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Voyage initiatique au Palladium
par Philippe Berger

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Philippe Berger
Philippe, ce sont vos grands débuts en palladium :
comment en êtes-vous arrivé là ?
Il y a longtemps que j’avais le projet de
réaliser des Palladium. J’apprécie particulièrement la netteté, le
détails, le velouté et la couleur « noir chaud » des Palladium. En plus,
les traces des coups de pinceau autour des tirages sont un apport
important à l’image, ils participent à la construction de l’image.
Je n’avais pas franchi le pas à cause du
prix, la difficulté de trouver les réactifs et la conservation relative
selon certains photographes des tirages dans le temps.
Lorsque j’ai décidé de me lancer dans le
Palladium, j’ai donc d’abord collecté une documentation sur la
technique, acheté certains livres, visité de nombreux sites Internet
traitant du procédé et ensuite interrogé d’imminents tireurs au Platine
/ Palladium : Philippe Ayral, Pascal Bonneau et particulièrement
Jean-Claude Mougin ont répondu à mes questions. Jean-Claude Mougin m’a
aidé à établir un mode opératoire bien précis pour tirer mes Palladium.
Il m’a rassuré et expliqué comment traiter mes Palladium pour obtenir
une conservation optimale des tirages.
Je trouvais important d’établir d’abord
une procédure théorique avant de commencer l’expérimentation pratique.
Avec toutes les informations obtenues, j’ai écrit un mode opératoire
traitant du procédé au Palladium y compris l’impression d’un négatif
numérique adapté au Palladium. J’ai établi une procédure pour obtenir un
négatif digital d’exposition pour le Palladium. Il a fallu aussi trouver
une courbe de contraste dans Photoshop adaptée au Palladium. J’ai
ensuite commandé mes réactifs et papier d’exposition chez Roger
Kockaerts à l’atelier pH7 à
Bruxelles. On peut aussi les acheter chez
Bostick-Sullivan. Je suis
enfin passé à la pratique sur base de mon mode opératoire.

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Philippe Berger
Quels est en quelques mots votre
technique pour le Palladium ?
Je suis passé à la pratique sur base de
mon mode opératoire théorique. Voici en quelques mots comment je
procède.
J’utilise du papier Bergger - COT 320.
Pour l’étendage, j’ai mis au point une technique avec 2 pinceaux, l’un
humide pour l’étendage et un sec pour affiner la couche.
Le négatif d’exposition est traité dans Photoshop avec une courbe de
contraste et une couleur rougeâtre puis imprimé en jet d’encre sur un
transparent au format de l’épreuve.
J’utilise un mélange à parts égales d’oxalate ferrique et de sels de
Palladium.
Je développe dans un bain de citrate de sodium acidifié à pH 6 avec de
l’acide citrique et quelques gouttes de bichromate de potassium pour le
contraste. Le bain de citrate de sodium est utilisé froid. Une
température inférieure (10°c) donne un ton plus froid et une température
plus élevée (50°c) donne un ton plus brun. On peut donc faire varier en
fonction de la température du bain de développement la teinte de
l’image.
Je clarifie dans 3 bains d’acide oxalique et j’utilise de l’eau de pluie
acidifiée à pH 6 pour les différents lavages. A ce moment, tout
l’oxalate ferreux jaunâtre a été éliminé.
Je termine par un bain de bicarbonate de soude et un lavage final à
l’eau de 45 minutes. Il est important de maintenir à toutes les étapes
un pH acide pour éliminer au maximum l’oxalate ferreux jaunâtre qui
précipite à pH basique. Je respecte scrupuleusement ce principe « acide
» pour assurer à mes tirages une conservation optimale.
De l’expérience pratique de mes tirages,
j’ai ajusté mon mode opératoire en fonction des résultats obtenus. J’ai
aussi réalisé des Palladium en couleurs selon sur la
technique de Dan Burkholder.
Dan Bukholder m’a expliqué sa technique. Le principe est relativement
simple. Une impression jet d’encre apporte les différentes couleurs à
l’image sans les noirs qui sont enlevés de l’image avec Photoshop. On
traite le négatif dans Photoshop pour que le Palladium donne uniquement
les noirs de l’image. On obtient une image en couleur avec des noirs
profonds apportés par le Palladium. L’image possède un velouté assez
prononcé.
Vous vous servez de négatifs numériques,
pourquoi ?
J’utilise des négatifs numériques par la
force des choses car je n’utilise pas de chambre grand format. Je
travaille donc à partir d’un scan d’une image ou à partir d’un fichier
numérique. Il est important d’établir une procédure dans Photoshop pour
obtenir un négatif d’exposition adapté aux tirages au Palladium. D’abord
dans Photoshop, j’ouvre une image numérique en couleur RVB. Ensuite, je
transforme cette image couleur en une image noir et blanc avec la
fonction « Mélangeur de couche » avec une forte proportion de rouge dans
les réglages. Je transforme mon image positive en une image noir et
blanc négative. J’utilise ma courbe de contraste adaptée au Palladium.
Ensuite, j’applique à l’image une couleur rougeâtre et j’imprime en jet
d’encre sur un transparent au format de l’épreuve.

ci-dessus : négatif numérique
ci-dessous : à gauche, tirage palladium, à droite, palladium colorisé
 
Pensez-vous que les négatifs numériques
sont aussi bons que les négatifs argentiques ?
Incontestablement, l’utilisation d’un
négatif argentique est et reste le meilleur choix possible. Mais j’ai
voulu prouver que l’utilisation d’un négatif numérique de contact est
possible et peut donner également d’excellents résultats. Certains
rejettent systématiquement la possibilité d’utiliser un négatif
numérique, je pense qu’il ne faut pas exclure systématiquement le
négatif numérique pour le tirage au Palladium. De plus, la granulation
légère du transparent donne au tirage au Palladium un très léger grain
qui confère au Palladium un effet « Velours » très intéressant et que
j’apprécie beaucoup.
Quel matériel utilisez-vous ?
Pour mes tirages, j’utilise un appareil 24
x 36 mm Nikon F100 avec un objectif macro de 60 mm et je fait développer
les tirages papiers en 10x15 cm. L’image est alors scannée dans
Photoshop.
Je travaille aussi avec un appareil numérique Sony de 5 Millions de
Pixels qui me donne une image numérique.
Je travaille à partir de ces données dans
Photoshop et j’applique la procédure spécifique au Palladium que j’ai
mise au point.
J’imprime sur un transparent 3M CG 3420
sur une imprimante Epson Stylus C84 Séries utilisant les encres
pigmentaires Epson « Durabrite ». Ces encres pigmentaires me donnent une
densité dans les noirs assez profonde.
Pourquoi ces premières vues à Venise ?
Vous aimez particulièrement la ville ?
Pour les 50 ans de mon épouse, nous avons
fait un voyage à Venise Il se dégage de Venise un parfum de romantisme.
C’était l’occasion de réaliser une série de Palladium sur Venise.
J’apprécie l’aspect « Velours » des tirages au Palladium de Venise qui
apportent un charme et un romantisme aux tirages. L’exposition de mes
tirages au Palladium sur Venise est visible sur
mon site Internet.

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Philippe Berger
Quelles recommandations donneriez-vous
à ceux qui veulent se mettre au palladium ?
Ma première recommandation est de ne pas
avoir peur de se lancer dans le Palladium, ce n’est ni cher, ni
difficile. Il suffit de respecter la technique. Il est important de bien
respecter les étapes de développement et de clarification en milieu
acide pour obtenir une conservation optimale des tirages au Palladium.
La conservation des tirages dans le temps
est très importante. Si vous n’avez aucune expérience dans le Palladium,
je conseille d’abord d’établir un mode opératoire théorique puis de le
tester en réalité. On peut alors adapter le mode opératoire en fonction
des résultats des tirages obtenus.
Vous pouvez acheter différents livres
expliquant en détails la technique du Palladium. Jean-Claude Mougin a
mis sur ce site de Galerie Photo un
livre disponible gratuitement. De mon côté, j’ai écrit un eBook de
50 pages traitant spécifiquement de ma technique du Palladium. Cet eBook
d’initiation au Palladium est
disponible
sur mon site Internet. J’apprécie particulièrement dans les Palladium la
couleur « noir chaud », l’aspect « velours », la netteté, les coups de
pinceau autour de l’image.
J’espère que cet article et mon exposition
sur Venise au Palladium donneront à d’autres l’envie de se lancer dans
cette aventure du Palladium.
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