
l'auteur
|
Emmanuel Bigler est professeur d'optique et des
microtechniques à l'école d'ingénieurs de mécanique et des
microtechniques (ENSMM) de Besançon. Il a fait sa thèse à l'Institut
d'optique à Orsay.
E. Bigler utilise par ailleurs une chambre Arca-Swiss.
26 chemin de l'Épitaphe
25030 Besançon cedex
bigler@ens2m.fr

|
in
english
Les articles d'Henri Gaud
la sensito en numérique
(aspects théoriques)
la sensito en
numérique (suite)
(aspect pratiques)
|
|
La sensito du Numérique :
une introduction à 3 articles
d'Henri Gaud
par Emmanuel Bigler
L'utilisation de la capture numérique directe d'images est pratiquée
par les scientifiques depuis plus de 20 ans, mais c'est seulement
depuis la fin des années 1990 que les photographes commencent à
connaître et à utiliser les capteurs silicium. D'abord rebutés soit par
le prix soit par la qualité d'image insuffisante (pas assez de pixels
dans le capteur) les photographes n'ont pas pris tout de suite la mesure
du progrès considérable apporté par le silicium sur le film et termes
de bruit, de sensibilité en basse lumière, de linéarité, de gestion du
contraste et de gestion du rendu colorimétrique. D'une certaine façon,
on peut dire que le maigre nombre de pixels proposé au tournant des
années 2000 par rapport à la moindre prise de vue sur film (exception
faite des dos à balayage, réservés aux sujets statiques) a fait pendant
quelques années écran à la perception de la vraie révolution apportée
par les détecteurs d'images photographiques silicium. Cette période est
totalement révolue.
Dans cette série de trois articles Henri Gaud commence par ce qui a le
moins retenu l'attention des photographes, à savoir le rendu
photométrique et la maîtrise de la sensibilité équivalente ISO et des
contrastes dans un capteur numérique associé à son traitement
informatique interne. Dans une deuxième partie, Henri Gaud examine sur
des prises de vues réelles les différentes possibilités d'utilisation
d'un capteur numérique dans des conditions de réglage de sensibilité
ISO et de post-traitement différentes. On montrera en particulier
l'incroyable progrès en termes de dynamique et de bruit apporté par le
capteur silicium par comparaison avec le film. Enfin dans un troisième
article seront présentés des tests comparés de résolution et de bruit
entre un appareil 24x36 à capteur silicium plein format, un appareil à
film 6x8cm et une chambre 4"x5".
Note technique préliminaire
Ce qui est testé dans ces articles, c'est l'association d'un capteur
photographique 24x26 (celui du Canon 1Ds MkII) avec son logiciel de
traitement interne ; le fichier RAW auquel le photographe a accès en vue
de ses post-traitements est déjà le résultat d'un calcul auquel
l'utilisateur n'a pas accès directement.
On ne sait pas ce qui est stocké dans un fichier RAW, puisque ces
formats ne sont pas définis dans des documents publics. Très
probablement les données sont-elles très proches de la physique du
capteur dont la grandeur de sortie est linéaire en fonction de
l'éclairement incident. Néanmoins, dès qu'on a converti ce fichier RAW
pour le re-travailler, ce qui en sort sont des niveaux d'image convertis
selon une loi en puissance (et non plus une représentation
proportionnelle à l'éclairement incident), représentation des niveaux
qu'il est intéressant d'afficher comme on représente les courbes de
noircissement du film (traditionnellement tracées en échelles
logarithmiques), non pas par quelque nostalgie des densités optiques d'un
film noirci, mais simplement parce que l'œil demande une échelle non
linéaire des niveaux de l'image afin que les gammes de gris apparaissent
en progression harmonieuse.
Dans ce premier article on ne détaille pas le fonctionnement séparé
des trois canaux colorés RVB, on s'en tient à l'analyse des courbes de
rendu photométrique globales comme si on travaillait en noir et blanc
panchromatique. En réalité la grandeur physique en sortie d'un
photo-détecteur c'est un nombre de photo électrons par seconde pour un
flux de photons incident donné. Sur ce plan un photo-détecteur silicium
est parfaitement linéaire sur une plage de l'ordre de 10000 entre le flux
le plus faible et le flux le plus élevé ; donc a priori on ne comprend
pas la nécessité d'une échelle de visualisation non linéaire avec un
capteur si extraordinairement linéaire. L'œil étant plutôt sensible au
logarithme du nombre de photons, on lui propose par traitement interne des
niveaux non linéaires (loi en puissance) issus du nombre de
photoélectrons détectés.
Du coup la comparaison avec le film est plus
facile, les photographes qui ont l'habitude de raisonner en densités
optiques (en sortie) et en échelles de diaphragmes (en entrée)
retrouveront ici directement les échelles qui leurs sont familières et
c'est bien le but, montrer que tout ce que l'on connaît de la
sensitométrie des films est directement applicable au silicium, avec en
plus la capacité du silicium à repousser les limites du film en termes
de bruit, de sensibilité et de gestion du contraste, de façon encore
inimaginable par les photographes il y a cinq ans.
Un photodétecteur silicium de dimensions millimétriques fonctionnant
en régime analogique continu pour sa sortie électrique et non pas en
régime de capture de charges comme les CCD a donc une dynamique de
linéarité l'ordre de 10000. ce qui fait 13 diaphragmes ; un facteur 1000
nous donnerait 10 diaphragmes ce qui correspond à l'étendue maximale connue
avec le film, pour ceux qui connaissent le système des dix ou onze zones
d'Ansel Adams (un facteur 1000 correspondant à 11 zones, ce qu'on
considère en tirage papier classique comme un peu trop grand, 9 zones
semblent plus raisonnable soit un rapport 1:256). Cette dynamique est sans
doute moindre que 10000 pour un "sous-pixel" coloré de quelques
3 microns dans une matrice "bayer" à 7,5 microns de pas de
grille comme on la trouve dans les capteurs version 2005. Mais peu
importe, oublions ce que l'on peut connaître par ailleurs des
photodétecteurs et laissons parler le photographe avec son expérience et
son langage de photographe.
Référence concernant le codage RAW et la visualisation http://www.normankoren.com/digital_tonality.html
(merci à Yves Colombe pour cette information)
dernière modification de cet article :
2005
|