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l'auteur
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L’oléotypiepar Jean-Claude Pronier
GénéralitésDéfinitionCette présentation de la technique aux encres grasses est volontairement limitée à l’oléotypie, le plus simple des procédés aux encres grasses. L’oléotypie consiste à faire apparaître une image d’encre sur un simple papier gélatiné à la différence de l’oléobromie, souvent appelé bromoil où l’encrage est appliqué sur un tirage baryté préalablement blanchi et tanné chimiquement. Notons que l’encrage, la partie la plus importante est la même pour le procédé bromoil comme pour l’oléotypie. Par encres grasses on entend les différentes encres utilisées pour l’impression typographique, la lithographique ou l’impression des gravures en taille-douce. PrincipeLa lumière exerce sur la gélatine bichromatée une action de tannage approximativement proportionnelle à l’intensité de l’éclairement ; ce tannage modifie localement l’absorption d’eau par la gélatine. L’encre grasse est acceptée par les parties les moins humides et repoussée par les zones gorgées d’eau. Bref historique du procédé- Alphonse Poitevin étudie en 1854
l’action du bichromate sur la gélatine et les réactions qui résultent de
l’insolation, en particulier les capacités de gonflement de la gélatine
par absorption d’eau. De 1910 à 1920 le bromoil remplace progressivement l’oléotypie, la raison principale est la réduction du format des négatifs avec l’utilisation de plus en plus répandue du film, remplaçant les plaques de verre au gélatino-bromure. Cette réduction du format conduit à faire des agrandissements plutôt que des tirages par contact. Par ailleurs l’oléotypie nécessite une insolation aux rayons ultra violets dont la pratique était forcément limitée aux temps clairs ou ensoleillés, les sources U.V. n’étaient pas disponibles à l’époque. De nos jours la pratique du grand format par les amateurs et l’abondance des sources U.V. bon marché favorisent le procédé au papier gélatiné, simple et économique.
PréparationLa gélatineLa gélatine est extraite de la peau ou des
os des animaux, des bovins pour la gélatine photographique. Les
caractéristiques mécaniques de dureté sont mesurées par l’index bloom.
Cet index va de 50 à 300. Le Glafkides qui consacre 80 pages à la
gélatine donne cette définition que je ne résiste pas à citer : Pour préparer la solution de gélatine il faut d’abord la faire gonfler 20 minutes à froid dans l’eau et ensuite élever progressivement la température dans un bain-marie. Ce sont les molécules d’eau absorbées par la gélatine qui permettent sa fusion. L’effet des rayons ultraviolets sur la gélatine sensibilisée au bichromate élève le point de fusion, de 35°C à 95°C en fonction de l’intensité de l’insolation. Le papier gélatinéAutrefois on utilisait le papier gélatiné non tanné prévu pour le double transfert dans la technique au charbon. Ce papier n’est plus commercialisé. Il y a encore dix ou quinze ans on pouvait acheter du papier gélatiné fabriqué sous le nom d’Hanfstaengl, le 75A et le 85A. La commercialisation de ce type de papier a aujourd’hui cessé. Préparer soi même son papier est une
opération relativement simple. Les méthodes sont nombreuses, en voici
quelques exemples : Non sensibilisé le papier se conserve très longtemps dans une atmosphère plutôt fraîche et sèche. SensibilisationLa sensibilisation doit se faire en lumière atténuée - par exemple une lampe à incandescence de 25 watts à la distance minimum de deux mètres. La feuille sèche est très sensible à la lumière, la sécher dans l’obscurité à une température inférieure à 22°C. - 1 Sensibilisation au potassium
dichromate Action sur le contraste : la plus ou moins grande concentration de la solution agit sur le contraste: avec 2 % le papier est moins sensible donc plus lent mais l’image sera plus contrastée, une solution à 5% rend le papier plus sensible mais le contraste est plus faible à l’encrage. Le papier sensibilisé se conserve mal, pas plus d’un jour ou deux, il se voile ensuite même sans exposition, en anglais le “dark effect”. Les résultats sont meilleurs en sensibilisant le papier juste avant l’emploi. Insolation du papier sensibiliséLe papier est exposé aux rayons U.V. à travers un négatif. Le contraste du négatif pour l'oléotypie doit être assez élevé de 1,2 à 1,4. Placer la feuille sensibilisée dans un châssis presse à volets. L’opération doit se faire en lumière faible. Dans le châssis presse on disposera contre la vitre un cache en papier noir mince destiné à protéger les marges de l’insolation, le négatif sera appliqué face brillante contre la vitre, contre la face émulsion on placera le papier gélatiné. Toute source U.V. pour les procédés alternatifs convient, système à lampe ponctuelle ou banc de tubes. Au cours de l’insolation l’image apparaît faiblement en brun clair sur le jaune du bichromate, on l’examine en soulevant le volet en lumière atténuée. Dés que l’image est détaillée on arrête l’exposition avant qu’elle ne deviennent trop foncée, question d’habitude. Un temps courant d’exposition est d’environ 3 minutes. Sur un papier surexposé, l’encre se fixera partout rendant l’encrage difficile. On sort le papier insolé du châssis et on le trempe dans une cuvette pleine d’eau pour le lavage, le bichromate teinte l’eau rapidement et on la renouvelle jusqu’à ce que la teinte jaune ait disparu à la surface et au dos du papier. Le papier sensibilisé à l’alcool se lave beaucoup plus rapidement, le dos n’ayant pas été en contact avec le bichromate. On maintient le papier dans une eau de lavage renouvelé pendant environ 30 minutes, et on termine par un bain d’eau déminéralisée avant de l’essorer et la suspendre pour le séchage. Le séchage complet est recommandé avant les opérations d’encrage. Préparation de la matrice avant l’encrageIl s’agit de faire absorber de l’eau par la gélatine plus ou moins tannée. La feuille est mise à tremper gélatine au dessus, complètement immergée, maintenue avec des paquets de coton hydrophile ou mieux avec une peau de chamois qu’on utilisera ensuite pour l’essuyage. Plus la température de l’eau est élevé plus le gonflement de la gélatine est important mais plus elle sera fragile à l’encrage. On peut conseiller 30 minutes à 22°C. La feuille est retirée de l’eau, rapidement essorée au dos avec une raclette caoutchouc puis posée gélatine au dessus sur une plaque de verre ou de Plexiglas. On l’essuie alors avec la peau de chamois préalablement fortement pressée et disposée en un paquet à fond plat. On frotte doucement ou on tamponne la gélatine jusqu’à ce qu’il n’y ai plus aucune goutte d’eau en surface. En lumière rasante on voit alors distinctement l’image en relief formée par la gélatine gonflée d’eau : c’est la matrice, prête pour l’encrage. EncrageIl y a deux manières d’opérer : - Au rouleau : c’est la plus facile et la plus rapide mais elle ne permet pas d’action locale, la liberté d’interprétation s’en trouve réduite ; avec le rouleau on obtient une image assez voisine d’un tirage sur papier argentique - Au pinceau : Pas évidente au début, c’est la méthode favorite pour l’interprétation de l’image. Avec le pinceau on va poser les accents, moduler le contraste local, rendre la granulation plus ou moins apparente. L’encrage au pinceau permet de mettre en relief le ou les centres d’ intérêt de l’image, d’atténuer des zones, de simplifier l’image là où les détails sont inutiles L’encrage n’a pas pour but d’obtenir un tirage complet et impartial de l’image comme on peut le faire avec un bromure. On peut pour gagner du temps, encrer au rouleau et ensuite travailler l’image au pinceau, mais il faut dans ce cas harmoniser l’image car les rendus sont un peu différents.
Encrage au rouleau Les rouleaux en mousse vendus en
fournitures d’art conviennent bien. Il faut en acheter plusieurs car au
début on a vite fait de les engluer et le nettoyage revient plus cher en
essence ou autre solvant. Disposer sur la table à coté de la planche à
encrer trois carreaux de faïence blancs à surface lisse. On commence par charger le rouleau avec de l’encre typo pure (la plus dure) et on le passe sur la planche gélatinée. L’image doit apparaître d’abord faiblement puis se renforcer et se contraster avec les passages. Il faut faire des passages alternatifs du rouleau sans reprendre d’encre sur la palette et regarder attentivement l’image qui se forme sur la planche. Si l’image n’apparaît pas ou reste très faible on prépare sur la palette un mélange plus souple en introduisant un peu d’encre taille douce, on pose une fine couche sur le troisième carreau pour recharger le rouleau et on reprend l’encrage. et ainsi de suite. Plus d’explications ne servent à rien il faut expérimenter. Il ne faut pas être impatient et prendre trop vite l’encre souple car l’image deviendra trop noire sans possibilité de l’éclaircir. Il faut aller dans le sens encre plus souple sur encre plus dure, l’inverse ne marche pas, l’encre dure ne se déposant pas sur une encre plus fluide. Sans se presser il faut cependant ne pas attendre que la planche gélatinée se mette à sécher car le gonflement de la gélatine diminue et l’encrage donne une image grise sans contraste. Un encrage au rouleau d’une planche 20x25 se fait en moins de quatre à cinq minutes. Il est toujours possible et même conseillé de retremper la planche qui devient trop sèche. On retrempe la planche dans l’eau tiède pour renforcer le gonflement de la gélatine et avant de poursuivre l’encrage on l’essore avec la peau de chamois mouillée et bien pressée, on en fait un tampon plat et on tapote la planche. L’eau en surface est absorbée sans perturbation de l’encre déjà en place. Si le résultat est vraiment mauvais on peut nettoyer la planche avec un chiffon mouillé d’eau additionnée de quelques gouttes d’essence F. On laisse sécher la planche et on reprend l’ensemble des opérations en commençant le trempage.
Encrage au pinceau : On utilise des pinceaux taillés en pieds de biche, il en faut un assortiment depuis des très petits de 3 ou 4 mm de diamètre, pour les accents, jusqu’aux plus gros 2 à 3cms. On trouve des pinceaux putois pieds de biche chez Sennelier, les gros sont très chers mais on peut en faire soi même ne taillant en biseau à 45° un bon blaireau à raser en vraies soies (pas de nylon). Quelques pinceaux en pied de biche : |
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Le principe des 3 carreaux-palettes et du mélange des encres est exactement le même qu’au rouleau, encre dure au début et si nécessaire préparation d’une encre plus souple. Les mouvements de l’encrage sont spécifiques, rien à voir avec la manière dont on passe un pinceau sur une surface à peindre, il s’agit ici de mouvements verticaux de pose, d’enlèvement ou de répartition de l’encre sur la planche. Il y a trois sortes de mouvements, les figures ci dessous empruntées à la littérature sur le sujet seront plus parlantes qu’un long discours :
Remarque sur l’encrage et les trois mouvements de base Bien évidemment, cette description séquentielle des mouvements de l’encrage est un peu systématique, dans la pratique et avec l’entraînement, les frontières se font plus floues et chacun adapte ces mouvements à sa manière. Certains recommandent une légère rotation du pinceau dans la phase initiale. L’essentiel est de ne pas se presser de voir l’image apparaître et de ne pas amollir trop vite l’encre sous peine de salir irrémédiablement les lumières de l’image.
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Aspect final de l’image et correctionsSelon le gonflement de la gélatine on sera
amené à utiliser une encre plus ou moins dure. Avec une encre dure on
obtiendra une image plus granuleuse, ayant un peu l’aspect d’une
gravure, un rendu très prisé par certains praticiens du procédé, voir
les images de David Lewis sur son site. Avec une encre plus douce
l’image sera plus fine et le rendu se rapprochera des tirages bromures.
Le gonflement de la gélatine dépend surtout de l’exposition de la
planche sensibilisée aux rayons U.V. La principale raison de correction en cours ou en fin d’encrage est due aux poils de pinceau qui cassent et restent collés sur l’image. Il est très facile de les enlever en utilisant de la gomme dite «mie de pain» (fournitures pour artistes). On arrache une petite portion de cette gomme et on la roule entre les doigts pour en faire une fine pointe qui, posée sur le poil, l’entraîne au soulèvement. Enfin certains pratiquants habiles interviennent sur l’image de façon intense au point d’en modifier profondément le caractère, le DVD sur le travail d’encrage de Gryspeerdt est époustouflant. Il malaxe littéralement son image, gomme des zones entières, charge les ombres, modifie les éclairages, à voir! JC Pronier
Bibliographie- Les procédés d’art en photographie
par Constant Puyo
Voir aussi : Pages du site sur les
procédés alternatifs :
dernière modification de cet article : 2009
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