[abonnement gratuit]

l'auteur

Sandy King est professeur d’espagnol à la Clemson University de Clemson en Caroline du Sud. Il est titulaire d'un doctorat en langues et littératures romanes de la Louisiana State University de Baton Rouge. Sandy est photographe, historien de la photo, et l’un des meilleurs spécialistes mondiaux du tirage au charbon. Il est l’auteur de « El impresionismo fotográfico en España : Una historia de la técnica y de la estética de la fotografía pictorialiseta », trad. José Luis Gil Aristu, dans « Archivos de la Fotografía », Vol. IV. No. 1, Zarautz (Espagne), « Photomuseum » (Argazki Euskal Museo), 2000, « Schmidt de las Heras : Fotografías 1944-1960 », La Coruña (Espagne), Xunta de Galicia, 1999, « El libro del carbón : Introducción y Guía de Trabajo para la Impresión en Carbón Monochromo », trad. Luis Segura Sellés, Novelda (Espagne), dans « Cuadernos de Fotografía Alternativea », 1998, « The Photographic Impressionists of Spain : A History of the Aesthetics and Technique of Pictorial Photography”, New York, The Edwin Mellen Press, 1989, et “The Book of Carbon and Carbro : Contemporary Procedures for Monochrome Pigment Printmaking”, Greenville, SC, Permanent Light System, 2000. Sandy a également publié de nombreux articles sur l’esthétique de la photographie et sur le tirage, en particulier des articles sur le procédé au charbon dans les numéros de septembre/octobre et novembre/décembre 2001 de Photovision. Il a également publié nombre d’articles sur les techniques photographiques sur plusieurs sites web.

Première publication en anglais de cet article en octobre 2003 dans la revue en ligne Unblinking eye. On pourra lire l’article original en anglais ici :  http://unblinkingeye.com/
Articles/PCat/pcat.html

Nous remercions Sandy King pour son aimable autorisation de traduction et de publication dans Galerie-photo. Nous remercions également Ed Buffaloe, webmestre d’Unblinking eye, pour l’autorisation d’utiliser les images de cet article.
© Sandy King 2003

 

Contenu

Introduction aux révélateurs colorants 
L'usage du pyro dans l'histoire 
L'usage des révélateurs colorants à l'époque contemporaine 
Les avantages des révélateurs colorants : hypothèses et constatations 
Les aspects négatifs des révélateurs au pyro 
Le Pyrocat-HD est-il meilleur que d'autres révélateurs ? 
La formule du Pyrocat-HD 
Variantes de la formule 
Procédure de développement 
Le Pyrocat-HD 
L'intensité et la couleur de la teinte du pyrocat-HD 
Différence entre coloration d'image et coloration générale 
Davantage d'informations sur la coloration 
Le papier argentique à grades fixes 
Le papier argentique à contraste variable 
Le papier Azo 
La coloration du pyrocat-HD et d'autres révélateurs au pyro 
Comparaison de l'ABC Pyro avec le pyrocat-HD 
Procédés alternatifs 
Temps de développement recommandés 
Notes 

 

 

 

article traduit par

Jimmy Peguet 
Né en 1954, responsable d'un atelier de fabrication de cadres dans l'Indre. Photographe spécialisé en chambre grand format. Passionné de tirage platine par contact.
4 rue des Minimes, 36100 Issoudun. Tél 02.54.21.30.88
mail : jimmy.peguet(antispam)wanadoo.fr

 

 

 

Une introduction aux révélateurs colorants au Pyro, 
avec une attention particulière pour le Pyrocat-HD.

 

 Par Sandy King

Introduction aux révélateurs colorants au pyro 

Le Pyrocat-HD fait partie des révélateurs colorants au Pyro, lesquels comprennent l'ABC Pyro, le Rollo Pyro, le PMK et le WD2D+. L'usage des révélateurs au pyro est un sujet qui semble ranger les photographes dans des camps opposés. D'un côté ceux qui trouvent des qualités extraordinaires, sinon magiques, à ces révélateurs, comme de très forts effets de bord, une séparation accrue des détails dans les hautes lumières, une meilleure séparation des ombres, une meilleure résolution d'image et une structure du grain plus fine qu'on ne pourrait obtenir avec des révélateurs conventionnels, de l’autre ceux qui insistent sur le fait que les révélateurs conventionnels sont capables de résultats comparables.

Nous allons passer en revue dans cet article l'usage historique des révélateurs au Pyro, comparer plusieurs de ces révélateurs d'usage courant aujourd'hui, et fournir des instructions détaillées pour la fabrication et l'usage du Pyrocat-HD, à notre avis le plus propre et le plus régulier de tous les révélateurs colorants.

 

L’usage du pyro dans l'histoire

Tous les révélateurs colorants contemporains sont basés soit sur le Pyrogallol, soit sur la Pyrocatéchine (Pyrocatechol) comme principal agent réducteur. Le Pyrogallol a été utilisé comme révélateur des plaques photographiques durant plus longtemps que n'importe quel autre révélateur organique. Présenté par Regnault en 1851, il a été utilisé en premier en photographie par Frederick Scott Archer la même année pour développer sa nouvelle invention, la plaque au collodion humide. Il est devenu le révélateur de loin le plus populaire au XIXème siècle, et a été le révélateur utilisé par les plus importants photographes de l'Ouest américain travaillant sur plaques humides, parmi lesquels William Henry Jackson, T. H. O’Sullivan and Carleton E. Watkins, tous utilisant des dimensions de plaques allant de 11x14 jusqu'à 18x22 pouces.

La Pyrocatéchine, également appelée Pyrocatechol ou parfois simplement Catéchine ou Catechol est apparue en 1880, mais n'a pas été aussi largement utilisée aux USA que le Pyrogallol, en dépit du fait qu'elle est considérée comme plus stable et plus fiable.

Après 1910 environ, le Pyrogallol a perdu de sa popularité et a été en grande partie remplacé par d'autres substances révélatrices. Le Pyrogallol était généralement perçu comme le révélateur qui donnait « le plus de tranchant et une séparation plus définie des tons que n'importe quel autre révélateur »(1), et était en même temps considéré comme le plus flexible de tous les agents, capable de produire des négatifs à fort contraste en solutions concentrées, et des résultats doux et délicats avec des solutions plus diluées. Le Pyrogallol possède toutefois un certain nombre de caractéristiques qui ont mené à sa perte de popularité. Il est stable seulement en solution acide, et quand il est mélangé à des formules à haute teneur en sulfite et/ou carbonate, il se détériore rapidement. Dans toutes les formules, la solution de travail s'oxyde rapidement et a une courte durée de vie, une caractéristique qui peut mener à une forte coloration générale due à l'oxydation aérienne. Plus important, l'intensité de la coloration de l'image, qui est affectée par le type et la force de l'agitation, la quantité de préservateur dans le révélateur, et la quantité de révélateur utilisée pour une surface donnée de film, peut être difficile à contrôler. Enfin, lorsque le Pyro est la seule substance révélatrice dans une formule, la perte de sensibilité du film est considérable. A l'époque où le développement des films s'effectuait d'une façon moins scientifique qu'aujourd'hui, il était difficile, voire impossible de contrôler tous ces facteurs et d'aboutir à des résultats réguliers avec le Pyro. L'usage de révélateurs non colorants supprimait certains des problèmes induits par une coloration irrégulière mais au prix de la perte de cette coloration, caractéristique à l’origine des qualités uniques des tirages au Pyro.

L'usage des révélateurs colorants à l'époque contemporaine

Durant plusieurs décennies, on s’est principalement appuyé sur la formule au Pyro classique connue sous le nom d'ABC Pyro. La formule de l'ABC a été utilisée par de nombreux photographes de la Côte Ouest, parmi lesquels Edward Weston et Morley Baer, et est encore défendue aujourd'hui par Michael Smith pour le tirage par contact sur AZO. On dit de l'ABC qu'il est le plus difficile et le plus capricieux des révélateurs au Pyro, mais qu'il est en même temps capable d'excellents résultats « inégalés par la plupart des autres formules au Pyro pour la gradation tonale et la subtile séparation des hautes lumières »(2).

Le premier révélateur au Pyro formulé pour les films modernes, le WD2D de John Wimberly a été présenté en 1977 dans Peterson’s Photographic. La formule de Wimberly, qui utilise le Génol en combinaison avec le Pyrogallol, ne donne pas de perte de sensibilité du film et se tire avec en donnant un grain moins apparent que les formules plus anciennes comme l’ABC Pyro. Elle est encore utilisée aujourd’hui par de nombreux photographes et est disponible auprès du magasin Photographer’s Formulary aux USA dans une version modifiée appelée WD2D+.

L’intérêt pour le Pyro aujourd’hui est dû principalement à la formule PMK de Gordon Hutchings, présentée au public pour la première fois dans un long article de View Camera en septembre-octobre 1991, et promue depuis lors dans The Book of Pyro, publié fin 1991. Hutchings décrit le PMK comme un révélateur universel, facile à utiliser, pensé pour obtenir une coloration d’image maximum et une coloration générale minimum. Durant le développement dans le PMK, une coloration d’image jaune-vert apparaît dans les parties du négatif ou l’argent a été réduit, cette coloration étant proportionnelle à la quantité d’argent : elle est moins forte dans les ombres, où la densité d’argent est moindre, elle est plus élevée dans les hautes lumières. Quand on tire le négatif, cette coloration augmente la densité de tirage, la densité totale du négatif étant égale à celle de l’argent plus celle de la coloration. Le résultat est que la coloration masque le grain en remplissant l’espace entre les particules d’argent, produisant une acutance accrue et une meilleure tonalité sur le tirage final. On peut voir cet effet sur des négatifs de toutes tailles, mais son effet est particulièrement important sur les films 35 mm et de moyen format. Steve Simmons décrit cet effet de la façon suivante : « En d’autres termes, il n’y a pas de coloration générale qui agirait comme du voile, mais une coloration qui ajoute une densité supplémentaire, cette coloration augmentant plus on monte dans l’échelle tonale. En conséquence, la densité d’argent dans les hautes lumières est plus faible qu’avec un révélateur conventionnel, la densité supplémentaire nécessaire pour produire les hautes densités étant donnée par la coloration. Cette valeur « plus légère » des hautes densités va produire des hautes lumières merveilleusement claires et délicates sur le tirage, différente des tonalités que peut produire un révélateur sans Pyro. »(3)

Ces dernières années, trois nouveaux révélateurs au Pyro ont été présentés : le Rollo Pyro ou ABC+, le DiXactol et le Pyrocat-HD. Le Rollo Pyro a été présenté en 1997 par Harald Leban sous le nom d’ABC+, mais est maintenant commercialisé en tant que Rollo Pyro par Photographer’s Formulary. Le Rollo Pyro est un révélateur très énergique, qui réduit environ de moitié les temps de développement que demande le PMK. Il fonctionne bien pour le traitement en rotation, produisant moins de coloration générale tout en gardant la sensibilité de film du PMK.

Le DiXactol est un révélateur à la Pyrocatéchine développé par Barry Thornton (NdT : Barry Thornton est malheureusement décédé peu de temps après la publication de cet article) et commercialisé comme formule propriétaire par Photographer’s Formulary. On l’utilise principalement en révélateur deux bains.

Le Pyrocat-HD a été conçu par l’auteur et présenté en 1999 dans un article publié dans Post-Factory Photography. Une formule révisée est disponible depuis 2000 dans la revue en ligne Unblinking Eye et le révélateur est également disponible en kit chez Photographer’s Formulary aux États-Unis et auprès de Lotus Camera en Europe. Le Pyrocat-HD est basé comme le DiXactol sur la Pyrocatéchine, mais il contient aussi une petite quantité de Phénidone qui renforce fortement l’effet de la Pyrocatéchine.

Les avantages des révélateurs colorants : hypothèses et constatations

Les affirmations des défenseurs des révélateurs colorants sont basées à la fois sur des études empiriques et sur des conclusions théoriques. Les plus importantes sont les suivantes :

1. Comme la coloration de l’image est proportionnelle à la densité d’argent, la coloration masque le grain, ce qui améliore la tonalité de l’image et réduit la granularité, particulièrement visible dans les hautes lumières.

2. La séparation des hautes lumières, la définition et l’acutance sont plus élevées, car le Pyro produit un effet de bord plus marqué que d’autres révélateurs. Ceci est dû au fait qu’il y a très peu de migration des halogénures d’argent durant le développement, ce qui a pour effet une réduction plus précise qui améliore la définition, et parce que le Pyro tanne et durcit la gélatine durant le développement, réduisant ainsi les effets de l’irradiation (la dispersion de la lumière dans l’émulsion) et le développement contagieux (l’argent se diffuse au-delà des limites exactes de l’image).

3. Lors du tirage sur papier à contraste variable, la coloration du Pyro, qui est toujours proportionnelle à la densité d’argent, fonctionne comme un masque variable en continu qui réduit le contraste du tirage, spécialement dans les hautes valeurs. Ceci permet aux ombres et aux gris moyens de se tirer sans compresser ou bloquer les hautes lumières, réduisant donc le temps passé à maquiller.

 4. Les révélateurs au pyro sont idéaux pour les photographes qui veulent faire un double usage de leurs négatifs, c’est-à-dire aussi bien tirer ces négatifs sur des papiers argentiques que grâce à des procédés alternatifs comme le platine ou le palladium. Ceci est impossible avec des révélateurs traditionnels, le platine-palladium demandant des négatifs avec des écarts de densité beaucoup plus importants que les papiers argentiques. Toutefois, un négatif coloré possède essentiellement deux écarts de densités pour le tirage, un pour la lumière bleu-vert utilisée en tirage argentique, l’autre pour la lumière ultraviolette utilisée avec les procédés alternatifs. Lorsqu’on on tire en argentique sur des papiers à contraste variable, la coloration, plus importante dans les hautes lumières, compresse les tonalités et fonctionne comme un filtre variable en continu, permettant de larges possibilités de contraste. D’un autre côté, avec les procédés alt, la coloration agit comme un filtre actinique UV très efficace, augmentant les temps d’exposition jusqu’à un plein diaphragme, et faisant monter le contraste en ajoutant environ 0,30 de densité, voire plus, vers le sommet de la courbe. Le résultat est qu’un négatif coloré se tirera en lumière UV avec un écart de densité beaucoup plus important qu’en argentique. C’est un fait connu depuis longtemps, comme nous pouvons le lire dans Les Journaux d’Edward Weston, où il écrit lors de son séjour au Mexique qu’il pense pouvoir tirer ses négatifs au Pyro en platine et en argentique.(4) Un récent article de Bob Herbst dans View Camera fournit une base sensitométrique pour comprendre ce phénomène avec plus de précision.(5)

Les aspects négatifs des révélateurs au pyro

Les révélateurs colorants n’ont pas été universellement acceptés par la communauté photographique pour plusieurs raisons : 

1/ le Pyrogallol est un produit chimique très toxique, 
2/ la pratique de la sensitométrie avec des négatifs colorés est plus compliquée qu’avec des négatifs traités de manière conventionnelle, et 
3/ de nombreux photographes rejettent tout simplement l’idée que des négatifs traités au Pyro puissent être différents des autres. Nous allons maintenant examiner en détail chacune des objections aux révélateurs au Pyrogallol et à la Pyrocatéchine.

La toxicité

Le Pyrogallol et la Pyrocatéchine sont tous les deux des produits chimiques très toxiques. Toutefois, les premiers risques pour les photographes étant l’absorption cutanée et l’inhalation de la poudre, chacun de ces risques peut être facilement évité. Toujours porter des gants de latex en traitant les films en cuvette, et travailler à l’extérieur ou dans une pièce bien ventilée pour fabriquer la solution de Pyrogallol ou de Pyrocatéchine. En suivant ces règles simples, et en se servant de son bon sens, les dangers potentiels pour la santé associés à l’usage de ces produits sont virtuellement éliminés.

Les révélateurs colorants et la sensitométrie

La mesure de la densité par transmission des révélateurs colorés, qui consiste en densité de l’argent plus densité de la coloration, est plus difficile à interpréter que celle de négatifs traités conventionnellement. Visuellement, un négatif au Pyro peut paraître plat, mais cela est trompeur parce que la coloration du Pyro augmente en fait l’écart de densités du tirage de 0,30 à 0,50 log. Malheureusement, la coloration ne peut pas être lue par les densitomètres qui mesurent simplement la lumière blanche. Mesurer précisément la densité de la coloration demande un densitomètre couleur réglé sur le canal bleu si on tire sur des papiers argentiques ou un densitomètre capable de lire les densités dans l’UV si on tire avec un procédé alternatif. Quelques densitomètres noir et blanc peuvent lire la densité de la coloration pour l’argentique en leur adjoignant un filtre absorbant le bleu-violet, comme par exemple un Schott BG-28, 47 ou 47B. Quand on se sert d’un densitomètre avec des négatifs colorés pour tirer sur papier argentique, il faut garder à l’esprit qu’une lecture dans le bleu donnera seulement une indication approximative de la densité réelle de tirage du négatif. Ceci est dû au fait que les papiers argentiques, bien que d’abord sensibles à la lumière bleue, ont également une sensibilité considérable aux UV, au violet et au vert qu’un densitomètre qui lit seulement dans une bande étroite du bleu ne peut mesurer. Ce problème s’accroît encore avec les papiers à contraste variable qui ont, en plus d’une couche d’émulsion à haut contraste sensible au bleu, une couche pour le faible contraste sensible au vert.

La situation est bien meilleure avec les procédés alt, qui ont la majeure partie de leur sensibilité dans la bande UV. En pratique, il s’avère qu’un densitomètre lisant dans l’UV donne une indication très précise de la densité d’un négatif coloré, quelque soit la couleur de la coloration

 

 


Figure 1 : Un négatif JandC 200 développé dans le Pyrocat 2 :2 :100

   

 

La Figure 1 montre plusieurs choses importantes sur un négatif coloré au Pyro. Les trois courbes sont celles d’un même négatif. On voit d’abord la différence de contraste entre les trois. La courbe noire est celle d’un densitomètre lisant en mode Visuel (lumière blanche) et représente uniquement la densité de l’argent. La courbe rouge est celle d’une lecture dans le canal bleu, et indique la densité de l’argent plus celle de la coloration telle que la verra un papier argentique. La courbe verte est celle d’une lecture dans l’UV, la densité totale étant celle de l’argent plus celle de la coloration telle que la verra un procédé alternatif. On notera que la coloration est proportionnelle à la densité d’argent, elle est moins importante dans les ombres du négatif, et devient plus forte plus on monte dans les hautes lumières.

Les négatifs au pyro ont-ils un rendu différent au tirage ?

Beaucoup de photographes considèrent les avantages cités par les défenseurs des révélateurs au Pyro (effets de bord, micro-contraste, meilleure séparation des hautes lumières) comme subjectifs et non prouvés, en arguant du fait que si la courbe d’un négatif coloré ressemble à celle d’un négatif traité conventionnellement, le résultat ne sera pas différent sur le tirage. Les experts ne sont pas d’accord sur le sujet. Steve Simmons, dans un entretien à View camera, a demandé à Phil Davis, auteur de nombreux livres et articles sur les aspects techniques de la photographie, « Diriez-vous, s’il était possible de créer les mêmes courbes avec un film développé dans un révélateur classique, et le même film développé dans le PMK, que les tirages seraient identiques à l’œil ? » ? Ce à quoi Davis a répondu  « Pour répondre aussi objectivement que possible à votre question, je dirais que s’il était possible de produire deux courbes de film identiques pour le même film avec le PMK et un autre révélateur, si on faisait coïncider deux niveaux de densité ou plus, et si on menait les tests à l’aveugle avec un échantillon honnête de lecteurs, je pense que les tirages seraient jugés indiscernables »(6). Répondant à la même question, Gordon Hutchings, qui a développé et popularisé le PMK, est en désaccord avec Davis, disant que « Deux tirages de gamma identique issus de deux négatifs Pyro et non-pyro se ressembleraient-ils ? Absolument pas. S’il n’y avait pas de différence entre révélateurs, nous n’en aurions jamais eu besoin que d’un seul. »

Les tirages issus du Pyro ont-ils un aspect différent de ceux issus d’autres négatifs ? Il me semble que la plupart des tenants du Pyro répondraient « oui » à cette question. Il paraît clair pour quelque raison que ce soit, effets de bord, séparation des hautes lumières, acutance, ou bien simplement à cause de ce « mystère du Pyro » dont parlent certains, que l’expérience et les observations d’un grand nombre de photographes amènent à la conclusion qu’il y a bien quelque chose d’unique et d’intéressant dans les qualités des tirages issus de négatifs au Pyro. Dans mon travail personnel, je trouve que les révélateurs au Pyro sont un outil extrêmement pratique. Je mets toutefois en garde : l’usage du Pyro est incompatible avec une technique approximative, et les photographes par nature peu soigneux au labo, ceux qui n’ont que peu d’intérêt pour une technique pointue n’auront aucun intérêt à envisager l’utilisation du Pyro. Au contraire, ceux qui abordent l’utilisation du Pyro avec soin, habileté, et sont capables d’affiner leurs procédures de travail peuvent en attendre des résultats réguliers et reproductibles qui leur offriront la possibilité d’élargir considérablement les qualités expressives de leur travail.

Le Pyrocat-HD

Au début du printemps 1998, j’ai commencé à faire des recherches sur un révélateur colorant qui serait à même de servir à différentes applications : traitement en rotation en machine Jobo, en tambours, en tubes BTZS ; en cuve avec agitation intermittente ; en cuves sans agitation ou avec une agitation réduite. Mes expériences avec les formules au Pyrogallol n’avaient guère été couronnées de succès, parce que la rotation menait souvent à des niveaux élevés de voile ou à une coloration irrégulière, cependant qu’une agitation réduite amenait zébrures et zonage. C’est alors que je me suis tourné vers la Pyrocatéchine pour mes essais. Comme le font observer Anchell et Troop dans The film developing Cookbook, la Pyrocatéchine colore et tanne aussi bien que le Pyrogallol, et « est généralement considérée comme plus stable et plus fiable »(8). De plus, la Pyrocatéchine est moins sensible à l’oxydation aérienne que le Pyrogallol. Malheureusement, aucune des formules existantes à la Pyrocatéchine n’a eu autant de succès que certaines des formules au Pyrogallol. Beaucoup utilisent l’hydroxyde de sodium comme accélérateur, et sont, comme le mentionne Troop, « trop alcalines pour les films modernes, tendant à créer un voile inutile »9. Trop d’alcalinité mène également à un accroissement du grain, tout spécialement indésirable en 35 mm et en format 120.

Après plus d’un an d’expérimentation, j’en suis arrivé à la formule du Pyrocat-HD, d’abord publiée dans le numéro 4 de The World Journal of Post-Factory Photography. Je lui ai apporté plus tard des modifications mineures, et la formule est depuis lors disponible sous sa forme actuelle sur http://www.unblinkingeye.com depuis le printemps 1999. Le Pyrocat-HD est actuellement vendu par Photographer’s Formulary aux USA, et par Lotus Camera en Europe. La formule est soigneusement équilibrée et donne, avec une agitation appropriée, des négatifs à haute acutance, une structure de grain très fin, et des effets de bords améliorés lorsqu’on l’utilise avec une agitation réduite. Le Pyrocat-HD permet également un léger gain de sensibilité avec la plupart des films (comparé au PMK et au Rollo Pyro), spécialement dans la dilution 1:1:100.

Le Pyrocat-HD est un révélateur basé sur la Pyrocatéchine et la Phénidone, qui bénéficie de plusieurs avantages évidents sur les révélateurs au Pyrogallol lorsqu’on développe les plan-films en rotation à l’aide de tubes ou de tambours, parce qu’il est moins sujet à une coloration indésirable ou à un développement irrégulier. De nombreux photographes ont également remarqué que le Pyrocat-HD fonctionnait bien en cuvettes ouvertes, et j’en connais quelques-uns qui l’utilisent en développant par inspection, y compris à la brosse. De plus, des tests ultérieurs ont montré que c’était également un excellent révélateur pour les formats 135 et 120, à cause de son acutance élevée et de son grain très serré.

Le Pyrocat-HD est-il meilleur que d'autres révélateurs ?

Je ne suis pas un malade des révélateurs, et ma philosophie en ce qui concerne films et révélateurs a toujours été de m’en tenir à ce qui fonctionnait bien. Il existe plusieurs bons révélateurs colorants, j’ai utilisé et testé la plupart d’entre eux. Le PMK a été mon révélateur principal durant près de dix ans, mais lorsque je suis passé au traitement en rotation, j’ai commencé à rencontrer des problèmes de développement irrégulier, de zébrures et de coloration générale excessive. J’utilise maintenant le Pyrocat-HD depuis environ cinq ans, et je n’ai rencontré aucun de ces problèmes. Ce fait, associé à la grande et régulière qualité de mes négatifs au Pyrocat-HD, sont pour moi la preuve convaincante que le Pyrocat-HD est le plus régulier et le plus exempt d’ennuis de tous les révélateurs colorants. Voici maintenant ce qui le caractérise.

1. Acutance très élevée, grande netteté apparente sur le tirage. Mes tests montrent que l’acutance du Pyrocat-HD est supérieure à celle des autres révélateurs à haute acutance tels que le PMK ou le FX-2.

2. Grain très fin et serré, virtuellement identique au PMK et au FX-2, aussi bien adapté au traitement des roll-films que des plan-films.

3. Action rapide. Le Pyrocat-HD, même en dilution 1:1:100, demande des temps de développement plus courts que le PMK ou le WD2D pour un CI (NdT : Contrast Index, Indice de Contraste en français) équivalent.

4. Il est très propre et produit un très bas niveau de coloration générale, même avec des temps de développement longs. Ce qui en fait un révélateur très attractif pour les procédés alternatifs qui demandent des négatifs avec un très haut CI.

5.  Il est très régulier et ne souffre pas de coloration irrégulière ni de zébrures. On peut l’utiliser en rotation sans aucune crainte de développement irrégulier, de zébrures ou de défauts de coloration.

6. On peut l’utiliser avec une agitation minimale lorsque l’on traite des roll-films en cuve pour obtenir des effets de bords très prononcés qui produiront une grande netteté apparente.

7. Le Pyrocat-HD en dilution 1:1:100 procure un léger gain de sensibilité par rapport à d’autres révélateurs au Pyro lorsque les négatifs sont développés pour le même CI.

8. Le Pyrocat-HD est un meilleur révélateur pour obtenir des négatifs à double usage, c’est-à-dire pour tirer sur papiers classiques argentiques et sur AZO ou pour tirer les mêmes négatifs en procédés alternatifs.

9. En tirant sur des papiers argentiques à contraste variable, le Pyrocat-HD rend les tons moyens les plus élevés et les hautes lumières avec plus de contraste que les révélateurs au Pyrogallol.

10. Le Pyrocat-HD est très économique à l’usage. Mélangé à partir de produits chimiques de base, il revient moins cher que les révélateurs au Pyro, Rollo Pyro, PMK et WD2D.

La formule du Pyrocat-HD

Le Pyrocat-HD se mélange à partir de deux solutions de réserve A et B diluées pour constituer la solution de travail du révélateur. La durée de vie des solutions de réserve est très bonne. La solution A se conserve un an en bouteilles partiellement remplies, la solution B se conserve indéfiniment.

Les solutions de réserve

Pyrocat-HD

Solution de réserve A

Eau distillée

750 ml

Bisulfite de soude

10 g

Pyrocatéchine

50 g

Phénidone*

2 g

Bromure de potasse

2 g

Eau pour faire

1000 ml

Solution de réserve B

Eau distillée

1000 ml

Carbonate de potasse

750 g

Pour préparer la solution de travail, mélanger 1 part de A + 1 part de B + 100 parts d’eau.

* On peut remplacer la Phénidone par 25 g de Génol, au prix d’une légère perte de sensibilité.

 

 

(NdT : par commodité, il peut être plus aisé de préparer des quantités moins importantes des solutions de réserve)

Le mélange des solutions de réserve

Solution de réserve A

1. Commencer avec 750 ml d’eau distillée                                                                                              2. Ajouter 10 g de bisulfite de soude et agiter jusqu’à dissolution. 
3. Ajouter 50 g de Pyrocatéchine et agiter jusqu’à dissolution.
4. Mélanger 2 g de Phénidone avec 5 ml d’alcool isopropylique (on peut aussi utiliser de l’éthanol ou de l’alcool à 90°), mélanger jusqu’à obtenir une pâte, ajouter alors à la solution de réserve et agiter jusqu’à dissolution (NdT : la Phénidone est difficile à dissoudre, on peut le faire sans alcool, mais c’est assez long)
5. Ajouter 2 g de bromure de potasse et agiter jusqu’à dissolution. 
6. Ajouter de l’eau distillée pour faire 1000 ml.

Solution de réserve B

1. Commencer avec 1000 ml d’eau distillée.                                                                                            2. Peser 750 g de carbonate de potasse* et le verser très lentement dans l’eau, en agitant constamment et rapidement. Si on ajoute le carbonate trop rapidement ou si on n’agite pas suffisamment, il sera impossible de tout dissoudre dans les 1000 ml d’eau. En ajoutant le carbonate, il se produit une réaction thermique, la solution va chauffer assez fort. La quantité totale de solution va légèrement dépasser les 1300 ml.

* Le carbonate de potasse est déliquescent, ce qui signifie qu’il absorbe l’eau contenue dans l’air. Il doit être stocké en flacons scellés afin d’éviter cela, sans quoi, en pesant 100 g de carbonate de potasse qui aurait absorbé de l’eau, le poids réel de chimie pourrait n’être que de 60 ou 80 g, ce qui produirait naturellement une solution B moins forte que ne le prévoit la formule.

Les solutions de travail du pyrocat-HD

Pour le développement de négatifs prévus pour tirage sur papiers argentiques, la dilution recommandée est 1:1:100.

1 part A + 1 part B + 100 parts d’eau.

Pour tirage sur AZO et la plupart des procédés alternatifs, charbon, kallitype, Platine/palladium, Van Dyke, albumine, papier salé, une dilution 2:2:100 est recommandée.

2 parts A + 2 parts B + 100 parts d’eau.

Dans beaucoup d’endroits, il n’y a pas de problèmes pour mélanger les solutions de travail avec l’eau du robinet. Toutefois, si on constate des artefacts inhabituels, comme des traînées, des marbrures, une coloration irrégulière, l’usage d’eau distillée est recommandé.

Variantes de la formule

1. Le Génol peut être substitué à la Phénidone dans la formule du Pyrocat-HD, au taux d’environ 10 parts de Génol pour une part de Phénidone. Le changement n’affectera pas l’intensité de la coloration ou l’acutance, mais pourra provoquer une légère baisse de la sensibilité du film. Les temps de développement donnés dans cet article se basent sur la version à la Phénidone du Pyrocat-HD, ils peuvent demander quelques ajustements si on choisit d’utiliser du Génol.

2. Le Carbonate de soude peut être substitué au Carbonate de potasse dans la formule du Pyrocat-HD. Les deux carbonates donnent des résultats virtuellement identiques lorsqu’ils sont utilisés au même poids dans la solution de travail. Toutefois, le carbonate de soude est beaucoup moins soluble que le carbonate de potasse, il doit donc être mélangé en quantité plus faible dans la solution de réserve. Pour préparer une solution B au carbonate de soude, ajouter 200 g de carbonate à 1000 ml d’eau. Pour faire une solution de travail pour l’argentique qui soit équivalente à la dilution régulière 1:1:100 au carbonate de potasse, mélanger 1 part A + 5 parts B + 94 parts d’eau. Pour le alt, la solution de travail doit être diluée 2:10:92 pour correspondre exactement à la dilution 2:2:100 au carbonate de potasse. Pour la plupart des usages courants, on peut simplement diluer les solutions de travail au carbonate de soude 1:5:100 ou 2:10:100 et jouer sur de légers ajustements du temps de développement si nécessaire.

3. Certains utilisent le Pyrocat-HD avec une solution B d’hydroxyde de soude à la place du carbonate. Il semble que cela fonctionne bien, mais l’alcalinité accrue fait légèrement monter le grain avec certains films, il est donc bon de tester avant d’opérer la substitution. Pour faire une solution de travail avec une solution de réserve à l’hydroxyde de soude, diluer 1 part A + 1,5 part B + 100 parts d’eau. Cette solution de travail donne des résultats identiques à la dilution 2:2:100 au carbonate de potasse. Je recommande toutefois à cause de l’augmentation du grain de réserver cette substitution à l’hydroxyde de soude au développement de négatifs destinés au tirage par contact.

Procédure de développement

1. Prémouillage 5 minutes. Le prémouillage n’est pas nécessaire en cuves et cuvettes (sauf dans le cas d’un développement minimal et sans agitation), mais est absolument essentiel en rotation.

2. Pour les temps de développement en tubes, tambours, cuves ou cuvettes, suivre les instructions qui suivent

3. Bain d’arrêt : je recommande l’usage d’un bain d’acide acétique dilué à environ ¼ ou ½ de sa force habituelle. Si le bain d’arrêt est trop puissant, il va réduire la coloration d’image.

4. L’usage d’un fixateur alcalin est recommandé. Le Kodak et l’Ilford Rapid fixer conviennent, ainsi que le Formulary TF-4. J’utilise la formule TF-3 décrite dans le livre d’Anchell et Troop The Film Developing Cookbook.

5. Passage 1 mn dans agent de lavage (hypo-clearing agent). J’utilise une solution à 1% de sulfite de soude (NdT : c’est-à-dire 10 g de sulfite pour 1000 ml d’eau), mais n’importe quel produit du commerce fera l’affaire.

6. Terminer par 30 minutes de lavage en eau courante.

Ne pas utiliser de bain alcalin après le fixage, comme le recommande Hutchings pour le PMK. Mes tests ont montré que la coloration obtenue avec ce bain post-fixage est essentiellement du voile, ou de la coloration générale. Cette coloration ne fait qu’augmenter les temps de tirage et n’améliore en rien les qualités du tirage.

Le Pyrocat-HD est capable d’extraordinaires résultats avec toutes sortes de méthodes de développement. Il peut y avoir quelques différences de procédure spécifiques à chaque méthode.

Développement des plan-films en cuvette

Grâce à sa grande résistance à l’oxydation aérienne, le Pyrocat-HD est un excellent révélateur pour le traitement en cuvettes. Les négatifs développés en cuvettes, même avec de longs temps de développement, n’auront que très peu de coloration générale. Ceci est dû au fait que le Pyrocat-HD, au contraire des révélateurs au Pyrogallol, n’est pas très sensible à l’oxydation aérienne, généralement considérée comme la principale cause de coloration générale. Afin d’éviter les rayures sur les négatifs, je recommande de ne développer qu’une feuille par cuvette, mais ceux qui ont de l’expérience dans le développement d’une pile de feuilles pourront évidemment traiter de cette façon. Pour un développement régulier, utiliser une cuvette une taille au-dessus de celle des films : 24x30 pour le 13x18, 30x40 pour le 20x25, etc … Ceci réduit la possibilité d’un excès de développement sur les bords, causé par le mouvement du révélateur lorsqu’il rebondit sur les bords de la cuvette durant l’agitation.

Toujours porter des gants de protection fins quand on développe en cuvette pour éviter le contact direct avec la peau. Bien qu’on n’ait pas répertorié de problèmes de santé à long terme dus à l’usage de la Pyrocatéchine comme c’est le cas pour le Pyrogallol, il vaut mieux prendre les mêmes précautions d’usage, le produit chimique étant également toxique.

On peut également utiliser le Pyrocat-HD si on développe par inspection. Comme c’est le cas avec les autres révélateurs au Pyro, la coloration et le tannage désensibilisent le film. On trouvera quantité d’informations concernant l’usage du Pyrocat-HD pour cette application sur le forum AZO du site de Michael Smith et Paula Chamlee. Une des conclusions qui ressort des discussions est que pour le développement par inspection du Pyrocat-HD, l’utilisation un écran ambré plutôt que d’un écran vert foncé rend plus aisé le jugement du degré de développement. Ceci est dû à la couleur brune de la coloration du Pyrocat-HD qui bloque le vert et rend difficile l’évaluation du négatif lorsqu’on regarde le négatif par transmission au travers d’un filtre vert. Par contre, l’évaluation du négatif en lumière réfléchie fonctionne bien avec le filtre vert ou le filtre ambré.

Une autre méthode testée avec succès avec le Pyrocat-HD est le développement par inspection à la brosse. On travaille là aussi en lumière très faible avec un écran vert ou ambré. Jorge Gasteazoro, un tireur mexicain au platine/palladium qui utilise cette méthode de développement donne les instructions suivantes.

1. Prémouiller une minute.

2. Verser le révélateur sur le film et commencer à brosser immédiatement avec une brosse Hake large ou une brosse à soies douces de qualité. Brosser de haut en bas à petits coups légers, puis de gauche à droite. Répéter la séquence. Pour empêcher le film de bouger, appuyer sur un des coins avec les doigts.

3. Après environ 70% du temps de développement escompté, allumer la lampe, sortir le négatif de la cuvette et évaluer le degré de développement en regardant par transparence.

4. Continuer le processus jusqu’à ce que le négatif atteigne la bonne densité, le transférer alors dans le bain d’arrêt et procéder ensuite comme de coutume.

Le développement en rotation des plan-films et roll-films

J’ai conçu la formule du Pyrocat-HD au départ pour éliminer les problèmes rencontrés avec d’autres révélateurs colorants lors du traitement en rotation. Par traitement en rotation, j’entends le développement des films en machines Jobo, en tubes BTZS ou en cuves et tambours utilisés sur une base motorisée. J’ai durant des années utilisé le PMK en cuvette, et j’étais très satisfait des résultats. Cependant, lorsque je suis passé à la rotation, j’ai commencé à rencontrer un certain nombre de problèmes lors du développement, comme un fort niveau de coloration générale, des traînées sur l’émulsion, et des marques inhabituelles sur la dorsale à cause du contact avec le tube ou à cause des nervures. Ces traînées et ces marques de pression n’étaient parfois pas visibles à l’œil, mais elles apparaissaient plus tard lors du tirage aux UV. Je suis passé au Rollo Pyro, qui a réduit le niveau de coloration général sans résoudre le problème des traînées et des marques. L’utilisation du Pyrocat-HD a éliminé tous ces problèmes dans mon travail personnel, et je crois fermement que c’est de loin le meilleur révélateur au Pyro lorsqu’on travaille en rotation.

Un des grands avantages de la Pyrocatéchine est qu’elle ne s’oxyde pas aussi rapidement en solution alcaline que le Pyro. Encore qu’avec une agitation très active, par exemple en Jobo à vitesse maximum, le Pyrocat-HD s’oxyde évidemment. Je recommande pour cette raison une vitesse de rotation très lente pour minimiser l’oxydation lorsqu’on utilise une machine Jobo.

Mes recommandations pour les procédures par rotation sont simples et classiques.

Commencer par charger les films dans les tubes ou les tambours. Avec certains de ceux-ci, il peut être nécessaire de charger le film mouillé pour assure le transfert de la chimie au dos du film.

Prémouiller cinq minutes, à l’eau distillée de préférence.

Jeter le bain de prémouillage, verser le révélateur dans la cuve ou le tambour et commencer le développement. Je préconise un minimum de 50 ml de la dilution 1:1:100 par plan-film 4x5 pouces (20 pouces carrés). Cette quantité monte à 90 ml pour le 5x7 pouces, 200 ml pour le 8x10, 385 ml pour le 11x14, 300 ml pour le 7x17, 600 ml pour le 12x20, et 1200 ml pour le 20x24. On se souviendra que ce sont des quantités minimum. Avec la dilution 2:2:100, ces quantités peuvent être réduites d’environ 20%. Ajuster la procédure comme suit, selon qu’on utilise une Jobo, des tubes BTZS ou des tambours sur base motorisée.

Jobo : la vitesse de rotation doit être réglée le plus bas possible. Ceci est très important parce qu’une rotation rapide va produire une forte augmentation de la coloration générale et du voile. S’il n’est pas possible de réduire cette vitesse, d’autres options vont permettre de réduire la coloration générale. Le degré d’oxydation dans un révélateur alcalin au Pyro est contrôlé par la quantité du conservateur, le sulfite de soude, dans la solution de travail. Dans la plupart des types de développement, le Pyrocat-HD ne nécessite qu’une très petite quantité de sulfite pour prévenir un excès de coloration générale, c’est le rôle que joue la petite quantité de bisulfite dans la solution A, qui sert à deux choses : 1/ le bisulfite de soude sert de conservateur à la solution de réserve, et 2/ lorsqu’il se mélange à l’alcali, le carbonate de potasse, la réaction produit du sulfite. Toutefois, lorsqu’on développe un film en rotation à vitesse élevée, cette quantité de sulfite est insuffisante, et il peut alors se former de la coloration générale. Pour contrecarrer cela, je préconise une des solutions suivantes : ajouter 30% supplémentaires de solution A lorsqu’on fabrique la solution de travail ou au choix (pas les deux en même temps) ajouter environ 0,3 g de sulfite de soude pour chaque litre de solution de travail. Les deux solutions ont pour effet d’augmenter la quantité de conservateur (le sulfite de soude) dans la solution de travail, ce qui va ralentir l’oxydation.

Tubes façon BTZS : développer en laissant les tubes bouger de façon aléatoire dans un bain d’eau, en les faisant tranquillement tourner toutes les quelques secondes. Ne pas agiter trop vigoureusement.

Tambours sur base motorisée : ôter le tambour chaque minute à peu près et l’agiter vigoureusement. Ceci va briser le flot laminaire et les marques que pourrait provoquer la rotation de la base toujours dans le même plan, et va prévenir le « bromide drag » (NdT : un problème de zonage dû à une stagnation ou à une accumulation de produits chimiques dans certaines parties du négatif).

Développement des films en cuve

Le Pyrocat-HD peut servir à développer les films 35 mm, les roll-films et les plan-films en cuve en suivant les procédures habituelles sans précautions particulières. Il n’y a pas besoin d’agitation vigoureuse avec le Pyrocat-HD comme c’est le cas avec les révélateurs au Pyrogallol, et avec la plupart des films, une agitation minimale peut être employée avec succès. On peut également employer certains films sans agitation. De légères modifications seront toutefois nécessaires en fonction de celle des trois méthodes qui sera choisie.

Agitation normale : on considère comme agitation normale en cuve une agitation continue durant la première minute, suivie de 5 à 10 secondes d’agitation toutes les 30 ou 60 secondes suivantes. Avec cette séquence d’agitation, on peut utiliser le Pyrocat-HD sans modification des procédures habituelles avec des révélateurs conventionnels.

Agitation réduite : elle consiste en une agitation continue durant la première minute, suivie de 10 secondes d’agitation toutes les 3 minutes. Avec cette méthode, un prémouillage de cinq minutes est fortement recommandé pour éviter la formation de bulles sur l’émulsion. L’agitation minimale produit trois phénomènes intéressants : 1/ elle produit une très grande définition grâce à la formation d’effets de bord maximum, 2/ elle a un effet compensateur et 3/ elle permet de gagner de la sensibilité.

Avec une agitation réduite, on doit augmenter le temps de développement d’environ 50% par rapport au temps normal requis pour une agitation intermittente, mais il vaut mieux faire des tests avant de risquer des négatifs importants.

Sans agitation : c’est une variété de développement très spécialisée qui utilise des révélateurs très dilués associés à de très longs temps de développement. Son objet est la création d’effets de bord extrêmes et l’obtention d’une définition extrême. Il procure également un maximum de gain de sensibilité et produit un important effet compensateur. Lorsque cela fonctionne, les résultats peuvent être extraordinaires, voire même stupéfiants. Malheureusement, cette méthode n’est pas exempte de dangers, et en pratique, on se rendra vite compte que certains films, particulièrement les films sensibles, sont de mauvais candidats à ce type de développement. Même quand cela fonctionne bien avec une bobine de film, on aura souvent une ou plusieurs vues de perdues à cause d’une bulle d’air, du « bromide drag » ou d’un des nombreux autres défauts qui sont la plaie de cette méthode de développement. Pour cette raison, il est essentiel de minutieusement tester le film, et de toujours faire deux ou trois vue par sécurité lorsqu’on projette d’utiliser le développement sans agitation.

Avec ce développement sans agitation, on doit toujours prémouiller le film durant environ cinq minutes pour éliminer la formation de bulles d’air. S’il se formait une bulle sur le film durant le développement, le négatif serait fichu car cette bulle empêcherait tout échange de révélateur à cet endroit précis, l’effet s’étendant alors en motifs circulaires irréguliers de 5 à 10 mm de diamètre autour de la bulle, rendant la vue ou le plan-film inutilisable.

La solution de travail du Pyrocat-HD doit être diluée approximativement 2:2:400 ou 500, c’est-à-dire deux parts A + deux parts B + 400 ou 500 parts d’eau pour le développement sans agitation. Pour débuter le développement, jeter le bain de prémouillage, verser le révélateur, agiter continuellement et vigoureusement durant une minute. Laisser alors la cuve tranquille sans autre agitation pour le reste du temps de développement. Ces temps seront de l’ordre de 45 à 60 minutes pour la plupart des films.

Davantage d'informations sur la coloration

Plusieurs aspects de la coloration doivent être pris en considération. Ce sont : 
1/ son intensité et sa couleur, 
2/ le fait qu’elle soit une coloration d’image proportionnelle ou une coloration générale (NdT : ce que les anglo-saxons appellent b+f, base plus fog), et la façon de la contrôler et 
3/ les différences, si elles existent, entre la coloration du Pyrocat-HD et celle produite par les autres révélateurs au Pyro.

L'intensité et la couleur de la teinte du pyrocat-HD

La coloration produite par le Pyrocat-HD est typiquement brune, voir même brun-noir. Les photographes qui ont utilisé auparavant  des révélateurs comme le PMK ou le Rollo Pyro sous-estiment presque toujours l’intensité de la coloration du Pyrocat-HD, parce qu’en comparaison avec la coloration verte ou jaune-vert de ces révélateurs le brun du Pyrocat paraît d’une couleur presque neutre. Ce n’est toutefois pas le cas, et on verra en pratique que le la teinte brune du Pyrocat-HD a sur la densité réelle de tirage du négatif un impact au moins aussi important que le vert ou le jaune-vert des autres révélateurs au Pyro.

Lorsqu’on tire sur des papiers argentiques à grade, on se rend compte que la coloration brune du Pyrocat-HD filtre davantage de lumière bleue et bleu-vert à laquelle ces papiers sont sensibles que ne le fait la coloration verte du PMK et du Rollo Pyro, avec comme conséquence pratique un accroissement du contraste. C’est encore plus vrai lorsque l’on tire avec des procédés alternatifs basés sur la lumière UV, parce que le brun est un filtre bien plus actinique pour les UV que ne l’est le vert.

Il semble universellement reconnu que certains films fonctionnent mieux que d’autres avec le Pyro parce qu’ils se colorent mieux. Gordon Hutchings, qui a développé le PMK, défend ce point de vue, comme le font beaucoup d’autres utilisateurs du PMK. Mes propres tests ne vont toutefois pas en ce sens. Je me suis aperçu qu’avec la coloration proportionnelle de l’image, la quantité de coloration dépend davantage de la densité d’ensemble du négatif que du film lui-même. J’en conclus que la coloration proportionnelle est une coloration qui existe d’abord autour des grains d’argent et que les révélateurs colorants travaillent à peu près de la même façon avec tous les films, à condition que ceux-ci contiennent de l’argent en quantité suffisante pour pouvoir développer des hautes densités, même sans coloration. Que certains films semblent mieux fonctionner que d’autres est dû au fait que la couche de gélatine de ces films est plus épaisse que d’autres, et si ces films développent plus de coloration générale c’est pour la simple raison qu’il y a davantage de gélatine à teinter. Ceci est loin d’être souhaitable, nous allons maintenant en discuter.

Différence entre coloration d'image et coloration générale

A ce point, il est important de bien comprendre qu’il existe deux types de coloration : la coloration d’image, et la coloration générale (NdT : b+f, voir plus haut). D’une part la coloration d’image, qui est une coloration proportionnelle qui se forme directement autour des grains d’argent. On recherche cette coloration parce qu’elle améliore grandement le micro-contraste du négatif et « booste » le contraste d’ensemble du tirage, ce qui peut être très utile dans les procédés alternatifs qui demandent des négatifs à fort écart de contraste. D’autre part la coloration générale, qui affecte l’ensemble de la couche de gélatine, sans tenir compte de la densité d’argent. Elle est présente partout sur le film en quantités égales, et produit pour cette raison un voile dont on pourrait se passer. On peut la repérer facilement en regardant les parties claires d’un film. Quand un film est développé dans le Pyro, la coloration générale devrait seulement être un peu plus importante que sur un film développé avec un révélateur traditionnel non-colorant. Si la couleur est très présente dans les parties claires du film, c’est presque certainement de la coloration générale. Cette coloration ne sert à rien : elle augmente le temps d’exposition, et dans certaines conditions est dommageable à la qualité de l’image parce qu’elle limite le CI (l’Indice de Contraste) utile du film.

La coloration générale est un problème bien moins important avec le Pyrocat-HD qu’avec les révélateurs au pyro comme le PMK, l’ABC Pyro et le Rollo Pyro. Cela est dû au fait que la Pyrocatéchine, le principal agent réducteur du Pyrocat-HD ne s’oxyde pas aussi rapidement en solution alcaline que le Pyrogallol. La cause principale de la coloration générale excessive étant naturellement l’oxydation aérienne.

Il n’y a aucune précaution particulière à prendre avec le Pyrocat-HD pour prévenir la coloration générale due à l’oxydation quand on développe les films en cuve ou en cuvette, ceci étant vrai également lorsque les films demandent de très longs temps de développement nécessaires pour atteindre le haut CI que demandent les tirages avec des procédés alternatifs. Il faut toutefois éviter, comme il a été dit plus haut, d’utiliser des vitesses de rotation rapides lorsqu’on travaille en rotation, particulièrement avec les films à émulsion épaisse comme le Bergger BPF, la Kodak Tri-X et l’Ilford HP5+.

La coloration du pyrocat-HD et d'autres révélateurs au pyro

En comparant l’effet de la coloration du Pyrocat-HD à celui d’autres révélateurs, il est important de faire la distinction entre les divers procédés utilisés. Comme on l’a déjà observé, la couleur du Pyrocat-HD est différente de celles des autres révélateurs au Pyro. Les différentes sortes de papiers et de procédés ayant des réponses spectrales différentes à la lumière, il s’ensuit qu’on va avoir quelques différences au tirage qui vont dépendre de la couleur de la coloration.

La plupart de ceux qui travaillent avec le Pyro utilisent un des procédés de tirage suivants :  

1. Le papier argentique à grades fixes 
2. Le papier argentique à contraste variable
3. Le papier AZO 
4. Les procédés alternatifs qui ont besoin d’une forte lumière UV pour leur exposition.

Nous allons considérer l’impact des différentes colorations sur chacun de ces procédés.

Le papier argentique à grades fixes

Le papier argentique à grades fixes consiste en une couche d’émulsion sur support papier ou RC. Le spectre de sensibilité de ces papiers à grades commence dans l’UV et continue vers le visible dans le violet, le bleu, jusque légèrement dans le vert. On se sert généralement d’un filtre UV au tirage pour exclure la lumière UV de l’équation. Les papiers à grade sont plus sensibles à la lumière bleue et en règle générale le canal bleu d’un densitomètre couleur donnera une indication assez précise du contraste de tirage, ou échelle d’exposition, du papier. Cela signifie en théorie que la fonction de la coloration avec les papiers à grade est de doper le contraste, et qu’il y aura peu d’avantages dérivés de la teinte de la coloration.

En pratique, on s’aperçoit toutefois que la coloration brune du Pyrocat-HD permet de tirer avec un petit peu plus de contraste que la coloration verte des autres révélateurs au Pyro. Ceci est dû au fait que les papiers à grade sont légèrement sensibles au vert, et que le brun bloque plus efficacement la lumière verte que la coloration verte ne le fait.

Le papier argentique à contraste variable

Les papiers argentiques à contraste variable ont deux couches d’émulsion : une à haut contraste sensible au bleu, une à faible contraste sensible au vert. Avec ces papiers, la teinte de la coloration est très importante et on obtient en pratique des résultats très différents quand on tire avec des négatifs à coloration verte ou brune.

En tirant sur des papiers à contraste variable avec des négatifs colorés en vert, on se rend compte que le vert agit comme un filtre continu à contraste variable qui a comme conséquence pratique la capacité de remarquablement supporter les hautes lumières. Le filtre est variable à cause de la nature proportionnelle de la coloration, naturellement plus importante dans les hautes lumières où il y a beaucoup plus de densité d’argent. Le revers de la médaille est que l’extension de l’étendue des luminances se paie au prix d’une perte de contraste dans ces valeurs. En d’autres termes, plus les luminances sont élevées, plus l’épaule de la courbe est marquée dans un tirage réalisé à partir d’un négatif coloré en vert, ce qui se traduit par un aplatissement, une perte de contraste dans les tonalités hautes. On remarque en pratique que cette tendance avec les négatifs teintés en vert apparaît dès les tons moyens supérieurs, de sorte qu’on remarque déjà l’aplatissement dans ces tons autant que dans les hautes lumières. En jetant un œil sur la littérature, on voit qu’une des objections majeures au PMK est le manque de séparation, de contraste dans ces tons moyens supérieurs et dans les hautes lumières.

La coloration brune bloque mieux la lumière verte que ne le fait la coloration verte, c’est pour cette raison que l’épaule de la courbe est beaucoup moins marquée dans les hautes lumières avec le Pyrocat-HD qu’avec le PMK. Il en résulte que les tirages issus de négatifs au Pyrocat-HD ont plus de contraste dans ces hautes lumières que les tirages issus de négatifs au PMK, mais avec un effet compensateur moindre.

Le papier Azo

L’AZO est similaire aux papiers courants à grade en ce qu’il a une grande sensibilité à la lumière bleue, et différent à cause d’une sensibilité bien moindre au vert. L’AZO est beaucoup plus lent que les autres papiers argentiques et doit être tiré par contact. Alors que l’AZO est disponible en deux grades, même son grade le plus doux a une ES (Exposure Scale, échelle d’exposition) plus longue que les papiers argentiques courants. Cela signifie qu’on a besoin d’un négatif avec beaucoup de contraste pour tirer sur de l’AZO grade 2. Les négatifs colorés destinés à l’AZO en grade 2 doivent avoir une densité en mode Visuel au densitomètre d’approximativement log 1,2, ce qui se traduira par environ 1,5 en lisant dans le canal bleu.

En pratique, la coloration brune du Pyrocat-HD bloque davantage de lumière bleue et UV que la coloration verdâtre des autres révélateurs au Pyro, ce qui veut dire que pour une lecture donnée en mode Visuel un négatif au Pyrocat-HD se tirera sur AZO avec plus de contraste qu’un autre au PMK ou au Rollo Pyro.

Comment se comporte donc le Pyrocat-HD comparé à l’ABC Pyro pour le tirage sur AZO ? Naturellement très bien, et en se basant sur le forum AZO de Michael et Paula il est clair qu’un certain nombre d’adeptes de l’ABC Pyro sont passés au Pyrocat-HD. J’ai récemment fait quelques comparaisons des deux révélateurs sur le forum AZO, reproduits ici avec une petite mise en forme.

Comparaison de l'ABC Pyro avec le pyrocat-HD

1. Pour des négatifs prévus pour être tirés sur AZO ou un procédé alternatif tel que le charbon, le kallitype, le platine/palladium, on peut utiliser la dilution 2:2:100 du Pyrocat-HD.

2. L’ABC Pyro en dilution 1:1:1:7 est légèrement plus énergique que le Pyrocat-HD en dilution 2:2:100. Cela veut dire que les temps de développement du Pyrocat-HD devront être légèrement plus longs qu’avec l’ABC Pyro, de l’ordre de 20-25% pour arriver au même CI (Indice de Contraste).

3. Une comparaison visuelle d’un négatif à l’ABC et d’un autre au Pyrocat-HD peut être trompeuse, un pourcentage plus important de la densité réelle de tirage du négatif au Pyrocat-HD est constituée par la densité de la coloration.

4. Le grain des négatifs au Pyrocat-HD est plus fin que celui des négatifs à l’ABC, ce qui en fait un révélateur plus universel puisqu’on peut aussi bien l’utiliser avec des roll-films comme avec des plan-films pour l’agrandissement sans le grain important caractéristique de l’ABC Pyro.

5. Le développement irrégulier et les marbrures qu’ont rencontré beaucoup de gens avec les révélateurs au Pyrogallol, y compris le PMK et l’ABC Pyro, est entièrement éliminé avec le Pyrocat-HD.

6. Le Pyrocat-HD est un meilleur révélateur pour fabriquer des négatifs à double usage pour ceux qui veulent travailler à la fois avec des papiers argentiques et avec l’AZO (ou avec des procédés alt comme le charbon, le kallitype ou le platine/palladium). La raison est qu’il y a avec les négatifs au Pyrocat-HD une beaucoup plus grande différence de densité réelle de tirage pour les procédés aux UV et ceux sensibles à la lumière bleue qu’avec ceux à l’ABC. Ceci vient du fait qu’un pourcentage plus important de la densité de tirage du Pyrocat-HD vient de la coloration brune, qui agit comme un filtre extrêmement efficace de la lumière UV.

 


Figure 2 : Charte de sensibilité spectrale de l’AZO, surface F brillante

   

 

Procédés alternatifs

Le tirage avec des procédés alternatifs tels que l’albumine, le charbon, le kallitype, le platine/palladium, le papier salé ou le Van Dyke ressemble à celui de l’AZO dans la mesure ou ces procédés demandent des négatifs à grand écart de contraste (DR, density range), allant de log 1,4 pour le platine jusqu’à log 2,25 pour l’albumine et le papier salé. Ces procédés sont plus sensibles à la lumière UV, et comme la coloration des révélateurs au Pyro fonctionne comme un filtre actinique pour l’UV, il s’ensuit que la coloration va ajouter beaucoup de contraste supplémentaire au négatif pour le tirage. En tant que filtre actinique pour la lumière UV, la couleur brune du Pyrocat-HD est beaucoup plus efficace que la coloration verdâtre de certains des autres révélateurs colorants.

J’ai comparé les courbes en mode Visuel, en bleu et les courbes UV de l’Ilford FP4+ avec plusieurs révélateurs au Pyro, et j’ai reproduit ces courbes ci-dessous. Les révélateurs du comparatif étaient : 
1/ le Pyrocat-HD, 2:2:100, 
2/ le PMK, 1:1:100, 
3/ le Rollo Pyro 2:4:100 
4/ le WD2D+, 20:20:400 et 
5/ le Pyrocat-HD 1:1:100.

 


Figure 3 : Ilford FP4+ dans le Pyrocat-HD 2:2:100. 
Film développé 6 minutes à 21°C en tubes BTZS. 
Courbe noire : mode Visuel, 
courbe rouge : lecture dans le bleu, 
courbe verte : lecture dans l’UV. 

 


 Figure 4 : Ilford FP4+ dans le PMK 1:2:100. 
Film développé 20 minutes à 21°C en tubes BTZS. 
Courbe noire : mode Visuel, 
courbe rouge : lecture dans le bleu, 
courbe verte : lecture dans l’UV. 

 
 

Figure 5 : Ilford FP4+ dans le Wimberly WD2D+ 20:20:400. 
Film développé 15 minutes à 21°C en tubes BTZS. 
Courbe noire : mode Visuel, 
courbe rouge : lecture dans le bleu, 
courbe verte : lecture dans l’UV.
 


Figure 6 : Ilford FP4+ dans le Rollo Pyro 2:4:100. 
Film développé 6 minutes à 21°C en tubes BTZS. 
Courbe noire : mode Visuel, 
courbe rouge : lecture dans le bleu, 
courbe verte : lecture dans l’UV.

 


Figure 7 : Ilford FP4+ dans le Pyrocat-HD 1:1:100. 
Film développé 10 minutes à 21°C en tubes BTZS. 
Courbe noire : mode Visuel, 
courbe rouge : lecture dans le bleu, 
courbe verte : lecture dans l’UV. 

 

   

 

Le développement de tous les négatifs ci-dessus a été réalisé dans des tubes BTZS au bain-marie. Le CI de chaque courbe a été normalisée pour la lumière UV pour un SBR de 7, équivalent à un développement N en termes de zone system. (NdT : SBR, Subject Brightness Range, ou étendue de brillances du sujet. Sandy King fait souvent référence à des notions très utilisées aux USA mais peu usitées en Europe, tirées du livre de Phil Davis « Beyond the Zone system », non traduit en français).

L’analyse des courbes révèle des informations intéressantes.

1. L’étendue de densités qui résulte d’un développement pour un SBR  de 7 va d’environ log 1,2 à 1,3

2. Même pour une étendue relativement basse de 1,2 à 1,3, le PMK et le WD2D demandent des temps de développement longs, respectivement 20 et 15 minutes. Ceci rend ces révélateurs moyennement utilisables en procédés alternatifs dans des conditions normales de SBR, et tout à fait inutilisables avec des négatifs exposés pour des sujets demandant un développement N+ prolongé.

3. Le Pyrocat-HD 1:1:100 est celui qui exploite le mieux la sensibilité du film avec le FP4+. Avec un développement de 10 minutes pour un SBR de 7, la sensibilité du FP4+ est de IE 200. Toutes les autres combinaisons donnent un IE 160 avec les mêmes paramètres. (NdT : dans le texte original, l’EFS, Effective Film Speed vient également de la méthode de Phil Davis, op. cit.)

4. Le Pyrocat-HD 2:2:100 et le Rollo Pyro 2:4:100 ont des courbes presque identiques dans l’UV avec 6 minutes de développement.

5. Il y a une plus grande différence entre l’UV et le bleu dans les négatifs au Pyrocat-HD que les autres révélateurs. Ceci a de l’importance, parce que cela indique que le Pyrocat-HD ferait un meilleur révélateur que les autres pour les négatifs à double usage. Cela veut dire qu’un négatif au Pyrocat-HD qui se tirerait bien avec sur un papier argentique normal (davantage sensible au bleu) se tirerait également bien avec un procédé alternatif sensible aux UV. Par contraste, la couleur verdâtre des révélateurs au Pyro est un filtre actinique moins efficace avec les UV, avec pour résultat que la coloration n’ajoute que très peu de densité de tirage additionnelle au négatif avec les procédés sensibles aux UV.

Temps de développement recommandés

Les chartes de CI (Indice de contraste) sont données ci-dessous pour un certain nombre de films que j’ai testés personnellement. Les chartes sont très simples à utiliser. Pour chercher un temps de développement pour un film précis et un procédé, il suffit de repérer le point sur la charte où le temps de développement (axe des y) croise celui du CI optimum (axe des x) du procédé de tirage. Les temps de développement indiqués devraient donner des négatifs qui se tirent facilement avec des sujets sous éclairage normal, auxquels nous nous réfèrerons comme sujets N (dans la terminologie du zone system) ou SBR 7 avec des méthodes de mesure incidente. Il est toutefois important de mener ses propres tests avec de nouveaux révélateurs pour déterminer quels seront les temps de développement adéquats pour des conditions autres que des conditions de lumière normales avant de traiter des négatifs importants.

On trouvera ci-dessous les CI (indice de contraste) approximatifs réclamés par un certain nombre de procédés alternatifs. La plupart des procédés ont de la latitude dans le contrôle du contraste, mais c’est une bonne habitude de partir toujours du meilleur négatif possible pour un procédé donné.

Procédé

CI optimum

Argentique

0,47 à 0,52

Charbon

0,65 à 0,75 

Platine

0,68 à 0,72

AZO

0,70 à 0,75

Kallitype et Palladium

0,80 à 0,85

Van Dyke

0,85 à 0,95

Albumine et papier salé

0,90 à 1,00

 

Les chartes de CI ci-dessous sont basées sur un traitement en rotation avec des tubes de type BTZS, avec un prémouillage de 5 minutes. Le temps et la température sont notés sur chaque charte. Les chartes dont la légende se termine par « UV » concernent un tirage avec des procédés alternatifs utilisant la lumière ultra-violette pour l’exposition. Ces chartes ont été établies en se basant sur une lecture dans l’UV des négatifs. Les chartes dont la légende se termine par « BLEU » concernent le tirage avec des procédés argentiques, y compris l’AZO. Elles sont basées sur une lecture des négatifs dans le bleu.

Les photographes qui ont déjà des temps de développement fiables pour des films spécifiques avec le PMK ou le Rollo Pyro peuvent partir de ces temps pour leurs premiers tests du Pyrocat-HD. Pour le tirage sur papier argentique et papier à contraste variable, les temps de développement avec le Pyrocat-HD 1:1:100 équivalent à environ 70% de ceux du PMK, et à  seulement 50% si on développe pour un procédé alt sensible aux UV. En dilution 2:2:100, les temps du Pyrocat-HD sont virtuellement identiques à ceux du Rollo Pyro en dilution 2:4:100.

NdT : pour faciliter la lecture, voici les équivalences entre degrés Farenheit et degrés Celsius : 68°F = 20°C, 70°F = 21,11°C, 71°F = 21,67°C, 72°F = 22,22°C, 73°F = 22,78°C.

 

 

 


Figure 8. Ilford FP4+ dans le Pyrocat-HD, 2:2:100. UV 

 

 
Figure 9. Acros dans le Pyrocat-HD, 2:2:100. UV 

 

 
Figure 10. Bergger BPF 200 dans le Pyrocat-HD, 2:2:10. UV 

 

 
Figure 11. FortePan 400 dans le Pyrocat-HD, 2:2:100. UV 

 

 
Figure 12. HP5+ dans le Pyrocat-HD, 2:2:100. UV 

 

 
Figure 13. TMAX-400 dans le Pyrocat-HD, 2:2:100. UV 

 

 
Figure 14. JandC Classic 400 dans le Pyrocat-HD, 2:2:100. UV 

 

 
Figure 15. Ilford FP4 dans le Pyrocat-HD, 1:1:100. UV 

 

 
Figure 16. Ilford FP4+ dans le Pyrocat-HD, 1:1:100. BLEU 

 

 
Figure 17. Bergger BPF 200 dans le Pyrocat-HD, 2:2:100. BLEU 

 

 
Figure 18. Kodak TRI-X dans lePyrocat-HD, 1:1:100. BLEU 

 

 
Figure 19. TMAX 400 dans le Pyrocat-HD, 1:1:100. BLEU

 

 
Figure 20. HP5+ dans le Pyrocat-HD, 2:2:100. BLEU 

 

 
Figure 21. FP4+ dans le Pyrocat-HD, 2:2:100. BLEU 

 

 
Figure 22. Acros dans le Pyrocat-HD, 2:2:100. BLEU 

 

 
Figure 23. TMAX 100 dans le Pyrocat-HD, 2:2:100. BLEU 

 

 
Figure 24. TMAX 400 dans le Pyrocat-HD, 2:2:100. BLEU 

 

 
Figure 25. PhotoWarehouse ASA 125 dans le Pyrocat-HD, 2:2:100. BLEU 

 

   

Notes

1. E. J. Wall and Franklin I. Jordan, Photographic Facts and Formulas, Révisé et largement réécrit par John S. Carroll (1924; Englewood Cliffs, Prentice-Hall, Inc., 1976) : p. 112.
2. Stephen G. Anchell, The Darkroom Cookbook (Boston, Focal Press, 1994) : p. 175.
3. Steve Simmons, “Review of the Book of Pyro,” View Camera (Septembre/octobre 1991) : p. 23.
4. Information extraite d’une correspondance personnelle avec Carl Weese..
5. Bob Herbst, “The Effects of Pyro Stain in Platinum Printing, View Camera (Juillet/août 1999) : pp. 16-24.  Republication en ligne à http://unblinkingeye.com/Articles/Pyro/pyro.html.
6. Phil Davis, citation de “The Black and White corner”, View Camera (Janvier/février1998) : p. 55.
7. Gordon Hutchings, citation de  “The Black and White Corner”, View Camera (Janvier/février1998) : p 55.
8. Stephen G. Anchell and Bill Troop, The Film Developing Cookbook, pp. 79-80.
9. Ibid., p. 80.

 

dernière modification de cet article : 2003

 
     

 

tous les textes sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs
pour toute remarque concernant les articles, merci de contacter henri.peyre@(ntispam)phonem.fr

une réalisation phonem

nouveautés
galerie
technique
matériel
stages
adresses
librairie
boutique amazon
magasin arca-swiss 

plan
forum
liens
contact
radio-labo

abonnement gratuit
recherche sur le site
(chargement lent en première utilisation - veuillez patienter)