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 l'auteur

Simone Casetta

Né en 1961

Né à Milan, il a commencé très jeune à photographier des personnes, réalisant portraits et reportages. En 1975, il a effectué un long voyage de travail au Pakistan. Cette expérience a décidé de sa passion et de son fort engagement dans des thématiques sociales comme la distribution des ressources alimentaires, le dialogue entre les religions et a initié son intérêt pour les grands thèmes comme la guérison et la perception de la mort dans les différentes cultures. Son travail qui se partageait auparavant en d’innombrables tâches éditoriales, se concentre aujourd’hui sur la production de projets éditoriaux et d’expositions quelquefois multimédia. Il a exposé ses œuvres dans le cadre d’expositions individuelles et collectives en Italie, en France, en Autriche et en Suisse et il a publié dans des journaux italiens et étrangers parmi les plus importants. Très expérimenté dans le tirage photographique en couleur, en noir et blanc ainsi que le tirage platine-palladium, il traite les matériaux sensibles dans son propre laboratoire et réalise ses propres tirages. Depuis 2007, il enseigne la pratique et l’éthique du récit photographique à l’ISIA - Université d’Urbino

info@simonecasetta.it
http://www.simonecasetta.it

 


Aux abonnés absents
Simone CASETTA
Textes de John Berger
et Henri Peyre

 

 

 

Voir l'article en version originale (italien)
 

 

 Traduction

Christian Peyre

né en 1934
Latiniste
Sous-directeur honoraire
à l'ENS Ulm

 

Simone Casetta : Aux abonnés absents

 

Comment êtes-vous devenu photographe ?

A dix ans, j'ai trouvé à la maison un livre qu'on avait donné à mes parents. C'était "Moments" d'Irving Penn. Je le regardais souvent sans pouvoir aller jusqu'à la fin en raison de l'émotion trop forte que provoquaient en moi l'intensité de ses portraits et la beauté de son texte.

Je jouais avec le Polaroid de mon père, je m'exerçais avec le Hasselblad qu'il avait acheté à Hong Kong lors d'une mission, et que j'utilise encore aujourd'hui pour mes photographies. Dès que l'occasion s'est présentée, j'ai aussitôt profité du studio de deux photographes milanais, Giancarlo Greguoli et Luciano Ferri, qui me laissaient les voir faire et m'entraîner dans leur studio et dans leur chambre noire. J'y allais toutes les fois que je pouvais, après l'école. Pour mes onze ans, je reçus un petit agrandisseur, deux bacs et une cuve de développement.

A dix-huit ans, en 1979, je me mis d'instinct à faire commerce de mon activité de photographe qui, peu après, me fit entrer dans l'édition de périodiques comme portraitiste et photographe généraliste.

Plus tard, la rencontre du travail de Luigi Ghirri, premier photographe entièrement italien, et mon amour insatiable de l'oeuvre de Mario Giacomelli furent les points cardinaux qui orientèrent ma compréhension du message de la photographie. 

J'ai commencé à faire des études et me suis mis à fréquenter goulument les expositions, les congrès et les livres. Aux environ de 1989, j'eus conscience d'avoir trouvé en connaissance de cause mon premier style, mais ce fut seulement en 1997 que je parvins à définir les techniques et la démarche qu'aujourd'hui encore je sens en harmonie avec ma vision du monde.

 

 

Comment en êtes-vous venu à ce sujet-là ?

Comme je l'explique dans le texte bref qui accompagne les photographies dans le livre, la rencontre avec ces êtres conservés dans un musée d'anatomie a été le fait du hasard. Je travaillais à une série de portraits de grands médecins italiens, sur commande d'un hebdomadaire d'actualités, quand un appariteur de l'hôpital Forlanini de Rome m'a proposé de visiter leur musée. La décision de les photographier n'est pas de mon fait : elle découle de l'envoûtement qui émanait d'eux, sans que j'aie eu la possibilité de choisir.

Je crois que mes nombreuses expériences de reportages sur la société des pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique du Sud, ont été fondamentales pour rendre ma sensibilité réceptive à cet envoûtement.

 

 

Quelle est votre relation personnelle aux occupants de ces bocaux ?

Dès le deuxième jour des prises de vue, je me suis trouvé en train de parler aux êtres que je photographiais. J'ai même pensé que j'avais commencé à perdre la raison ! Je pense au contraire avoir reçu d'eux des réponses très précieuses.

 

 

Les Editions 5 Continents publient un livre sur ces images, diffusé au Seuil. Dans la très belle maquette du livre, il y a un certain nombre de doubles-pages complètement blanches et silencieuses. Est-ce pour laisser souffler le spectateur, pour mieux lui communiquer l’arrêt du temps ?

Le projet du livre a été conçu par Martina Biondi, graphiste et designer, qui a déjà d'autres fois fait la preuve d'une sensibilité et d'une compétence particulières dans la mise en page de l'illustration photographique des livres. Martina a immédiatement beaucoup aimé mon travail et c'est d'elle que vient l'idée de laisser des pages entièrement blanches. Elle les a conçues comme un prolongement de la lumière qui enveloppe ces présences. Elle dit les avoir introduites dans le livre pour donner à celui qui le regarde le temps de faire sienne l'émotion provoquée par ces rencontres. Ce sont des pages où chacun se lit et se reflète.

 

 

La maquette a-t-elle été difficile à faire ? Comment s’est-elle construite ?

Le premier travail important a été fait par moi, quand j'ai sélectionné un peu plus de quarante images de corps parmi plus de cent cinquante. Ensuite, avec Martina et l'éditeur Eric Ghysels, nous avons tiré la série en épreuves au cours d'un après-midi dominical d'intense travail. Martina déclare qu'ensuite, une fois définis les paramètres graphiques de l'ouvrage, les images se sont mises en place d'elles-mêmes. Sans la contrainte d'une grille, chaque personnage a trouvé sa place dans la page, sans effort.

La partie la plus délicate a été l'insertion des textes. John Berger a reconnu la correspondance exacte de l'oeuvre photographique avec ses "Douze thèses sur l'économie des Morts" (texte publié sous ce titre pour la première fois en Français) et a décidé de joindre ses paroles à mon travail. La rencontre avec cet écrivain a été décisive. De fait c'est lui qui a proposé d'ajouter un texte de ma main et de placer les "Douze thèses" après la série d'images.

 

D’un point de vue technique : avec quel matériel avez-vous travaillé ; votre travail a-t-il présenté des problèmes particuliers ?

Les photographies ont toutes été prises à la lumière naturelle, sur des pellicules couleurs de format 4x5" et 6x12 cm. Les pellicules ont été développées normalement et tirées directement sur papier couleurs dans une chambre noire.

Les temps de pose ont été très longs, en moyenne de 10 à 30 minutes.

Je ne me souviens pas d'avoir eu à résoudre des problèmes techniques particulièrement complexes pour aboutir à ces images. J'ai seulement dû être attentif au rendu des tons, délicats à doser par forte lumière, pour ne pas aplatir le volume des visages et des corps. Je n'ai rien masqué et je n'ai fait aucune retouche de l'image. La chambre est un banc optique Sinar P de 1980, avec des objectifs Rodenstock et Schneider de 150, 210 et 300mm.

 

 

 

 

 

dernière modification de cet article : 2012

 

 

 

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