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l'auteur

Henri Peyre
Né en 1959
photographe
webmaster de galerie-photo
professeur de photographie
à l'Ecole des Beaux-Arts
de Nîmes de 2002 à 2005

Formation : ingénieur IBM
et ancien élève des Beaux-Arts de Paris

Phonem
28 rue de la Madeleine
30000 Nimes
phonem.productivite@(ntispam)gmail.com
www.photographie-peinture.com
[acheter des oeuvres sur
www.nature-morte.com]



Organise
des stages photographiques
Exposition en cours :
Galerie La Quincaillerie, Barjac

 

 

Un bon pointde départ sur la trichromie :
l'incontournable blog d'Henri Gaud
(avec toutes les explications techniques)
http://trichromie.free.fr
Sur la trichromie voir aussi le page
consacrée à la série plat du jour
sur galerie-photo
 

 

La Trichromie pose la bonne question

par Henri Peyre

 

 


ferry-boat, trichromie © Henri Gaud

 

La trichromie est un procédé ancien, qu’on doit à Ducos du Hauron, vers 1868-69. A cette époque la pellicule couleur n’existe pas, le numérique encore moins, et le pari est de réaliser des photographies restituant la couleur à partir de la composition de 3 enregistrements du sujet, filtrés en rouge, vert et bleu et recomposés au tirage. L’aventure est renouvelée et précisée au XXIe siècle non à la prise de vue, qui est toujours réalisée en noir et blanc à partir de photographies filtrées, mais au niveau du mélange des couches, avec les moyens modernes de l’ordinateur. En dépit de l’amélioration apportée par l’outil informatique, qui permet un dosage savant des couleurs, la trichromie reste un procédé long et difficile à réaliser : 3 prises de vue successives, une recomposition qui exige que le sujet soit demeuré immobile, que le positionnement de chaque film soit parfaitement réalisé et à la prise de vue, où il faut éviter tout bombement, et à l’assemblage où les 3 couches doivent être parfaitement superposées. L’exercice de la trichromie demande donc un temps fou alors même qu’il semble absurdement limité : le principe des prises de vue successives ne permet pas en effet de capter le mouvement de façon satisfaisante. Bref cette pratique pourrait apparaître comme complètement rétrograde à l’heure du numérique qui est le temps de l’instantané, de la justesse des couleurs et de la calibration.


Sujets en mouvement et trichromie
font un ménage difficile à revendiquer artistiquement !

 

Comment peut-on alors expliquer la fascination croissante qu’exerce aujourd’hui la trichromie ?

Il ne nous semble pas que ce soit le goût de la technique, même s’il est nécessaire, évidemment, d’aimer la technique. Un vrai technicien aime à posséder l’appareil qui lui permettra d’avoir le plus efficacement possible le meilleur rendu possible. Or la trichromie peut bien présenter un réel avantage technique à la prise de vue puisqu’elle profite de la meilleure latitude d’exposition des films noir et blanc (environ une dizaine de diaphragmes de tolérance à comparer aux cinq diaphragmes de la diapositive ou du numérique) ; mais c’est là le seul avantage technique de ce procédé qui semble présenter surtout des inconvénients : le procédé est plus lent, moins juste, beaucoup plus manuel que les procédés contemporains d’obtention de la couleur en photographie.

Alors d’où vient cette fascination qu'exerce la trichromie ?

 

 


ferry-boat, trichromie © Henri Gaud

 

 

Henri Gaud parle dans sa présentation de la trichromie de «l’intérêt» de l’aspect «fétu de paille» : il oppose la pratique de l’homme seul, redevenu chercheur, et libre du dosage de sa couleur, à la couleur formatée par les normes et les fabricants de pellicules. Mais en réalité tous ceux d’entre nous qui pratiquent quotidiennement les réglages de chromie dans Photoshop connaissent déjà cet arbitraire de la couleur. Nous savons tous à quel point cette image que nous fabriquons ne dépend en fait que de nous.

Dans le même article on trouve enfin un dernier argument qui nous semble le meilleur, et de loin. D’ailleurs l’auteur parle même à son sujet de « jouissance ». Cette jouissance est celle de l’apparition de l’image en couleur sur l’écran de l’ordinateur. L’apparition de l’image de la trichromie est tout à fait comparable à cette autre apparition que ceux d’entre nous qui ont une pratique même ancienne du laboratoire ont pu connaître : qui ne se souvient de la magie de la montée de sa première image noir et blanc au fond de la cuvette ?

La trichromie est la recherche de l’émotion de l’apparition de l’image ;  elle joue dans l’accumulation des difficultés et des décalages techniques le moment infiniment ralenti de l’apparition de l’image. C’est en cela qu’elle porte de l’émotion et qu’elle fascine. C’est dans ce ralentissement qu’elle est artistique ; elle parlera infiniment à tous ceux qui ont la culture de la cuvette argentique, aux érudits de la photographie qui reconnaîtront la vieille fascination de l’apparition de l’image au monde et qui y trouveront une façon nouvelle de rejouer mille fois le moment le plus touchant de leur pratique ancienne, et de le jouer dans le ralentissement, le retour en arrière, l’amélioration infinitésimale de l’apparition au moment où elle se fait. En définitive un plaisir plus fin, plus long, plus raffiné, plus subtil que celui de la montée droite, directe et ferme de l’image dans la cuvette d’autrefois.

La trichromie parlera-t-elle aux autres, à ceux qui n’auront jamais connu la montée de l’image au fond de la cuvette ? Ce n’est pas sûr. Sans la culture du laboratoire, ils manqueront de la connaissance qui leur permettra d’apprécier dans l’image finie l’émotion de l’apparition. On mesurera d’autant plus difficilement la jouissance dans l’objet que le résultat est finalement un tirage numérique, où seules des bordures colorées signalent la provenance spéciale de l’image et gardent, pour l’initié exclusivement, trace de la jouissance originelle.

La trichromie se présente ainsi comme une jouissance de praticien, un art pour initié, et l’amateur qui ne voit que l’image finale aura du mal à peser la jouissance du praticien. Tout au plus par moment y sentira-t-il un peu d’étrangeté, en y reniflant des rendus inhabituels. Ce rapport entre l’image finale, simple trace de la jouissance, et le lieu de la jouissance, qui est avant tout pratique et échappe à l’objet produit, pourrait rappeler les traces photographiques des performances conceptuelles qui laissaient de marbre un public non initié. Un tableau figuratif ne se présente pas sous le même rapport à l’amateur d’art : la magie de l’apparition continue encore de figurer dans l’objet sous l’aspect de la performance (l’amateur sait qu’il n’aurait pas pu faire le tableau lui-même). Dans le cas de la trichromie, l’amateur peut avoir l’impression qu’il aurait pu faire l’image avec son numérique. Les praticiens de la trichromie sont donc obligés de rappeler en permanence la difficulté du procédé et d’inviter les amateurs à s’y frotter : c’est seulement ainsi que la performance peut apparaître au public, l’amateur se rendant compte de la difficulté du procédé.

Le succès du procédé se joue donc en deux temps. Comme pure pratique, il est évident qu’il peut fasciner tous les adeptes du noir et blanc argentique, irrésistiblement attirés par l’apparition de l’image dans l’écran de l’ordinateur, cette cuvette photographique des temps modernes. Son succès artistique, par contre, est loin d’être établi : au-delà du premier public déjà cultivé, capable de se représenter la difficulté du travail et de reformuler en soi la magie de l’apparition, il ne peut arriver à toucher une clientèle plus large que s’il arrive à transférer la magie de l’apparition de la fabrication à l’exposition. Or l’élargissement du gamut1  à la prise de vue est réel mais peu sensible, au final, face à de bonnes images entièrement réalisées en numérique. La vraie difficulté va maintenant consister à monter une scénographie de l’apparition dans la présentation au public. Quelle forme cela peut-il prendre ? Qui fera la bonne suggestion ? Cette présentation nouvelle se limitera-t-elle à la trichromie ou intéressera-t-elle l’ensemble de la photographie ?

Il n’est pas sûr que la trichromie soit la solution artistique pour la photographie, mais il est assez certain qu’elle pose, au total, la bonne question. Celle de l’Apparition et de la meilleure façon d’en parler.

 

1 ensemble des couleurs reproductibles

 

 

 

Voir aussi :

Pages du site sur les procédés alternatifs :
carlos barrentes tireur
collodion humide
collodion, Ô mon beau collodion
construire une insoleuse photo  20x25
construire une insoleuse photo  pour le 4x5"
contre-histoire de la photographie, par camille bonnefoi
cyanotypie
danger de la chimie photographique
Hacer tirajes en el siglo XXI
Interview de Lionel Turban, fondateur de Disactis
j'ai reçu mon kit platine !
justine montmarché et sébastien bergeron : photo de rue
kallitypie
l'orotone pour tous
la trichromie pose la bonne question
le plus grand van dyke
le procédé Rawlins à l'huile, interview de Philippe Berger
michel graniou : palladium
montage simple de tubes uv pour une insoleuse
oléotypie
palladium : un livre en téléchargement gratuit
palladium : un livre en téléchargement gratuit (version 2007)
procédé Van Dyke
sel de der : fabriquer son oxalate ferrique
technique du charbon
technique du papier albuminé
technique du papier salé
tirage au bichromate par teinture directe
tirage au charbon direct
tirage platine - palladium
tirage à l'oeuf entier
tirage à la gomme bi-chromatée
trichromie à la gomme bichromatee
ziatype : une recette du palladium par jean-claude mougin
élargir le trou d'une planchette porte-objectif

 

dernière modification de cet article : 2008

 

 

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