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La lenteur selon Mougin :
5 palladiums

Les tirages présentés ici ont été réalisés spécialement par
Jean-Claude Mougin à l'occasion du Troisième Congrès de la Photographie Haute Résolution de Montreux, dont le thème était "la Lenteur".
Jean-Claude était intervenu au congrès en faisant un éloge de la lenteur.
Nous rappelons qu'il offre par ailleurs aux lecteurs de Galerie-Photo un cours complet sur le platine en téléchargement.

 

Jean-Claude, comment avez-vos réalisé ces tirages ?

Ces tirages m'ont été demandés pour l'exposition de Montreux sur un thème obligé, la lenteur. Mon idée de départ était de faire une nature morte avec des escargots. Malheureusement sur le premier essai les bestioles se sont montrées particulièrement alertes et étaient invisibles sur le négatif. J'ai repensé le sujet de façon plus statique en introduisant des instruments de comptage qui pourraient enregistrer ou plutôt ne pas enregistrer le temps de pose. Le fond de la composition est constitué par un miroir noir en plexi bombé qui renvoie des images extérieures à la scène et a enregistré des lumières parasites que je n'avais pas prévues. Les compositions procèdent par accumulation d'objets à valeur métaphorique, un peu comme dans les natures mortes flamandes. Il se trouve d'ailleurs que sans nous concerter mes images ont parfaitement illustré les thèses sur la lenteur que le groupe de Nîmes avait de son côté expérimentalement établies.

Les prises de vues en lumière naturelle ont volontairement été surexposées et les poses fixées un peu arbitrairement à 15mn. Chambre, Zone VI, 8x10,objectif Nikkor T 600mm. Les négatifs ont été développés 10 mn dans ma soupe perso. La recette est donnée dans Z/S.

Le tirage a été réalisé aux sels de palladium, oxalate ferrique maison, exposition 2 heures sous les rampes U.V. là où il me faut habituellement 10 mn. Développement au citrate de soude maison 10° C, puis le traitement habituel que je donne dans mon bouquin. Un tel temps d'exposition peut paraître fou mais il me donne des noirs pleins qui ajoutent une troisième dimension, une profondeur aux images. Si on regarde une image par transparence, on peut voir que dans les noirs, il y a "du monde". Dans le visible transparaît l'invisible.

 

 


Etude pour la lenteur - Palladium  © Jean-Claude Mougin

   

 

Vous êtes un amoureux du noir ?

Comme tout le monde j'ai peur du noir, mais j'aime le noir, car l'obscurité est le lieu de l'apparaître. Et il n'y a pas de photographies sans apparitions, sans fantômes. Je recherche les valeurs limites de noirs et de gris où se distingue à peine ce qui est à la limite du visible et de l'invisible. Car ce qui m'intéresse dans la photographie, ce n'est pas tant ce qu'elle représente, que sa matière, ce qui en elle insiste et me regarde. Le sens ou le concept comme on dit maintenant m'importent peu. Comme le pensait Cézanne pour la peinture, ce qui importe ce sont les "sensations". Oui les images, celles que j'aime sont tactiles, elles me touchent. En cela je me considère comme un photographe inactuel, un photographe d'avant "l'art à l'état gazeux" comme l'appelle Yves Michaud, ou d'avant la mort de l'art qui pour Hegel n'arrive que lorsque celui-ci est complètement idéalisée, sans matière.

 

 


Etude pour la lenteur - Palladium  © Jean-Claude Mougin

l'auteur

Jean-Claude Mougin
 37 rue du Dr Griveaud
 71600 Paray-le-Monial
 tél. 03 85 81 64 74
 jcm.mougin@wanadoo.fr


J.C. Mougin
© Evelyne Cercley


Jean-Claude Mougin
a enseigné la philosophie
et l'histoire de la photographie
il pratique depuis plus de 20 ans
le tirage palladium
et est représenté par la galerie
Chambre avec Vues
3 rue Jules Vallès
75011 Paris
Tél : + 33 1 40 52 53 00

www.platine-palladium.com
www.platine-palladium.fr
 

 

 

 

 

Au congrès vous avez montré beaucoup de détachement par rapport à ces très beaux tirages... c'est le côté imposé de l'exercice qui vous éloigne de leur paternité ?

Oui c'est vrai. Je reconnais que ces images me paraissent comment dire, convenues, pesantes et pour de bons pédagogiques, mais en bon ex-professeur, j'ai voulu traiter le sujet. Je dois donc bien en admettre la paternité et j'y reconnais ma patte, mon savoir faire et quelque chose du mystère auquel je travaille. Mais comme il arrive dans la vie, où la question de la paternité reste toujours ouverte, aux images préconçues je préfère les images par accident, celles qui non prévues me sont données, comme des enfants que l'on m'aurait fait dans le dos. Par conséquent la commande ne me convient guère et je préfère les images de rencontre, celles qui dorment en négatif dans les albums et qui attendent leur heure et le hasard qui les feront réapparaître bien des années plus tard. Car j'appartiens encore à cette époque où les images latentes mettaient quelque temps à passer de l'invisible au visible. Toujours le miracle de ce qui apparaît, vient à naître comme dirait Hannah Arendt.

Et puis mon goût en peinture m' a toujours fait préférer le classicisme au baroque, les minimalisme à l'abstraction lyrique. J'aime par dessus tout Le baptême de Piero della Francesca et le Carré Blanc sur Carré Blanc de Malévitch et bien sûr les noirs d'Ad Reinhardt.

 


Etude pour la lenteur - Palladium  © Jean-Claude Mougin

     

 

Quels sont les avantages comparés du platine, du palladium et du ziatype ?

J'ai très peu pratiqué le platine si ce n'est au tout début de mes activités dans les tirages aux sels de fer, il y a plus de vingt ans. J'y ai renoncé pour des raisons de coût. Le premier gramme de platine que j'ai acheté devait coûter à l'époque 500 Fr. Et puis dès que j'ai commencé à utiliser le palladium, j'en ai tout de suite aimé les teintes chaudes. Il est possible d'obtenir une très grande variété de couleurs qui vont du très chaud, au froid très proche du platine. A ce qu'il me semble les noirs que l'on obtient avec le palladium sont plus intenses, plus veloutés qu'avec le platine. Le seul inconvénient que je reconnaisse au palladium est sa facilité de solariser à de trop fortes expositions. Mais même dans ce cas on peut avoir des surprises intéressantes comme ce fut le cas pour les tirages de Montreux. Le ziatype étant un procédé à noircissement direct est séduisant par sa rapidité d'exécution et son plus faible coût puisqu'il n'exige pas d'essais. Mais l'effet de masquage des noirs au moment du tirage empêche d'obtenir la densité des noirs que l'on obtient au palladium. Par contre il permet d'obtenir des nuances dans les valeurs claires sans bloquer les valeurs foncées. Enfin en utilisant une humidité maximum on peut vraiment obtenir l'intensité et la couleur froide des noirs et des gris du platine.

 

 


Etude pour la lenteur - Palladium  © Jean-Claude Mougin

     

Y a-t-il des sujets spécifiques à ces techniques, ou pensez-vous qu'on puisse tout traiter avec ?

On peut tout traiter avec du palladium. J'ai fait des tirages à partir de 24x36, mais je n'irais pas jusqu'à la photo de reportage. De fait la pratique un peu continue de cette technique conduit à des choix plastiques qu'elle finit par imposer. Le palladium a pour moi quelque chose de caravagesque. Je dis bien pour moi, car par ailleurs le palladium convient très bien aux sujets et paysages très doux. Je pense même en faire un usage peu habituel, peut-être en raison des noirs que j'ai réussi techniquement à obtenir. Pour des sujets très clairs avec de très grandes surfaces uniformes je préfère utiliser le baryté, car ces sujets sont très difficiles à tirer en palladium.

 


Etude pour la lenteur - Palladium  © Jean-Claude Mougin

     
 
     

Dernière mise à jour : 2008

 

 

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