
l'auteur
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Emmanuel Bigler est professeur d'optique
et des microtechniques à l'école d'ingénieurs de mécanique et des
microtechniques (ENSMM) de Besançon. Il a fait sa thèse à l'Institut
d'optique à Orsay.
E. Bigler utilise par ailleurs une chambre Arca-Swiss.
26 chemin de l'Épitaphe
25030 Besançon cedex
bigler@ens2m.fr

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La règle de Scheimpflug :
un simple tracé de rayons
pour lycéens ?
(English Version)
Résumé : On se propose de montrer ici comment la règle de
Scheimpflug peut être retrouvée par un tracé
de rayons élémentaire à la base de la construction des images formées
par une lentille mince convergente.
Introduction
Dans les manuels de photographie traitant des chambres grand format, la
règle de Scheimpflug est presque toujours énoncée
sans justification alors que les tracés de rayons permettant de déterminer
la position et la grandeur de l'image d'un objet sont toujours présentés,
parfois en détail. Il est vrai que s'il fallait avoir lu avec soin ce qui
est expliqué dans le brevet original de M. Scheimpflug
[1] pour en tirer parti, il serait bien
improbable de pouvoir appliquer dans la pratique cette règle d'usage courant
en prise de vue à la chambre. Bien qu'il existe des présentations
géométriques élégantes mais très mathématiques de la « règle des trois
plans » (voir en particulier Bob Wheeler
[2] et Q.-Tuan Luong
[3], [4])
il m'a semblé qu'un élève de lycée des années 60 (les programmes ont changé
depuis), à l'époque où on enseignait l'optique géométrique en classe de
première, montrerait sans difficulté comment l'image d'un objet incliné par
rapport à l'axe optique d'une lentille se forme dans un autre plan incliné,
ces deux plans se rencontrant dans le plan de la lentille. Pour cela il
suffit de se mettre l'espace d'un instant à la place de cet élève et
d'appliquer les « bonnes règles » du cours sans trop se poser de questions.
Retrouver la règle de Scheimpflug
Dans les classes élémentaires, l'un des premier tracés de rayons que les
élèves apprennent à faire c'est la construction de l'image A'B'
d'un objet lumineux AB formée par une lentille mince convergente de
distance focale f. On prend toujours pour commencer cet objet
perpendiculaire à l'axe optique. Pour cela les règles à appliquer sont les
suivantes : (voir la figure 1)
- tout rayon incident parallèle à l'axe tel que BH, passe par
le foyer-image F' en sortie selon le trajet HF'B',
- tout rayon incident qui passe par le centre optique de la lentille,
tel que BO, ressort sans être dévié suivant le trajet OB',
- tous les rayons émis par un point-objet A se croisent au
point image A', de même pour B et B',
- si AB est perpendiculaire à l'axe, son image A'B'
l'est aussi.

Figure 1 : Les règles classiques de
construction d'une image par tracé de rayons
Curieusement les professeurs ne proposent jamais de trouver
où se forme l'image d'un objet « incliné » tel que CD. Pourtant à
partir des règles précédentes on trace facilement CIC' (règle 1.) et
COC' (règle 2.), puis DKD' et DOD'. Jusque là rien
d'extraordinaire mais on ne voit pas du tout la relation qui peut exister
entre les plans BCD et B'C'D'.

Figure 2 : La règle de
Scheimpflug
comme conséquence d'un tracé de rayons élémentaire.
Il y a pourtant une autre règle que les professeurs énoncent
toujours :
règle no5 : dans
tous les tracés de l'optique géométrique, on peut dilater l'échelle
verticale à volonté sans que cela ne change en rien les règles de base,
comme si la lentille était illimitée dans la direction perpendiculaire à son
axe.
Un élève discipliné tracera donc sans se poser de questions les rayons
BLB', puis BMB', puis BSB' et même BNB' en
conformité totale avec toutes les bonnes règles, car tous ces rayons issus
de l'objet B
devront se croiser en B'.
Il suffit donc de dire la chose suivante.
Oublions que la lentille est limitée (règle no5)
et considérons un rayon lumineux tel que BCDS ; il doit donc
nécessairement repasser après la lentille sur toutes les images B',
C' et D' de tous les points lumineux B, C, et D
conformément à la règle no3,
avec comme cas particulier que S est confondu avec son image.
On en déduit donc que l'image d'un plan incliné BCDS est le plan
incliné SB'C'D', c'est à dire rien d'autre que la règle
de Scheimpflug [1].
Remarques finales
-
Une première difficulté vient de ce qu'en pratique le
diaphragme limite la lentille ou l'objectif à un diamètre tellement
petit qu'il semble absurde de vouloir considérer un « rayon imaginaire »
tel que BCDSB'. Pourtant, lorsqu'à partir d'un diaphragme très
fermé (rayons voisins de BOB') on ouvre progressivement pour
permettre à des rayons tels que BLB' de passer, on ne fait rien
d'autre qu'obéir aux règles de base qu'il suffit d'extrapoler selon la
règle no5 jusqu'au « rayon
imaginaire » BCDSB'.
-
Une deuxième difficulté provient de ce qu'un objectif
photographique est toujours un système optique épais et non pas une
lentille mince. En fait il suffit de « découper » la figure
2 avec des ciseaux suivant le plan de la lentille
HON
et d'écarter les deux moitiés du dessin parallèlement à l'axe optique
d'une distance HH' (positive pour un grand angle « rétrofocus »
ou même négative pour un télé-objectif) égale à celle qui sépare les
plans principaux HH' (ou les plans nodaux, ce qui est le même
chose dans l'air). L'écart entre plans principaux dans une optique
photographique ne dépasse jamais quelques centimètres. On voit qu'en
pratique cela ne changera rien ou presque à l'application de la « règle
des trois plans ». Simplement les plans BCDS
et SB'C'D' se couperont quelque part entre les
plans principaux.
-
Une dernière difficulté consiste dans le fait que nous
n'avons considéré dans cette dérivation que des rayons qui se propagent
dans « le plan du tableau » c'est à dire un plan qui contient l'axe
optique (on appelle ces rayons : les rayons méridiens). Qu'en
est-il si on considère un plan-objet en trois dimensions ? Là
encore, un simple tracé de rayons (fig.3) nous donne
la solution. Considérons une famille de rayons parallèles qui se
propagent suivant les lignes d'une grille rectangulaire tracée dans le
plan-objet incliné, tous ces rayons étant parallèles au rayon BCDS.
En appliquant une autre règle de base de l'optique géométrique, selon
laquelle des rayons incidents parallèles entre eux se croisent en un
seul point après traversée de la lentille, ce point de focalisation E'
étant situé dans le plan focal, on voit facilement que le lieu
de ces rayons émergents pour une optique réglée suivant la règle de
Scheimpflug est effectivement un autre plan incliné dans
l'espace. Ce plan-image incliné coupe le « plan du tableau » (figure
2) selon le rayon méridien SB'.
Une conséquence intéressante de ce tracé de rayons dans l'espace est de
montrer très simplement comment l'image d'une grille-objet parfaitement
rectangulaire tracée dans le plan-objet incliné sera dans le cas général
rendue distordue dans le plan-image incliné sous la forme d'une
grille trapézoïdale, et ceci indépendamment de la netteté point
par point qui elle est parfaitement conservée lorsque la règle de
Scheimpflug est respectée.

Figure 3 : Tracé de rayons dans l'espace pour
les plans conjugués au sens de la règle de Scheimpflug
Références
Emmanuel Bigler 16 novembre 2002
dernière modification de cet article
: 2002
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