu précédemment des autoportraits. J’en glisse de plus en plus :


« liberté surveillée »


« liberté surveillée » détail 1


« liberté surveillée » détail 2

Les assemblages

Ces paysages sont souvent très recomposés. Afin d’obtenir ce que je cherchais, je me suis constitué des collections d'arbres, de cieux, de champs, de forêts que j'assemble ensuite


Planche contact d’arbres


Planche contact


Planche contact ciels

L’éclairage

J’ai pu ainsi non seulement mettre exactement ce que je voulais, mais aussi retrouver la maîtrise de l'éclairage que j'ai en studio : je photographie un champ sous un certain éclairage, rasant mais je lui choisis un ciel totalement différent, retrouvant ces atmosphères d'orage, surréalistes. On retrouve le décor de cinéma en studio.


« Aller-retour » (C)

Les répétitions

Sur mes premières compositions, il n'y avait qu'un objet très intégré dans le décor : vélo au couchant, coquelicots, (départ). J'ai à un moment commencé à répéter les objets.


« 3 ballons sur une plage »


« marée basse»

L'objet s'impose dans le décor, impose un rythme, une rigueur et surtout donne l'échelle, cette notion de distance et de profondeur qui avaient tendance à disparaître dans ces paysages si dépouillés. La répétition du même objet ajoute un coté obsédant, hypnotisant et favorise donc le rêve. J'aime de temps en temps un peu d’humour, prendre du recul, relativiser et ne pas trop me prendre au sérieux. Ainsi lorsque j’ai construit « Bicyclettes abandonnées », je préparais la course Paris-Versailles et m'entraînais tous les jours sur cette route, à pied et en vélo. J'ai bien eu le temps d’y méditer. Il fallait que je fasse cette image…


« Bicyclettes abandonnées »


« Conférence de Burano »

Chez moi, toute la journée, mon chien, assis sur un fauteuil, attend. Le fauteuil aussi semble t’il. J’ai toujours aimé en m’asseyant dans un fauteuil ancien, caresser l’idée que des hommes innombrables, s’y sont assis avec volupté, l’on possédé. Ils ne sont plus, lui reste…Les bras toujours ouvert à attendre un nouvel occupant. S’ils avaient des oreilles…Je les ai immortalisés dans « La conférence de Burano ». J’attache beaucoup d’importance a ces objets : ce sont les instruments d’un dialogue silencieux, visuel, tactile et olfactif entre les hommes, après qu’ils aient disparus.

Netteté

Enfin, je voulais une netteté absolue : celle que l'on a justement sur une carte de géographie ou sur une planche de botanique ou d'entomologie, puisque chaque plante, chaque animal est répertorié, à sa place précise.


Détail de « Champ du soir »

J'avais auparavant déjà photographié des paysages avec une chambre photographique grand format mais je n’avais pas ces résultats car :
- Malgré les possibilités de bascule et de décentrement qui permettent beaucoup de choses (en particulier l'amélioration de la netteté grâce à Shempflug), ce n'était pas possible d'obtenir une netteté totale aussi bien à 30 cm qu'à l'infini.
- Les lointains sont en plus toujours un peu brumeux et diffus (comme l'enseignait Leonard de Vinci dans son traité sur la peinture) : je contraste et renforce ces infinis et choisis le moment de la journée pour un éclairage optimum.
- Aucun objectif ne peut fournir en une seule prise de vue cette netteté que j'obtiens en assemblant 200 photos.

Le fait de photographier par bandes horizontales m'a permis en faisant à chaque fois la mise au point d'être toujours le plus net possible. Cela pose un autre problème : pour chaque vue avec un premier plan, je suis parfois obligé de faire au moins 2 shoots, l’un avec une mise au point sur l’arrière plan, l’autre sur le premier plan, et de détourer ce dernier pour l’incruster sur le fond. En général, il s’agit de feuillages ou d’herbes agités par le vent. Vous voyez le problème… même sans bougé, je dois redessiner le fond : en effet lorsque la mise au point est faite sur l’arrière les objets avant, flous, sont plus gros que lorsque le point est fait sur eux. Je dois donc les effacer avant de les incorporer nets.

Restent les nombreux autres problèmes à résoudre dus aux défauts des objectifs: vignetage, barillet…Ils sont maintenant résolus grâce aux récent modules de DXO, photoshop, Nikon capture…On a l'embarras du choix.

A la recherche du jardin d'Eden

J'ai toujours placé aussi un grand nombre d'éléments. Des objets en attente (du retour de l'homme ? Je ne sais pas…) En tout cas tout était immobile, figé, glacé même… parfois inquiétant, comme après une catastrophe. Peu à peu, l'angoisse à fait place à une euphorie. Peut-être cette sensation que j'éprouve devant cette capacité de modeler mes rêves et d'y trouver l'Eden. Alors qu'il y a 2 ans je collectionnais les arbres morts et les ciels d'orage, je collectionne maintenant les arbres en fleurs et les ciels bleus au soleil couchant.


« Le droit chemin »


« Le droit chemin » détail 1

 Bien sûr sur la table; la pomme entamée de la tentation, le serpent, un chat


« Le droit chemin » détail 2


« Le droit chemin » détail 3

 

 


« Péché originel »


« Péché originel » détail 1


« Péché originel » détail 2


« Péché originel » détail 3

La pomme croquée, le serpent, les vêtements derrière la botte de foin

 

 

Souffle de vérité


« Souffle de vérité »


« Souffle de vérité » détail 1

La feuille qui flotte au dessus de la table de la cène et ses 13 chaises vides, c'est un passage de l'évangile selon St Jean que je vous laisserai lire. C'est l'attente et la fidélité récompensée (symbolisée par les chiens dans fleurs)


« Souffle de vérité » détail 2

Commémoration


« Commémoration »


« Commémoration » détail

Un paysage totalement recomposé à l'image que je me fais de l'Eden, tout a été rajouté peu à peu numériquement : les arbres, les fleurs, les bougies, l'icône, le raisin, les colombes.

A ce sujet, mon travail est de plus en plus une lente élaboration devant l'ordinateur ou les éléments s'ajoutent les uns après les autres et l'image est très loin du premier shoot. Je vous décrirai à la fin le processus de création d'une image. ("filiation")

Vraisemblance

Voilà, ces images sont donc très fabriquées, recomposées. Nous sommes loin de l'instantané. J'ai voulu que cela reste de la photographie, ou du cinéma en arrêt sur image, que l'on y croit : j'ai donc veillé à rester dans la plus grande vraisemblance photographique possible : respect des ombres, des reflets, des défauts de la réalité.

Il reste toujours des détails qui ne collent pas. Ces images ne sont pas encore achevées et je ne sais pas quand elles le seront. A chaque fois que je regarde une image, je trouve un petit défaut. Difficile à déceler.

Contraintes

Arrêter le temps… dans le cas de ces prises de vue, ce n'est pas si facile. En effet, prendre 400 vues ne se fait pas en 1/30 de seconde. Plutôt ½ heure. Les cieux tourmentés que j'aime ne m'attendent pas. Parfois la magnifique lumière d'un éclairci ne dure que quelques minutes. A peine le temps de démarrer la série de shoots. La pluie se met aussi de la partie. Et surtout même dans les meilleures conditions, les nuages bougent, changent, et vite… ce qu'il y a de plus fugace, c'est un coucher de soleil. Le temps de faire le tour d'horizon, et il a disparu. Je suis donc obligé de changer de méthode : je commence à prendre le ciel dans son panorama bien avant que le soleil soit à l'horizon. Quand ce dernier se couche, je quadrille alors le ciel tout autour, puis le réincorpore dans le panorama. Au début je prenais ces photos dans l'urgence, je sais maintenant qu'il faut vraiment prendre le temps. A gagner quelques minutes à la prise de vue, je risque d'avoir des variations de lumière ou des trous (clichés manquants). Les réparer va prendre plusieurs jours de travail derrière l'ordinateur.

Lorsque je me promène dans un lieu, je me déplace, laisse aller mon regard, m'approche, m'éloigne, prend connaissance et possession de l'endroit, mais le temps fuit : tout m'échappe, la lumière change, les animaux se cachent, la nuit tombe. Je ne suis pas sûr de retrouver ce moment.

J'ai essayé de fixer le temps dans toutes ses dimensions et dans toute sa richesse. Confronté maintenant aux problèmes d'expositions de ce travail, je m'aperçois qu'il tient de l'installation autant que de la photo. En effet, je ne veux pas le montrer en petit format car il perd son intérêt. La dimension des tirages est telle qu'elle pose de nombreux problèmes techniques : taille des machines de tirage, support de collage, transport, dimensions des salles d’exposition.

Un exemple illustré : Filiation

Un sujet que je voulais traiter depuis longtemps : la ressemblance étonnante entre mon épouse, sa mère et ma fille. Toujours dans le cadre de la mise en abîme par la photo souvenir, je voulais les représenter à différents âges, tenant chacune le portrait de leur enfant. C'est la que l'on peut dire qu'il y a une démarché photographique ou hyperréaliste dans mon travail, c'est-à-dire que tout n'est pas le fruit de mon imagination comme en peinture; il faut pour que cette idée s'exprime qu'un sujet réel s'impose à moi. Je donne cette précision car à la suite d'une conférence que j'avais donné aux Beaux Arts de Paris, un forum de discussion s'était ouvert sur l'excellent site d'Henri Peyre : www.galerie-photo.com . Mes propos (mes photos, loin d'être des instantanés, sont entièrement recomposées) étaient comparés à ceux de Mario Giacomelli « Ce qu’on ne comprends pas, c’est que ce n’est pas moi qui fait les images, ce sont les images qui me choisissent». Ma position n'est pas éloigné de cela : j'ai tout d'abord besoin pour élaborer un image de rencontrer des sujets qui m'interpellent, d'être choisi par des paysages. La magie de la somme d'éléments hasardeux qui font une bonne photo est essentielle. S’ils ne sont pas tous présents, je les rajouterai, mais il en faut. Une atmosphère doit se dégager du lieu pour qu’il soit inspirant. Je ne fais pas de l’image de synthèse, au contraire, je m’appuie sur le réel et ses défauts. Ils sont essentiels, je ne les gomme pas. La perfection sans défaut perd sa réalité.

Revenons donc à l’image. J’ai pris celle-ci comme exemple car c’est la dernière que j’ai faite, alors que je préparais ma conférence. J’ai donc fait au fur et à mesure des captures d’écran pour vous montrer l’élaboration de l’image. Dans ce cas précis, elle est très recomposée comme vous allez le voir.


allée de cerisiers

Le décor, je l’ai trouvé dans une allée de cerisiers en fleurs (mon épouse est d’origine asiatique). Cette allée était en pleine ville, avec un environnement très laid ; il fallait un peu d’imagination. Heureusement les fleurs sont magnifiques, en gros plan.


Branches


Détail allée de cerisiers

J’ai choisi ce lieu car je voulais une allée très régulière et de jeunes cerisiers qui fleurissent beaucoup plus.

Vous avez vu plus haut ce que j’ai obtenu par assemblage dans photoshop. Voici maintenant ce que donnait Stitcher en projection plane :


Allée de cerisiers en projection plane avec Stitcher

Je me suis aperçu alors que l’allée était trop étroite pour contenir tous mes personnages. Je voulais qu’il y ait une allée par destinée, c'est-à-dire trois. Je suis donc allé chercher une deuxième allée que j’ai assemblée à nouveau.


Allée 2

Chaque allée est constituée de plusieurs centaines d’images et l’assemblage est très fastidieux, sans parler du détourage de toutes les fleurs, feuilles etc. Il faut même détourer le ciel puisqu’il est différent derrière chaque allée. Chacune de ces dernières fait déjà 1 bon Go de taille. La troisième, je l’ai recrée à partir des 2 autres par symétrie et clonages (j’aime bien recréer ainsi cette symétrie que l’on trouve dans la nature, une symétrie apparente qui n’en n’est pas car il y a d’imperceptibles différences comme sur un visage humain ou sur les ailes d’un papillon. Pour cela je duplique, inverse et modifie surtout des éléments très visibles au premier abord, comme les grosses branches à la tête des arbres). Puis je photographie des troncs et des branches en divers endroits et les ajoute à mon image.


Planche de tronc et cerisiers


Branches de cerisiers


Divers assemblages de cerisiers

Voici la première étape :

Il me faut maintenant un sol pour unifier cela, une immense pelouse, l’endroit idéal sera un golf.


golf

J’ai recréé sur l’herbe les ombres des arbres avec un masque de luminosité.


assemblage 3 allées et golf

Je suis ensuite aller chercher dans mon stock des fleurs de mon jardin des massifs de rhododendrons, et j’ai commencé à composer mon jardin imaginaire.


massif fleurs 1


massif fleurs 2


massif fleurs 3


massifs de fleurs assemblés


massifs de fleurs assemblés et intégrés


massifs de fleurs assemblés et herbe du golf

Cette partie du travail est très euphorisante mais que de détourage ! J’ai beaucoup fait de duplications et clonages, toujours pour créer cette symétrie et cet effet de répétition. J’aime ces répétitions car elles ont quelque chose d’hypnotisant, d’onirique, un peu hallucinant. J’ai tordu un peu les perspectives en clonant aussi les allées, en les faisant descendre et monter, se chevaucher. L’espace est empli de végétation, c’est un délire floral. Mais il manquait un vieux cerisier, un tronc qui ait du vécu.


Vieux cerisier

Je l’ai trouvé, l’ai photographié sous 2 faces (encore 2 fois 150 photos assemblées), puis l’ai incrusté à droite et à gauche, non sans quelques difficultés dues aux grosses différences d’éclairage et de taille de fleurs.

Le décor est fin prêt pour accueillir mes 3 personnages. Je les ai photographiés dans mon jardin, dans la même robe, portant chacun un cadre.


planche Emmanuelle


mise en place des 3 personnages


Intégration des 3 personnages

Après quelques modifications de couleurs de robe, je les ai placés, et j’ai rempli les cadres avec des portraits plus anciens.



Planche de portraits de Paul


3 personnages dans le décor

Comme je vous l’ai dit, la construction de l’image évolue au fur et à mesure. Je voulais que chacune dans son allée progresse sur le chemin de la vie. Il me fallait donc les prendre à différents âges. Là, c’était plus difficile parce que j’étais obligé de récupérer d’anciennes photos argentiques. L’éclairage, le grain, tout est différent. En ce qui concerne ma belle-mère, je n’ai pu avoir que d’anciennes photos noir et blanc avec beaucoup de grains, et avec un éclairage d’intérieur très artificiel. Il m’a donc fallu les colorier, dé tramer et refaire un éclairage dans photoshop.


Planche de portraits anciens


Planche d’intégration des personnages

J’ai récupéré à cette occasion une photo de l’arrière-arrière-grand-mère indochinoise qui présente une certaine ressemblance avec mon petit-fils et l’ai aussi intégrée dans un cadre que porte ma fille. Pour elle et mon petit fils qui n’ont pas encore beaucoup changé d’âge, j’ai plutôt joué des changements d’attitude immédiats.


Essais intégration Grand-mère


Mère

Reste à vérifier les problèmes de perspective. C’est souvent cela qui rend l’image fausse : de mauvaises proportions. J’établis donc une ligne d’horizon, des points de fuite, et fait coller les dimensions de ces personnages aux lignes de fuite.


tracé des lignes de fuite de la perspective


Ce n’est pas fini. Il me faut faire un reflet. L’eau, le miroir, puissant élément de symétrie et d’évasion, s’impose. J’ai donc sillonné les rivières de ma région pour trouver un bord d’eau assez dégagé, près d’une prairie. Ce n’est pas si facile à trouver que je l’aurais cru !

Il faut ensuite découper l’image en 6 pour créer des reflets sur des images pas trop lourdes ( de l’ordre du Go quand même…)


Découpe de l’image en 6


Création du reflet

J’ai ensuite créé l’eau par symétrie, et différents filtres océan/ondulation/soufflerie/flou/bruit. Et, pour finir, l’outil doigt…


Le reflet finalisé


Détail 1 du reflet


Détail 2 du reflet

Beau petit voyage dans les formes et les couleurs. Ce que j’essaie d’obtenir dans ces hyperphotos, c’est que chacune soit un microcosme dans lequel on peut, en recadrant, retrouver des milliers d’images, se perdre.


Détail 3 du reflet

Pour le coup, je me sentais perdu dans cette image, il manquait un cadre, un premier plan, quelque chose de masculin par contraste.

Troncs

J’ai donc photographié ces 2 troncs. C’était ce fameux mois de mai pluvieux, et j’ai du attendre 3 semaines. Chaque tronc est constitué d’une cinquantaine de photos.

Cela a été compliqué car il m’a fallu m’approcher à un mètre cinquante, avec un téléobjectif, et balayer le champ du sol jusqu’à environ 5 mètres de haut, d’où un gros problème de perspective. Comme je vous l’ai dit, je n’étire pas les photos dans ces cas là pour ne pas donner d’effet grand angle et altérer la qualité de l’image. Je grossis donc les troncs au sommet par clonage.

 

Pour terminer le cadre et pour que l’incrustation des arbres soit plus naturelle, il me fallait des plantes en premier plan, j’ai donc photographié des plantes d’eau (re-assemblage, détourage…fastidieux !).


Plantes d’eau

A cette occasion j’ai trouvé un nid : c’est la magie du hasard en photo ! Dans ce cas, c’est bien le sujet qui s’impose à moi, et pas l’inverse.


Nid

J’ai enfin perdu pas mal de temps sur le rhododendron à gauche que j’ai finalement recouvert de feuillage. Ces très gros plans sont difficiles à réaliser car chaque feuille, chaque pétale, n’a pas la même netteté que celui qui l’entoure à cause de la très faible profondeur de champ.


Pb de profondeur de champ sur le rhododendron

 


« Filiation » terminée

 

Conclusion: un retour aux origines.

Pour conclure, je voudrais dire que ce travail hyperréaliste est aussi en quelques sorte un retour aux origines.

Lorsque la photographie fut découverte, ce fut surtout une curiosité. Ses inventeurs, Niepce et Talbot, surpris par le résultat, n'ont pas compris tout de suite l'intérêt immédiat de ce qu'ils ont obtenu. Des peintres furent les premiers à se saisir de cette technique, non pour en faire un art mais comme instrument, dans la continuité de la camera obscura.

Mon arrière grand père Jules Alexis Muenier, peintre Franc-comtois (1863-1942) de cette époque, nous a laissé des centaines de photographies sur plaques de verre de personnages, de paysages, de clochers, de meubles. C'est lui qui est présent dans Racines.

Dans son ouvrage récent - Beyond impressionism, the naturalist inpuls -, Gabriel P. Weisberg, professeur d'histoire de l'art à l'université du Minnesota (Harry N. Abrams inc. Publishers, NY) explique que, au moyen d'une lanterne magique, il projetait ces clichés sur sa toile pour les reproduire et composer son tableau. Les peintres naturalistes de Franche Conté procédaient ainsi, en cachette bien sûr, car le procédé était honteux et secret…ces premiers photographes peintres avaient déjà ainsi leurs catalogues de cliché et recomposaient leur paysage en atelier.

Gustave Legray (1820 - 1882) faisait déjà des panoramas en juxtaposant ses clichés. Lors de la récente exposition de son œuvre a la Bibliothèque Nationale, nous pouvions constater qu'il recomposait ses images car on retrouvait le même ciel sur des images différentes.


« Panorama du camp » de Gustave Legray »

Observez de William Henry Fox Talbot (1800-1877) The Haystack (La Meule de foin) :

La planche X de « The Pencil of Nature » veut faire la preuve que la photographie peut reproduire « une multitude d’infimes détails qui ajoutent à la vérité et au réalisme de la représentation et qu’un artiste ne pourrait prendre la peine de copier fidèlement d’après nature ».

Citons enfin le peintre David Hockney : fasciné par le Grand Canyon, il l'a beaucoup peint, et l’a aussi reproduit par assemblages de polaroïds.

 

Ce qui m’intéresse, c'est la poésie, l'évasion. Il y a peut être une réflexion sur la présence de l'homme sur la terre, une inquiétude, mais je laisse les autres commenter cela.

Vous pourrez voir mon travail complet et la conférence en ligne
sur www.hyper-photo.com .

Un DVD sort prochainement présentant ce travail et contient des explications illustrées.

Un livre sur les 40 hyperphotos réalisées de 2002 à 2006 (160 pages 30 x 42 cm) a été édité en édition limitée à l’occasion des rencontres 2006 de Arles. Il sera aussi réédité prochainement. Demandez sur le site (contact).

 

   

 

dernière modification de cet article : 2006

 

     

 

tous les textes sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs
pour toute remarque concernant les articles, merci de contacter henri.peyre@(ntispam)phonem.fr

une réalisation phonem

nouveautés
galerie
technique
matériel
stages
adresses
librairie
boutique amazon
magasin arca-swiss 

plan
forum
liens
contact
radio-labo

abonnement gratuit
recherche sur le site
(chargement lent en première utilisation - veuillez patienter)