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Sarah Moon - éléments de style
par Henri Peyre

© Sarah Moon
Sarah Moon utilise le film Polaroid et la
chambre photographique. Les tirages sont confiés à un tireur. D’un
commun accord, l’image peut être enrichie en grattages,
détériorations, salissures, afin que l’objet apparaisse appartenir
plus encore à la mémoire.

© Sarah Moon
Le succès de cette excellente photographe,
d’abord modèle photographiant ses amies modèles puis photographe de
mode, en particulier pour les campagnes de Cacharel qui lui
assurèrent sa juste renommée, se fonde largement sur un style très
riche et raffiné qui a toujours résisté à l’obligation des
commandes.

© Sarah Moon
Née en 1941, dans une famille juive qui doit
fuir la France occupée, Sarah Moon ne dit rien de son enfance, de
ses années passées en Angleterre, de son père ingénieur, des ses
quatre frères et sœurs...
Pourtant l’analyse de ses oeuvres amène à
penser que son enfance a été déterminante pour un art dont le style
est très arrêté.
Des constantes se retrouvent en effet dans ses
photographies :
-
le rapport à une nature inaccessible. La nature est conjuguée au
passé ; on y trouve des pyramides, des rhinocéros, des mythes,
au moins de la nostalgie, parfois de la tristesse
-
pas de vrai blanc dans ses images, tout est en low key, pas
d’échappées claires dans les ciels
-
du flou, du vignettage
-
de l’exotisme : animaux ou monuments lointains, avec une
tonalité coloniale
-
souvent du mouvement, comme effacement des premiers plans
-
des yeux fermés, ou des visages effacés ou baissés
-
des références aux années 30, à la modernité (dans le vêtement,
dans la représentation de la femme)
-
une grande importance des mains (qui sont la partie du corps des
adultes à la hauteur du visage d’un enfant…)
-
la martyrisation (par le corset, par les griffures, par le
grattage du négatif)
-
l’allusion au cauchemar d’enfant
-
des personnages sans tête, sans bras, sans mains ou avec des
bras en bois, ou amputés, une assimilation des êtres à des
poupées
-
un espace confiné auquel on n’échappe pas
-
des signes, du graphisme contrasté augmentant le confinement par
des impératifs autoritaires
-
le silence, dont la suggestion dans l’image est renforcé dans le
procédé par l’interposition de matières, de gestes, de cadres,
de grattages entre le sujet et le spectateur.
Ces éléments nous semblent directement mener à
une interprétation autour du souvenir de la prime enfance dans une
Grande-Bretagne en guerre, un pays obligé d’appeler à l’aide les
forces vives de ses colonies... d’où une atmosphère pleine
d’inquiétude, de violence et de mutilation conjuguée au passé, avec
la guerre en creux, une atmosphère où l’ailleurs colonial dans sa
vision enfantine déborde de partout. Où le cadre familial confiné
n’empêche pas l’arrivée des monstres et des mutilations probablement
liées à l'omniprésence de la guerre. L’ailleurs est ainsi toujours
présenté entre rêve, menace et souvenir dans une décor qui tient de
la nature empaillée du musée d’histoire naturelle et de la violence
du cirque.

© Sarah Moon
Sites internet
http://www.seniorplanet.fr/seniorplanet.fr.php?
id=3368&action=article&id_cat=282&page=1
http://www.humanite.presse.fr/journal/
2001-12-08/2001-12-08-254761
http://www.photographiz.com/
?rub=biographie&id_photographe=24
http://expositions.bnf.fr/contes/pedago/illustra/esthe.htm
Livres
"Coïncidences",
Delpire éditeur, 288 pp., 172 photographies, 49,24 euros
(dont sont tirées les illustrations de l'article)
Souvenirs improbables
DVD

Contact vol.2
des présentations de10mn de plusieurs photographes contemporains,
dont Sarah Moon

© Sarah Moon
dernière modification de cet article
: 2004
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